Un engagement précoce
Le major Gérald raconte ses premiers pas vers la Légion étrangère, une vocation née dans un contexte familial entièrement militaire. Fils d’un ancien du 1er RPIMA, il grandit à Bayonne et sèche les cours pour passer du temps au poste de recrutement de la Légion, fasciné par les récits et les vidéos des légionnaires. Renvoyé des écoles militaires pour un comportement turbulent et des résultats en baisse, il tente de s’engager une première fois à seulement 15 ans et demi, mais se voit logiquement refoulé. « Tu reviens dans un an et demi », lui dit-on. C’est finalement à 17 ans qu’il retente sa chance, cette fois avec succès, prêt à tout pour réaliser son rêve.
Cette détermination précoce forge déjà le caractère du futur sous-officier, animé par une volonté de bien faire et de s’inscrire dans la lignée familiale.
Les classes et le baptême du feu
Une fois la porte du centre de recrutement franchie, le jeune Gérald est envoyé à Aubagne où commence le processus de sélection. Il décrit des entretiens « très secs », conçus pour déstabiliser les candidats et sonder leurs motivations profondes. En tant que jeune Français, il est un « ovni » parmi les engagés, souvent plus âgés et majoritairement étrangers. Certains recruteurs doutent de sa capacité à tenir le choc : « Tu n’y arriveras jamais, il y a 17 ans tu ne tiendras pas le choc ». Il persévère et part pour quatre mois de classes à Castelnaudari. Il se souvient d’une période intense où le plus dur fut le manque de sommeil, une épreuve destinée à forger l’esprit du soldat en le confrontant aux privations du terrain.
Galvanisé par une motivation sans faille, il se donne à fond dans chaque tâche, « même les mains pleines de cloques, les mains en sang, j’étais content ». Il termine premier de sa promotion.
Parachutiste au deuxième REP
Grâce à son classement, il choisit le 2e Régiment Étranger de Parachutistes (2e REP), influencé par l’héritage de son père. Il passe son brevet parachutiste à Calvi, un souvenir marquant. Il raconte son premier saut, non pas d’un avion mais d’un hélicoptère, l’appréhension, l’adrénaline et la sensation incroyable de la coupole qui s’ouvre au-dessus du vide. « Le cœur il a donné, c’était incroyable », confie-t-il. À peine breveté, il part pour sa première mission opérationnelle au Tchad en décembre 1990, lors du renversement de pouvoir entre Hissène Habré et Idriss Déby. Il n’a pas encore 18 ans.
Il explique que cette confrontation rapide avec le terrain était exactement ce que lui et ses camarades recherchaient : « Nous, on s’est engagés pour ça, pour aller en opération, pour aller au carton. »
La fabrique du mental
Spécialiste reconnu de la préparation physique et mentale, le major Gérald insiste sur un principe clé : la régularité. Pour un trentenaire sédentaire comme pour un jeune candidat à l’engagement, le secret est d’alterner des séances d’endurance (course, natation, rameur) et de renforcement musculaire, à raison de trois à quatre fois par semaine. Il souligne l’importance de la natation, souvent négligée par les recrues. Selon lui, le mental et le physique sont indissociables. « On a le mental de son physique », affirme-t-il. S’entraîner durement physiquement est une condition nécessaire pour être fort psychologiquement.
Il explique que si tout le monde n’est pas fait pour subir des épreuves extrêmes, la force mentale se développe et s’entretient, comme un muscle, par un travail constant.
L’épreuve de l’échec
Le major Gérald revient sur l’un des premiers et plus durs échecs de sa carrière : le stage de plongeur oxygène de l’armée de terre. À 20 ans, tout juste rentré de mission, il est envoyé suivre cette formation réputée pour sa difficulté. Malgré de très bonnes performances physiques, il est recalé pour une raison physiologique : il consomme trop d’oxygène et ne parvient pas à tenir les trois heures d’immersion requises avec la bouteille réglementaire. L’échec est vécu comme une « tragédie ». « Tu te demandes même qu’est-ce que je fais, je déserte, je ne peux pas rentrer au régiment comme ça », se souvient-il.
Cependant, comme il ne s’agissait pas d’une faute disciplinaire ou d’un manque de volonté, il n’est pas sanctionné. Son chef le réoriente rapidement vers d’autres missions, lui permettant de rebondir sans s’apitoyer sur son sort.
L’art du commandement
Pour le major Gérald, la qualité première d’un chef est l’exemplarité. « Rien n’est plus contagieux que l’exemplarité », martèle-t-il. Il cite en modèle son ancien commandant d’unité, le capitaine Mercury, un officier au physique hors norme dont le comportement inspirait le respect. Un bon chef doit être droit, juste, humain, mais aussi savoir sanctionner quand il le faut. Il regrette de ne pas avoir été parfois assez dur plus tôt dans sa carrière, soulignant qu’une sanction claire et tracée est nécessaire pour l’individu et pour la cohésion du groupe. Il estime qu’un chef ne doit pas chercher à être aimé, mais plutôt à être craint et respecté.
