L’art de disparaître
Le métier du maréchal des logis-chef Théo est de s’infiltrer derrière les lignes ennemies pour observer et renseigner, sans jamais entrer au contact. Il souligne l’importance du « capteur humain » qui, même à l’ère des technologies de surveillance, offre une fiabilité inégalée. Pour devenir invisible, sa technique principale consiste à s’enterrer avec son équipe dans une cache, parfois pour plus de dix jours. L’objectif est d’effacer toute signature thermique qui pourrait être détectée par des drones ou du matériel d’observation nocturne. Il raconte ainsi comment, lors d’un exercice, des chasseurs et leurs chiens sont passés à une dizaine de mètres de sa position sans rien déceler.
« Notre travail c’est vraiment de rester le plus invisible possible en zone ennemie. »
Une science des sens
Le camouflage est une discipline complète, que l’armée résume par l’acronyme FOMECBLOT (Fond, Forme, Odeur, Mouvement, Éclat, Bruit, Lumière, Ombre, Traces). Théo détaille plusieurs de ces aspects. Il faut d’abord se fondre dans l’environnement en utilisant la végétation locale et en évitant de créer des formes géométriques, comme des cubes, qui n’existent pas dans la nature. L’odeur est également un facteur crucial : dans une cache, toute hygiène est proscrite. « On oublie les déodorants, les parfums, le brossage de dents. On va vraiment se mettre en mode forêt, un petit peu comme un renard », explique-t-il. Enfin, il faut supprimer toute lueur, comme le reflet d’un cadran de montre ou d’une optique de jumelles, qui peut trahir une position à des kilomètres.
Ces principes s’appliquent autant à l’observation statique qu’aux déplacements d’infiltration, qui se font exclusivement de nuit, avec des sacs à dos pouvant peser jusqu’à 60 kilos.
Du terrain à l’humain
Au-delà du camouflage, le travail de Théo au 2ᵉ régiment de hussards couvre un large spectre de missions de renseignement. Lors de ses déploiements au Mali, il a pratiqué le traitement de sources humaines (TSH), qui consiste à aller au contact de la population locale, des bergers aux responsables politiques, pour recueillir des informations. Il est également formé à l’exploitation de sites sensibles (SSE), une compétence qui s’apparente à la police scientifique sur une zone de combat. Après un affrontement, son équipe arrive pour collecter et analyser tous les indices : armement, documents, téléphones, ou encore prélèvements sur les ennemis neutralisés, afin de remonter les filières.
Cette expertise s’étend à la prise en compte de prisonniers, une procédure encadrée où le capturé est mis sous sa protection, nourri et identifié avant d’être interrogé pour comprendre le contexte de sa présence.
Un parcours singulier
Rien ne prédestinait Théo à cette carrière. Après une licence en négociation et technique de vente, il devient professeur de tennis au Club Med. Pourtant, le désir de devenir militaire est un rêve d’enfant, né lors de visites sur les plages du débarquement en Normandie avec ses parents. Après ses études, il décide de franchir le pas et pousse la porte d’un centre de recrutement (CIRFA). Il choisit de devenir sous-officier en intégrant l’école de Saint-Mexan. C’est là qu’il découvre le 2ᵉ régiment de hussards, une unité spécialisée travaillant en petites équipes qui correspond parfaitement à son état d’esprit.
Aujourd’hui jeune père de famille, il continue de se former, notamment aux techniques de survie les plus extrêmes, et envisage de devenir officier pour poursuivre sa carrière au sein de l’armée.
Pour aller plus loin
- Le profil LinkedIn du capitaine Brault
- La chaîne YouTube du capitaine Brault
- Le compte TikTok du capitaine Brault
- Le canal WhatsApp du podcast
- S’engager dans l’Armée de Terre
Les références de l’épisode
- 2ᵉ régiment de hussards (2e RH)
- Armée de Terre
- Capitaine Brault
- Club Med
- École nationale des sous-officiers d’active (ENSOA) de Saint-Mexan
- FOMECBLOT (acronyme pour les principes du camouflage)
- Groupe Wagner
- Mali
- Préparation Militaire Découverte (PMD)
- Régiment de marche du Tchad
- Sahel
- Site-Sensitive Exploitation (SSE)
- Traitement de Sources Humaines (TSH)
Au fil de l’épisode
- La mission d’un spécialiste de l’infiltration : renseigner sans être vu.
