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La méthode pour ne plus jamais abandonner

Ancien préparateur physique au sein du 13e Régiment de Dragons Parachutistes (13e RDP) puis de la DGSE, Guillaume Hassinat a passé treize ans à forger le corps et l'esprit des membres des forces spéciales. Dans cet entretien avec le capitaine Brault, il lève le voile sur les méthodes de sélection et de formation de ces unités d'élite, où l'échec n'est pas une option. Il partage les leçons tirées de son parcours exceptionnel sur la gestion du stress, la résilience face à l'incertitude et la force du collectif. Un témoignage rare sur ce qui permet de dépasser ses limites et de rester performant quand tout devient difficile.

Guillaume Hassinat, la préparation mentale des forces spéciales pour ne jamais abandonner

Qu’est-ce que les Forces Spéciales ?

Guillaume Hassinat commence par définir les Forces Spéciales (FS) : des unités particulièrement sélectives, spécialisées dans le renseignement ou l’action, qui interviennent en petites équipes sur des missions sensibles. Contrairement aux unités conventionnelles, elles opèrent dans des zones hostiles pour des opérations comme la libération d’otages ou la recherche de renseignement, s’exposant à un risque plus élevé. Il précise que son ancienne unité, le 13e RDP, se concentre exclusivement sur le renseignement. La principale différence avec l’armée conventionnelle réside, selon lui, dans la dureté de la sélection et l’exigence de la formation.

« Si on envoie des unités FS, c’est pour faire des missions qui sont plus sensibles. Aller libérer un otage, aller chercher du renseignement dans une zone hostile. Donc c’est être en première ligne. »

Un processus de sélection impitoyable

Le parcours pour intégrer les forces spéciales est un long entonnoir. Tout commence dans les centres de sélection où les candidats aux FS doivent déjà afficher un niveau physique supérieur. S’ensuivent des entretiens spécifiques, puis une préparation militaire parachutiste force spéciale (PMPFS) de quinze jours, où la moitié des candidats est déjà éliminée. Pour ceux qui persistent, la formation initiale peut durer plus d’un an, contre quatre mois pour un soldat conventionnel. Guillaume Hassinat explique qu’il faut le vouloir, que l’on vienne du civil ou que l’on soit déjà militaire cherchant à basculer via un recrutement particulier, comme ce fut son cas.

Il souligne que les critères physiques de base, comme réaliser au moins 15 tractions ou un palier 12 au test Luc Léger, ne sont qu’un point de départ et ne garantissent en rien la réussite finale.

La « filière », une fabrique à résilience

Guillaume Hassinat, qui a été instructeur, détaille les étapes de la « filière », le nom donné à la formation des opérateurs. Après les classes initiales, les candidats entrent dans le dur avec la phase d’« aguerrissement ». L’objectif est de les pousser dans leurs retranchements en créant un état de fatigue et de manque de lucidité constant. Marches de nuit, exercices physiques surprises, attente interminable sous la pluie, fausses promesses de repos… tout est fait pour tester leur mental. C’est durant cette période, qui peut durer plusieurs mois, que les abandons sont les plus nombreux, souvent plus de 50 % d’une promotion.

« Le but, encore une fois, c’est de tester les gens sur leur morale, sur leur mental. Dans les moments vraiment les plus compliqués, je pense qu’il faut se raccrocher à quelque chose de personnel. »

Ceux qui tiennent et ceux qui craquent

Qu’est-ce qui différencie ceux qui réussissent de ceux qui abandonnent ? Pour Guillaume Hassinat, la réponse est claire : le mental. Le premier facteur d’échec est la perte de repères. Privés de leur confort, de leur famille, et sans jamais recevoir de félicitations, beaucoup ne supportent pas de ne plus savoir où ils vont. Il observe que ceux qui ont une origine plus « rustique », comme un « fils de paysan vosgien », ont souvent plus de facilités au départ. Mais au-delà de cette sélection naturelle, la différence se fait sur la capacité à gérer la pression psychologique et la petite voix intérieure qui incite à renoncer.

Il raconte que l’envie d’abandonner est systématique et universelle. La clé est de ne pas craquer dans les quelques secondes où elle se manifeste. Pour cela, il faut anticiper, se connaître et développer des stratégies.