« Quand on en est là, c’est qu’on a atteint vraiment l’élément majeur d’être un chef. C’est-à-dire qu’on est suivi par ses subordonnés pour l’homme qu’on est », conclut-il.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Le livre du Major Gérald sur la préparation physique et mentale
- Personnes : Capitaine Brault, Hissène Habré, Idriss Déby, Capitaine Mercury, Général Burkhardt, Adjudant-chef Georgie, Adjudant-chef Orlando, Gamouni (marathonien)
- Unités et lieux : Légion étrangère, 1er RPIMA, Fort de Nogent, Bayonne, Aubagne, Castelnaudari, 2e REP (Régiment Étranger de Parachutistes), Calvi, Tchad (N’Djamena), Djibouti, Centre d’entraînement commando d’Arta Plage
- Événements et formations : Opération du 2e REP à Kolwezi, Guerre du Golfe, Stage plongeur oxygène de l’armée de terre
Au fil de l’épisode
- Les origines de la vocation militaire du Major Gérald, dans une famille de soldats.
- Sa première tentative d’engagement à 15 ans et demi, et le refus du recruteur.
- Son renvoi des écoles militaires et son engagement réussi à 17 ans.
- L’arrivée à Aubagne et les entretiens de sélection pour tester ses motivations.
- Le statut d’« ovni » en tant que jeune Français parmi les candidats étrangers.
- Les quatre mois de classes à Castelnaudari et la dureté de l’entraînement.
- Le manque de sommeil comme épreuve principale de la formation initiale.
- Sa motivation sans faille qui lui permet de finir premier de sa promotion.
- Le choix du 2e Régiment Étranger de Parachutistes (2e REP).
- Le récit de son premier saut en parachute, depuis un hélicoptère à Calvi.
- Sa première mission opérationnelle au Tchad, avant même d’avoir 18 ans.
- La mentalité du légionnaire qui s’engage « pour aller au carton ».
- Ses conseils en préparation physique : régularité et alternance endurance/renforcement.
- L’importance de ne pas négliger la natation pour les futurs engagés.
- Le lien indissociable entre la force physique et la solidité mentale.
- Son échec au stage de plongeur de combat pour des raisons physiologiques.
- La difficulté de vivre ce premier revers et la peur de rentrer au régiment.
- Comment son chef l’a aidé à rebondir en l’envoyant sur d’autres missions.
- Le capitaine Mercury, son modèle de chef, et l’importance de l’exemplarité.
- Sa décision de devenir sous-officier pour commander et transmettre.
- La nécessité pour un chef d’être juste, humain, mais aussi de savoir sanctionner.
- Le danger pour un chef de critiquer sa propre hiérarchie devant ses hommes.
- La relation quasi-paternelle qu’il a pu développer avec certains de ses subordonnés.
- Le débat : un chef doit-il être aimé ou craint et respecté ?
- Son expérience à la tête de l’équipe de cross de la Légion étrangère.
- Son regard sur les nouvelles générations de légionnaires et l’évolution de la société.
- Le questionnaire « à réaction au flash » sur des sujets variés (sport, discipline, guerre).
- Le questionnaire final, inspiré de Bernard Pivot, sur ses valeurs et sa devise.
- Son conseil final à la jeunesse : motivation, discipline et détermination.
FAQ
Qui est le Major Gérald ?
Le Major Gérald est un sous-officier de la Légion étrangère comptant 35 ans de service. Reconnu comme une figure de l’institution, il est spécialiste des arts martiaux et de la préparation physique et mentale des légionnaires. Engagé à 17 ans, il a participé à huit opérations extérieures. Il est également très suivi sur les réseaux sociaux où il partage son expérience et ses conseils.
Comment le Major Gérald a-t-il rejoint la Légion étrangère ?
Issu d’une famille de militaires, il a été très tôt attiré par la Légion. Après avoir été renvoyé des écoles militaires, il a tenté de s’engager une première fois à 15 ans et demi, sans succès. Il a finalement été accepté à l’âge de 17 ans, après avoir passé les tests de sélection à Aubagne. Il a ensuite suivi quatre mois de classes à Castelnaudari, dont il est sorti premier de sa promotion.
Quels sont les conseils du Major Gérald pour la préparation physique ?
Le Major Gérald insiste sur la régularité et la continuité de l’entraînement. Il recommande d’alterner des séances d’endurance (course à pied, natation, rameur) et des séances de renforcement musculaire, à raison de trois à quatre entraînements par semaine. Pour lui, le physique et le mental sont liés : un corps entraîné et résistant est la base d’un esprit solide.
Quelle est la vision du commandement du Major Gérald ?
Pour le Major Gérald, un chef doit avant tout être exemplaire dans son comportement, son attitude et sa condition physique. Il doit être droit, juste et humain avec ses subordonnés, mais ne doit pas hésiter à sanctionner fermement lorsque c’est nécessaire. Il estime qu’un chef ne doit pas chercher à être aimé, mais à être respecté pour l’homme qu’il est, au-delà de son grade.
