Du sport à la nature, un parcours de photographe
Né dans les Pyrénées et initié très jeune à la nature, Philippe Garcia a d’abord suivi les traces de son oncle, lui-même photographe. Il développe rapidement une double spécialité : la photographie de sport, notamment les sports extrêmes en montagne, et la photographie animalière. Selon lui, les deux disciplines partagent de nombreux points communs, comme l’utilisation de longues focales et la nécessité d’une excellente connaissance du terrain. Cette polyvalence se reflète dans son choix de matériel, qu’il détaille avec précision : deux boîtiers Canon aux capteurs différents (plein format et APS-C) pour plus de flexibilité, et une préférence marquée pour un 300 mm f/2.8 plutôt qu’un 500 mm. Un choix qu’il justifie par la qualité des flous d’arrière-plan, la performance en basse lumière et la possibilité de réaliser des plans plus larges, intégrant l’animal dans son environnement.
« Il y a beaucoup de photographes animaliers qui vont rechercher toujours à faire des gros plans des animaux et moi, ce n’est pas vraiment mon cas. »
Le renard polaire, une espèce fascinante
Le cœur de l’échange porte sur le projet de longue haleine que Philippe Garcia a consacré au renard polaire en Islande, immortalisé dans son livre « Melraki ». Ce titre n’est autre que le nom islandais de l’animal, signifiant « le rôdeur des landes ». L’invité partage ses connaissances naturalistes sur cette espèce capable de survivre à des températures de -70°C grâce à des adaptations physiologiques incroyables, comme une fourrure d’une densité exceptionnelle. Il explique l’existence de deux formes de pelage : la forme « blanche », qui devient immaculée en hiver, et la forme « bleue », qui reste brune toute l’année, chacune adaptée à un type de camouflage. Il aborde également la menace que représente le renard roux, qui, avec le réchauffement climatique, concurrence le renard polaire sur ses territoires.
Cette connaissance approfondie de l’espèce est, pour lui, la première étape indispensable avant toute prise de vue.
Photographier le Melraki en Islande
Comment photographier un animal à la fois vif et craintif dans les paysages dénudés de l’Islande ? Philippe Garcia explique qu’il est inutile de chercher à se cacher. La clé est la patience : il passe des jours sur le terrain, souvent sous une tente, pour laisser les animaux s’habituer à sa présence. Il travaille principalement en mode manuel ou en priorité à l’ouverture, avec une rafale rapide pour saisir les attitudes fugaces. Il livre ses astuces pour gérer les expositions difficiles, notamment avec un animal blanc sur la neige, en recommandant de surexposer pour compenser la mesure de l’appareil. Il raconte que les moments les plus photogéniques sont ceux où le renard, qui a souvent le nez au sol, lève la tête pour surveiller son environnement.
Il partage une anecdote touchante : une renarde, mise en confiance, en est venue à lui « confier » ses petits pendant qu’elle partait chasser, une preuve d’intelligence et d’adaptation remarquable.
Du terrain au livre, une démarche complète
L’aboutissement de son travail en Islande est le livre « Melraki ». Philippe Garcia insiste sur l’importance de la dernière étape : l’impression. Il raconte sa collaboration étroite avec l’imprimerie Escourbiac pour trouver le papier parfait, un défi technique considérable pour rendre justice aux nuances subtiles des photos de neige. Il a même collaboré avec le fabricant de papier suédois Arctic Paper pour obtenir un tirage sur mesure. Cette exigence se retrouve dans les voyages photo qu’il organise dans les fjords de l’Ouest, une région qu’il connaît par cœur. En petits groupes de trois personnes, il propose une immersion loin des circuits touristiques, pour partager sa passion et permettre aux participants de réaliser leurs propres images dans des conditions optimales.
Une démarche qui va de la connaissance intime de l’animal jusqu’à la transmission de son expérience sur le terrain.
Les références de l’épisode
- Personnes : Philippe Garcia, Régis Moscardini.
- Lieux : Islande, Pyrénées, Scandinavie, Norvège, Sibérie, Canada, Groenland, Spitzberg.
- Événements et festivals : Salon de la photo (Paris), festival de Namur, festival de Montier-en-Der, Wildlife Photographer of the Year.
- Marques et éditeurs : Canon (5D Mark III, 7D Mark II, 80D, 750D, 760D), éditions Eyrolles, imprimerie Escourbiac, Arctic Paper.