Les stratégies mentales de survie

Face à l’épreuve, plusieurs techniques permettent de tenir. La première est la cohésion de groupe : un camarade sera toujours là pour vous pousser à continuer. La deuxième est de se fixer des objectifs à très court terme. « Il ne faut pas voir l’objectif final », explique-t-il, mais viser le prochain repas, le lever du soleil. Enfin, dans les moments les plus durs, il faut se raccrocher à quelque chose de personnel. Souvent, les plus grandes blessures ou les fardeaux que l’on porte se transforment en une force insoupçonnée. Il cite l’exemple d’un élève qui a puisé dans le souvenir de son frère décédé pour surmonter une épreuve.

Lui-même confie que sa motivation était de ne pas décevoir sa mère et sa famille, de leur rendre une forme de fierté après être parti de chez lui à 18 ans sans diplômes.

L’échec comme outil de progression

Une fois en unité opérationnelle, la préparation continue. Guillaume Hassinat a révolutionné l’entraînement physique au 13e RDP en s’inspirant du CrossFit, mais en l’adaptant aux contraintes du terrain : pas de matériel, des exercices au poids de corps, en tenue de combat, et une forte dimension aquatique. Au-delà du physique, il insiste sur l’importance de s’entraîner à l’échec. Il préconise de créer des « cas non conformes » durant les exercices, des situations imprévues qui sortent des procédures habituelles pour forcer les opérateurs à s’adapter et à trouver des solutions sous stress. Chaque échec est ensuite analysé lors d’un retour d’expérience (retex) pour en tirer des leçons.

« La meilleure manière de survivre à ce type d’épreuve, quelque part, c’est de l’avoir vécu un peu auparavant. »

La résilience, une force qui se construit

Pour gérer le stress, il recommande des outils concrets comme la respiration (la méthode 4-2-6 : 4s d’inspiration, 2s de blocage, 6s d’expiration) et la visualisation. Il s’agit de répéter mentalement les gestes et de se projeter dans la réussite pour ancrer le positif dans son cerveau. Ces techniques, pour être efficaces, doivent être pratiquées quotidiennement, comme un « drill ». Il insiste aussi sur l’importance de s’accorder des moments de solitude, sans téléphone ni musique, pour se retrouver avec soi-même et faire le point. C’est l’ensemble de ces pratiques qui construit la résilience, définie comme la capacité à rebondir après un traumatisme.

Il partage l’exemple de sa mère, qui a affronté de multiples drames et une grave maladie avec une force qui reste son modèle de résilience.

Pour aller plus loin

  • Sengager.fr, le site du recrutement de l’armée de Terre.

Les références de l’épisode

  • Livre : « Par-delà les épreuves », de Guillaume Hassinat.
  • Unités militaires : Forces Spéciales (FS), 13e Régiment de Dragons Parachutistes (13e RDP), 1er RPIMa.
  • Organisations : Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).
  • Personnes : Capitaine Brault.
  • Concepts et tests : Préparation Militaire Parachutiste Force Spéciale (PMPFS), test Luc Léger, test Kili, CrossFit.

