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Comment l’IA change la guerre

Ingénieur polytechnicien passé par les laboratoires de Google DeepMind, Bertrand Rondepierre a été débauché par le ministre des Armées pour prendre la tête de la nouvelle Agence Ministérielle pour l'IA de défense. Sa mission : faire de l'intelligence artificielle une réalité opérationnelle au service du soldat. Dans cet épisode, il détaille les applications concrètes de l'IA dans les trois temps de l'action militaire — renseignement, décision, action. Il aborde l'accélération technologique fulgurante, la place de la France dans cette course mondiale et les questions éthiques cruciales que soulève l'autonomie croissante des systèmes d'armes.

de Google DeepMind à la tête de l'intelligence artificielle de défense française

Le renseignement augmenté

Bertrand Rondepierre décompose l’action militaire en trois temps : le renseignement, la décision et l’action. C’est d’abord dans le domaine du renseignement que l’intelligence artificielle démontre sa plus-value la plus évidente. Face à des montagnes de données hétérogènes — images satellite, flux vidéo de drones, textes, sons —, l’IA offre une capacité d’analyse exhaustive et rapide, là où il faudrait des armées d’analystes humains. Elle permet de comprendre le contenu de ces données, de détecter des objets, de repérer des changements sur une zone ou d’identifier des anomalies, comme des mouvements suspects pouvant révéler des caches d’armes.

« L’intelligence artificielle, ça permet de prendre ces données et en comprendre le contenu. C’est ça l’essence de ce qu’on fait au quotidien. »

Le commandement éclairé

Pour le temps de la décision, le rôle de l’IA est plus complexe. Sa première fonction est d’éclairer le fameux « brouillard de la guerre » en fournissant au décideur une vision complète et synthétique de la situation sur le terrain. Mais la technologie va plus loin. Bertrand Rondepierre explique travailler sur des outils capables de simuler les conséquences d’une action, d’anticiper les réactions de l’adversaire et de challenger les plans des officiers. L’objectif n’est pas de remplacer le jugement humain, mais de l’enrichir par un dialogue avec la machine, en explorant les différents « et si ? » pour aboutir à une décision plus robuste.

Il insiste sur un point non négociable de la doctrine française : « Ce qui n’est pas négociable, c’est qu’à un moment donné, il doit y avoir une prise de décision » humaine.

Le soldat et la machine

Enfin, sur le terrain, l’IA sera partout : dans les blindés, les avions, les navires. Le véritable défi, selon Bertrand Rondepierre, est de l’intégrer à l’équipement du soldat sans l’alourdir, par exemple via des systèmes d’aide à la visée comme le Smart shooter. Au-delà du combat, l’IA optimise déjà le soutien : logistique, maintenance, et surtout l’analyse des retours d’expérience (RETEX) pour en extraire rapidement les leçons. Cette révolution technologique soulève d’immenses questions éthiques, mais la France refuse de laisser une IA prendre une décision de tuer. Le contrôle humain reste la clé, même si la décision porte sur un périmètre d’action plutôt que sur chaque tir individuel.

« L’impact de l’IA sur le champ de bataille ressemblera à l’impact de la bombe nucléaire sur ce qui est devenu la dissuasion nucléaire ensuite. »

Les références de l’épisode

  • Personnes : Sébastien Lecornu, Cédric Villani, Léo Zillard, Albert Einstein, Harry Truman, Henry Stimson (orthographié Simpson dans la transcription).
  • Organisations et entreprises : Agence Ministérielle pour l’IA de défense (AMIAD), Google DeepMind, Ministère des Armées, ComCyber (Commandement de la cyberdéfense), École polytechnique, Saint-Cyr Coëtquidan.
  • Lieux et conflits : Ukraine, Mali, Rennes.
  • Technologies et concepts : ChatGPT, Smart shooter, IA générative, rapport Villani.
  • Événements : Forum VivaTech.