- Publications : « Melraki » de Philippe Garcia, Nat’Images, Image & Nature.
- Espèces animales : renard polaire, renard roux, ours polaire, buse variable.
Au fil de l’épisode
- Présentation de Philippe Garcia, photographe professionnel spécialisé dans le sport et la nature.
- Ses débuts dans la photographie, dans les Pyrénées, et l’influence de son oncle.
- Les parallèles techniques et logistiques entre la photographie de sport et la photographie animalière.
- Le contenu de son sac photo : deux boîtiers Canon et son choix d’objectifs.
- Pourquoi il privilégie un 300 mm f/2.8 à un 500 mm f/4 pour sa polyvalence et son style d’image.
- L’importance des accessoires comme la housse anti-pluie, et la nécessité de connaître son appareil sur le bout des doigts.
- L’histoire de son livre « Melraki » et la signification de ce mot islandais.
- Les incroyables adaptations du renard polaire pour survivre à des froids extrêmes.
- Les deux formes de pelage du renard polaire : la forme « blanche » et la forme « bleue ».
- La menace que le renard roux fait peser sur le renard polaire avec le réchauffement climatique.
- Le comportement du renard polaire en Islande, entre méfiance et opportunisme.
- Ses techniques de repérage et d’approche dans les paysages ouverts islandais.
- Les réglages de prise de vue qu’il recommande pour saisir les attitudes de l’animal.
- Comment gérer l’exposition face à de forts contrastes, comme un animal blanc sur la neige.
- Les attitudes les plus intéressantes à photographier chez le renard polaire.
- L’anecdote d’une renarde qui lui a confié la garde de ses petits.
- La démarche derrière la création de son livre « Melraki », du choix du papier à l’impression.
- Ce qui l’attire en Islande : les paysages sauvages, la lumière et la faible présence humaine.
- La présentation des stages photo qu’il organise dans les fjords de l’Ouest en Islande.
FAQ
Qui est Philippe Garcia ?
Philippe Garcia est un photographe professionnel français spécialisé dans la photographie de sport, notamment les sports extrêmes, et la photographie de nature. Auteur de plusieurs livres techniques sur les appareils photo, il a consacré un important projet personnel au renard polaire en Islande, qui a donné naissance à un livre d’art intitulé « Melraki ». Il organise également des voyages photo en Islande pour partager sa passion et sa connaissance du terrain.
Qu’est-ce que le « Melraki » ?
« Melraki » est le nom du renard polaire en langue islandaise. Il se compose de deux racines qui signifient « rôdeur » et « lande ». C’est également le titre du livre que le photographe Philippe Garcia a consacré à cet animal, fruit de ses nombreux séjours en Islande. Ce nom original a été choisi pour son authenticité et son évocation de l’environnement de l’animal.
Pourquoi le renard polaire change-t-il de couleur ?
En réalité, tous les renards polaires ne deviennent pas blancs. Il existe deux formes génétiques distinctes. La forme « blanche » a un pelage gris en été qui devient blanc immaculé en hiver pour un camouflage parfait dans la neige. La forme « bleue », elle, conserve un pelage brun toute l’année, ce qui lui offre un meilleur camouflage sur les côtes rocheuses et les plages de sable noir où la neige est moins présente.
Quel matériel photo Philippe Garcia utilise-t-il ?
Philippe Garcia travaille avec du matériel Canon, notamment deux boîtiers (un plein format et un APS-C) pour plus de polyvalence. Il utilise une gamme d’objectifs allant du grand-angle au téléobjectif, mais il affectionne particulièrement son 300 mm f/2.8. Il le préfère à des focales plus longues comme un 500 mm car il est plus léger, plus lumineux et lui permet de réaliser des images intégrant l’animal dans son paysage.
Comment photographier un sujet sur la neige ?
Photographier un sujet sur la neige est un défi pour la cellule de mesure de l’appareil, qui a tendance à sous-exposer l’image en interprétant le blanc de la neige comme du gris. Philippe Garcia conseille de travailler en mode manuel pour fixer l’exposition ou, en mode priorité à l’ouverture, d’utiliser la correction d’exposition pour surexposer d’environ un à un diaphragme et demi (+1 à +1.5 EV) afin d’obtenir une neige bien blanche et un sujet correctement exposé.