- L’importance du « capteur humain » face à la technologie.
- La technique de la cache enterrée pour effacer sa signature thermique.
- L’évolution du métier face à la menace des drones.
- L’anecdote des chasseurs passés à quelques mètres de sa cache.
- Le débat sur la pertinence actuelle des caches enterrées face aux caches de surface.
- Le développement de nouveaux outils de camouflage au sein du régiment.
- Les principes du camouflage résumés par l’acronyme FOMECBLOT.
- L’importance de l’odeur : l’hygiène proscrite pour se fondre dans la nature.
- Éviter la lueur : le danger d’un simple reflet de montre.
- La phase d’infiltration de nuit avec des sacs de 50 à 60 kilos.
- L’importance du binôme pour gérer l’équipement et la fatigue.
- Ses missions au Mali, entre observation et renseignement humain (TSH).
- Le traitement de sources humaines : créer le contact avec la population.
- L’exploitation de sites sensibles (SSE) : le travail de police scientifique sur le terrain.
- Comment l’analyse d’indices permet de remonter des filières ennemies.
- La procédure de prise en compte des prisonniers.
- Son parcours : d’étudiant en commerce et prof de tennis au Club Med à soldat d’élite.
- Une vocation née dans l’enfance en visitant les plages du débarquement.
- Son engagement via le CIRFA et sa formation à l’école de Saint-Mexan.
- Le choix du 2ᵉ régiment de hussards pour le travail en petites équipes.
- L’influence d’un chef, Romain, qui l’a guidé à ses débuts.
- Son projet de devenir officier.
- L’équilibre entre la vie de soldat et sa nouvelle vie de père.
- Les techniques de camouflage adaptées au désert du Sahel.
- Le stage de survie : évasion, traque et simulation d’interrogatoire (« coxage »).
- La transformation personnelle apportée par les épreuves et les missions.
- Sa dernière mission au Mali lors du retrait français et la présence du groupe Wagner.
- La symbolique du béret brun, unique au 2ᵉ régiment de hussards.
FAQ
Qui est le maréchal des logis-chef Théo ?
Le maréchal des logis-chef Théo est un sous-officier de l’Armée de Terre, spécialiste de l’infiltration et du camouflage au sein du 2ᵉ régiment de hussards. Son métier consiste à s’introduire en zone ennemie pour des missions de renseignement. Il est également expert en traitement de sources humaines et en exploitation de sites sensibles. Avant de s’engager, il a suivi des études de commerce et a été professeur de tennis.
Qu’est-ce que le camouflage militaire selon l’acronyme FOMECBLOT ?
FOMECBLOT est un acronyme utilisé dans l’armée pour mémoriser les principes fondamentaux du camouflage. Chaque lettre correspond à un aspect à maîtriser pour ne pas être détecté : Fond, Forme, Odeur, Mouvement, Éclat, Bruit, Lumière, Ombre et Traces. L’objectif est de tromper tous les sens de l’ennemi, bien au-delà de la simple dissimulation visuelle, en se fondant parfaitement dans l’environnement.
Pourquoi la menace des drones a-t-elle changé les techniques de camouflage ?
Les drones, notamment ceux équipés de caméras thermiques, ont rendu la dissimulation plus difficile. Ils peuvent détecter la chaleur corporelle d’un soldat, même caché dans la végétation. Pour contrer cette menace, les spécialistes comme Théo ont recours à des techniques comme la cache enterrée, qui permet d’isoler et de masquer la signature thermique de l’équipe, la rendant ainsi invisible aux capteurs des drones.
Quelles sont les autres spécialités d’un soldat du renseignement comme Théo ?
Outre le camouflage et l’infiltration, un soldat du renseignement comme Théo possède plusieurs compétences. Il pratique le traitement de sources humaines (TSH), qui consiste à dialoguer avec la population pour obtenir des informations. Il est aussi formé à l’exploitation de sites sensibles (SSE), une sorte de police scientifique de terrain pour analyser les indices après un combat, et à la prise en compte de prisonniers selon des procédures strictes.