Au fil de l’épisode

  • Le métier de Bertrand Rondepierre : directeur de l’Agence Ministérielle pour l’IA de défense.
  • L’anecdote de son arrivée au ministère en gyroroue.
  • Les trois temps de l’action militaire : renseignement, décision et action.
  • L’usage de l’IA dans le renseignement pour analyser des volumes massifs de données (images, sons, textes).
  • La détection de changements et d’anomalies sur le terrain grâce à l’IA.
  • Le rôle de l’IA dans l’aide à la décision : éclairer le brouillard de la guerre.
  • La simulation des réactions de l’adversaire pour anticiper les conséquences d’une action.
  • Le dialogue homme-machine pour challenger les schémas tactiques des officiers.
  • L’IA dans l’action : son intégration dans les véhicules (avions, bateaux, blindés).
  • Le défi d’embarquer l’IA pour le soldat à pied sans l’alourdir.
  • L’exemple des fusils intelligents comme le Smart shooter.
  • L’apport de l’IA dans les domaines du soutien : logistique, maintenance et analyse des retours d’expérience (RETEX).
  • La lutte contre la désinformation et la détection de faux contenus générés par IA.
  • Son parcours : un intérêt pour l’IA dès 2013, avant que le sujet ne soit à la mode.
  • Sa participation au rapport Villani en 2017, qui identifiait déjà la défense comme un secteur clé.
  • L’accélération fulgurante de la technologie, notamment avec l’arrivée de l’IA générative comme ChatGPT.
  • La position de la France dans la course à l’IA militaire face aux États-Unis et à la Chine.
  • La création de l’AMIAD pour passer des démonstrateurs à une réalité opérationnelle.
  • Son expérience chez Google DeepMind et son débauchage par le gouvernement.
  • La question éthique centrale : la place de l’humain et le refus de la France de développer des systèmes d’armes létaux autonomes.
  • Comment borner le risque et conserver un contrôle humain effectif sur la technologie.
  • Le parallèle entre l’impact stratégique de l’IA et celui de la bombe nucléaire.
  • Sa vision du management : transformer le ministère en important l’agilité d’une start-up.
  • Le pivot culturel nécessaire d’une armée centrée sur le matériel physique à une armée pensée autour du numérique.
  • L’importance de la formation des futurs officiers aux enjeux de l’IA et du numérique.
  • Le questionnaire « réaction flash » et le questionnaire final.

FAQ

Qui est Bertrand Rondepierre ?

Bertrand Rondepierre est un ingénieur polytechnicien, expert en intelligence artificielle. Après avoir travaillé dans les laboratoires de recherche de Google DeepMind, il a été nommé par le ministre des Armées à la tête de la nouvelle Agence Ministérielle pour l’IA de défense (AMIAD). Sa mission est de développer et de déployer des applications concrètes d’IA pour les forces armées françaises, en faisant le lien entre la technologie et les besoins opérationnels.

Qu’est-ce que l’Agence Ministérielle pour l’IA de défense (AMIAD) ?

L’AMIAD est une agence créée en 2024 au sein du ministère des Armées. Dirigée par Bertrand Rondepierre, sa mission est d’accélérer le « passage à l’échelle » des technologies d’IA. Elle vise à fournir des outils concrets et opérationnels aux soldats, en couvrant des domaines comme le renseignement, l’aide à la décision, la logistique et les systèmes d’armes, tout en intégrant les militaires à la conception pour garantir la pertinence des solutions développées.

Comment l’IA est-elle utilisée dans le renseignement militaire ?

L’IA permet de traiter des volumes de données (images satellite, flux de drones, textes) qu’il serait impossible pour des humains d’analyser exhaustivement. Elle peut identifier automatiquement des objets, des changements sur un terrain ou des anomalies dans des mouvements. Cet usage permet de lever le « brouillard de la guerre » et de fournir une information synthétique et précise aux décideurs militaires, améliorant ainsi leur compréhension de la situation en temps réel.

L’IA prendra-t-elle des décisions de tir à la place des humains ?

Selon Bertrand Rondepierre, la doctrine française est très claire : non. La décision finale reste et restera humaine. L’IA est un outil d’aide à la décision qui peut proposer des cibles ou des options, mais un humain doit toujours valider l’action. Le commandement peut définir un périmètre ou des règles d’engagement dans lesquels l’IA opère, mais il conserve le contrôle effectif et la responsabilité de la décision.

Pourquoi l’impact de l’IA est-il comparé à celui de la bombe nucléaire ?

La comparaison, évoquée par le ministre des Armées et reprise par Bertrand Rondepierre, ne porte pas sur la nature de l’arme mais sur l’ampleur de la rupture stratégique. Comme l’arme nucléaire a redéfini la dissuasion et la nature des conflits entre grandes puissances, l’IA est perçue comme une technologie qui va profondément transformer la manière de faire la guerre, de la vitesse des opérations à la robotisation du champ de bataille.

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