Femme de l’année : la passion pour moteur, l’échec pour école
Lauréate du Grand Prix « Femme de l’année » de la première édition du Prix Femmes de l’Aéro et du Spatial — organisé par le GIFAS et Le Journal de l’Aviation —, Yannick Assouad accueille cette distinction comme « un grand honneur ». Elle y voit la consécration de quarante années passées dans l’aéronautique, à travers des métiers d’abord techniques puis managériaux, et la reconnaissance de son engagement à la présidence du comité de pilotage du CORAC, le Comité d’orientation pour la recherche de l’aéronautique civile. Elle y œuvre pour que l’État aide le secteur à préparer « un avion plus décarboné, un avion connecté, un avion plus sécurisé ». Sa conviction : « la diversité est indispensable à l’innovation ».
Interrogée sur le défi le plus déterminant de son parcours, elle répond sans détour : « la passion est ce qui a vraiment piloté ma carrière ».
Yannick Assouad raconte alors, avec une franchise rare à ce niveau de responsabilité, ses deux échecs fondateurs. Le premier survient en 2002, lorsque Aérospatiale décide de se passer de ses services après une longue carrière technique puis managériale : « le premier échec est toujours difficile à avaler ». Le second intervient en mars 2020, quand l’actionnaire de Latécoère n’est plus « en phase » avec elle, à quelques jours du confinement du 13 mars. Elle a alors soixante ans. Malgré son entourage qui la pousse à s’arrêter, elle refuse : « ce n’était pas le plan ». Pleinement consciente des coupes que la crise du Covid allait provoquer dans l’aviation, elle rebondit pourtant deux mois plus tard.
« Ces deux mois étaient difficiles », reconnaît-elle.
Disrupter, connecter, décarboner : sa vision de l’aviation de demain
La décision la plus structurante de sa carrière ? La création, chez Zodiac, d’une activité de divertissement à bord — l’IFE, pour in-flight entertainment — partie de rien. Alors patronne de Zodiac Systems, elle convainc sa direction de devenir le troisième acteur mondial que réclamaient Airbus et Boeing face à un duopole. « J’ai monté de rien ce qui est venu le troisième, voire le deuxième », résume-t-elle, savourant l’ironie de combattre aujourd’hui, à la tête de Thales Avionique, l’offre qu’elle a elle-même créée. Pour l’avenir, elle identifie une rupture majeure : la connectivité entre l’avion et l’ATM (Air Traffic Management, la gestion du trafic aérien), qui remplacerait peu à peu les échanges vocaux entre contrôleur et pilote par un lien numérique — pour des opérations « beaucoup plus fluides » et une meilleure sécurité aux abords des aéroports, ces zones « accidentogènes ».
Elle pose toutefois un préalable : robustifier la cybersécurité des systèmes de bord avant d’aller plus loin.
Yannick Assouad plaide enfin pour une aviation souveraine. Elle appelle la France et l’Europe à investir massivement dans les technologies dont dépend l’aviation du futur, car aucun investisseur privé ne financera seul des ruptures qui mettent quinze à vingt ans à équiper un avion en série. L’alliance État-industrie est, selon elle, « la clé » pour conserver un leadership mondial que « la France et l’Europe ont créé ». Aux jeunes femmes tentées par le secteur, elle adresse un mot d’ordre : « Osez ». Les plafonds de verre, dit-elle, « existent, mais ils sont là pour être dépassés ». Elle rappelle que les entreprises doivent donner du temps aux femmes et estime que les freins qui subsistent sont désormais « plus sociétaux ».
Son message final : « Vivez vos passions, il n’y a pas de limite. »
Les références de l’épisode
- Prix Femmes de l’Aéro et du Spatial — première édition d’une distinction récompensant des femmes qui façonnent l’avenir de l’aéronautique et du spatial.
- GIFAS — Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales, coorganisateur du prix.
- Le Journal de l’Aviation — média spécialisé, coorganisateur du prix.
- Thales / Thales Avionique — groupe où Yannick Assouad est directrice générale adjointe Avionique.
- CORAC — Comité d’orientation pour la recherche de l’aéronautique civile, dont elle préside le comité de pilotage.
- Aérospatiale — entreprise où elle a mené une longue carrière technique puis managériale jusqu’en 2002.
- Latécoère — équipementier aéronautique qu’elle a dirigé jusqu’en 2020.
- Zodiac (Zodiac Systems) — où elle a créé une activité de divertissement à bord.
- Airbus et Boeing — avionneurs qui souhaitaient l’émergence d’un troisième acteur du divertissement à bord.
- ATM (Air Traffic Management) — la gestion du trafic aérien, au cœur de sa vision de l’aviation connectée.
Au fil de l’épisode
- 00:00:02 — La première édition du Prix Femmes de l’Aéro et du Spatial
- 00:00:20 — Ce que représente le Grand Prix « Femme de l’année »
- 00:02:43 — Le défi le plus déterminant : la passion et l’art de rebondir
- 00:03:16 — Deux échecs fondateurs : Aérospatiale en 2002, Latécoère en 2020
- 00:05:00 — La décision la plus structurante : créer le divertissement à bord chez Zodiac
- 00:06:43 — Le saut technologique de la décennie : la connectivité avec le contrôle aérien
- 00:10:14 — Le rôle de la France et de l’Europe : l’État investisseur patient
- 00:12:52 — L’aéronautique, objet de rapprochement entre les peuples
- 00:13:18 — Son message aux jeunes femmes : « Osez »
FAQ
Qui est Yannick Assouad ?
Yannick Assouad est directrice générale adjointe Avionique du groupe Thales et préside le comité de pilotage du CORAC. Forte de quarante ans dans l’aéronautique, à des postes techniques puis de direction, elle a été désignée « Femme de l’année » lors de la première édition du Prix Femmes de l’Aéro et du Spatial.
Qu’est-ce que le Prix Femmes de l’Aéro et du Spatial ?
C’est une distinction créée par le GIFAS et Le Journal de l’Aviation pour mettre en lumière des femmes dont l’expertise et le leadership façonnent l’avenir de l’aéronautique et du spatial. Yannick Assouad a reçu le Grand Prix « Femme de l’année » lors de sa toute première édition.
Pourquoi Yannick Assouad défend-elle l’aviation connectée ?
Selon elle, la prochaine grande rupture de l’avionique est la connectivité numérique entre l’avion et le contrôle aérien (ATM). Ce lien remplacerait peu à peu les échanges vocaux, rendrait les opérations plus fluides et sécuriserait les zones accidentogènes autour des aéroports, tout en servant l’objectif de décarbonation du secteur.
Comment a-t-elle rebondi après son départ de Latécoère ?
Écartée par l’actionnaire de Latécoère en mars 2020, à soixante ans et à la veille du confinement, elle refuse de mettre fin à sa carrière malgré les conseils de son entourage. Consciente de l’impact du Covid sur l’aviation, elle retrouve un poste deux mois plus tard.
Quel message adresse-t-elle aux jeunes femmes ?
Son mot d’ordre est « Osez ». Elle invite les jeunes femmes à suivre leurs passions sans s’imposer de plafonds de verre imaginaires, rappelle que les grandes entreprises offrent désormais un cadre propice à leur épanouissement et que celles-ci doivent leur donner du temps tout au long de leur carrière.