Au fil de l’épisode

  • La définition des Forces Spéciales (FS) et la nature de leurs missions.
  • La différence fondamentale avec les unités conventionnelles : la sélectivité et l’exigence de la formation.
  • Le parcours de sélection pour un civil : tests physiques, entretiens, et la redoutable PMPFS.
  • Le parcours de Guillaume Hassinat, orienté vers le 13e RDP un peu par hasard.
  • Les standards physiques minimaux pour postuler, considérés comme une simple base.
  • Son rôle de préparateur physique et son constat sur les limites de l’entraînement de l’époque.
  • La création d’une nouvelle méthode d’entraînement, inspirée du CrossFit mais adaptée à l’opérationnel.
  • L’intégration de l’aisance aquatique et du travail en équipement pour plus de réalisme.
  • La genèse de son livre, « Par-delà les épreuves », d’abord un guide interne pour le régiment.
  • La « filière » : le long parcours de formation des opérateurs.
  • La phase d’« aguerrissement », conçue pour tester le moral et le mental par la fatigue et l’incertitude.
  • Les méthodes psychologiques utilisées par les instructeurs, comme les fausses récompenses.
  • Le taux d’abandon de plus de 50 % durant cette phase.
  • Les raisons de l’échec : la perte des repères et l’incapacité à sortir de sa zone de confort.
  • Le profil de ceux qui réussissent : souvent des individus endurants et résilients plutôt que des surhommes.
  • Comment surmonter la « petite voix » qui pousse à abandonner.
  • La stratégie des objectifs à très court terme pour avancer pas à pas.
  • L’importance cruciale de la cohésion et du soutien des camarades.
  • Comment les blessures personnelles peuvent devenir une source de force.
  • La motivation personnelle de Guillaume Hassinat : ne pas décevoir sa famille.
  • Le rôle de l’instructeur : pousser les candidats dans leurs retranchements, sans complaisance.
  • Le programme de préparation qu’il propose aujourd’hui aux candidats.
  • Le concept de « routine opérationnelle » pour développer la discipline au quotidien.
  • L’importance de s’entraîner à l’échec via des « cas non conformes ».
  • Le retour d’expérience (« retex ») comme outil fondamental de progression.
  • La technique de respiration 4-2-6 pour gérer une montée de stress.
  • La visualisation comme entraînement mental pour ancrer la réussite.
  • La nécessité de faire un point quotidien sur soi pour ne pas accumuler de « négatif ».
  • L’importance de s’imposer des moments de solitude pour se reconnecter à soi-même.
  • Sa définition de la résilience : la capacité à se relever après une épreuve.
  • L’histoire de sa mère, son exemple ultime de résilience face à la maladie et aux drames.
  • Comment son parcours militaire l’a aidé à affronter les épreuves personnelles.
  • La mission de son livre : transmettre son expérience pour aider les autres à affronter leurs propres batailles.

FAQ

Qui est Guillaume Hassinat ?

Guillaume Hassinat est un ancien militaire français, spécialiste de la préparation physique et mentale. Il a servi durant treize ans au sein du 13e Régiment de Dragons Parachutistes (13e RDP), une unité des Forces Spéciales, avant de rejoindre la DGSE. Fort de cette expérience, il transmet aujourd’hui ses connaissances sur la résilience, le leadership et la gestion du stress. Il est également l’auteur du livre « Par-delà les épreuves ».

Qu’est-ce que les Forces Spéciales (FS) ?

Les Forces Spéciales sont des unités militaires d’élite, soumises à une sélection et une formation extrêmement rigoureuses. Elles sont conçues pour mener des missions sensibles et à haut risque, souvent en petites équipes et en territoire hostile, là où les unités conventionnelles n’interviennent pas. Leurs spécialités incluent le renseignement en profondeur, comme au 13e RDP, ou les actions directes comme la libération d’otages.

Comment se déroule la sélection des Forces Spéciales ?

La sélection est un processus long et très exigeant qui élimine une grande partie des candidats à chaque étape. Elle commence par des tests physiques et psychologiques supérieurs à la moyenne, suivis d’entretiens. La phase la plus dure est l’« aguerrissement », qui vise à pousser les candidats à leurs limites physiques et mentales par la fatigue, le manque de sommeil et une incertitude constante pour tester leur résilience.

Quelles sont les clés de la préparation mentale selon Guillaume Hassinat ?

La préparation mentale repose sur plusieurs piliers. D’abord, la connaissance de soi pour anticiper ses réactions. Ensuite, la capacité à se fixer des objectifs à très court terme pour ne pas être submergé par l’ampleur de l’épreuve. Il insiste aussi sur la cohésion de groupe, la visualisation de la réussite et l’utilisation des blessures passées comme une source de motivation. Enfin, une discipline quotidienne est essentielle.

Pourquoi l’échec est-il un outil de formation ?

Selon Guillaume Hassinat, l’échec provoqué volontairement à l’entraînement est un puissant outil d’apprentissage. En créant des situations imprévues (« cas non conformes »), les instructeurs forcent les soldats à s’adapter, à innover et à gérer leur stress. Chaque échec est ensuite analysé collectivement lors d’un « retex » (retour d’expérience), ce qui permet de corriger les erreurs, d’améliorer les procédures et de renforcer la résilience du groupe.

Qu’est-ce que la résilience pour Guillaume Hassinat ?

Pour lui, la résilience n’est pas l’absence de chute, mais la capacité à se relever après une épreuve difficile ou un traumatisme. C’est une qualité qui se construit avec l’expérience, en apprenant à surmonter les obstacles. Il la voit comme la force qui permet de continuer à avancer malgré les difficultés, une compétence essentielle pour un opérateur des forces spéciales mais aussi pour quiconque affronte les épreuves de la vie.

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