L’engagement d’un militant
Deux semaines après avoir fêté ses 18 ans, Vadim voit la guerre frapper l’Ukraine. Pour ce jeune militant politique, rejoindre le combat est une évidence. Il raconte ses débuts, loin de l’image high-tech que l’on pourrait avoir du conflit. Affecté comme chef de pièce de mortier, sa première arme date de la Première Guerre mondiale, avec un manuel d’instruction de l’époque soviétique expliquant comment l’attacher à un cheval. Cette situation le pousse à innover : il lance une levée de fonds sur Twitter pour acheter des drones et corriger lui-même ses tirs, raccourcissant drastiquement la boucle de décision.
« Ce que j’ai retenu après les six premiers mois de la guerre, c’est qu’il n’y a pas de haut-gradé […] pour résoudre tous nos problèmes. Nous devons nous-mêmes être moteurs pour faire de nouvelles choses pour cette armée. »
Filmer pour survivre
Déployé à de multiples reprises, Vadim passe près de neuf mois à Bakhmout, théâtre d’une des batailles les plus sanglantes depuis 1945. Devenu pilote de drone à plein temps, il décrit un travail permanent, où l’observation ne s’arrête jamais. Confronté à la mort en permanence, il trouve un exutoire dans la création. L’écriture et le cinéma deviennent pour lui une catharsis, une manière de réfléchir et de mettre en perspective l’horreur. Il réalise notamment un court-métrage, Morning Routine, qui juxtapose avec un humour noir les vidéos idéalisées de YouTube et sa propre réalité dans les tranchées.
Son travail de cinéaste est aussi un moyen de rendre hommage. En tant que producteur, il participe à un film sur son ami Moss, mort au combat, qui sera nommé aux Emmy Awards. Pour lui, c’est une manière de garder une trace de l’histoire de ceux qui sont tombés.
Un autre regard sur la guerre
Vadim est convaincu que la guerre est loin d’être terminée. Selon lui, la Russie, en tant qu’empire, a besoin d’un ennemi extérieur pour assurer sa cohésion interne et n’a aucune raison de s’arrêter. Il se voit comme un défenseur du « monde libre » face au « Mordor ». Paradoxalement, il confie se sentir plus heureux et plus apaisé sur la ligne de front. Loin de la charge mentale des projets qu’il mène à Kiev, le front lui offre des missions claires et un sentiment de fraternité et de communauté qu’il ne retrouve nulle part ailleurs.
Très critique envers la représentation médiatique du conflit, qu’il juge trop misérabiliste, il veut montrer une autre facette de la guerre, faite d’humour noir, d’absurdité et de camaraderie. Avec plus de 40 heures d’images GoPro, il espère un jour réaliser un film qui témoignera de cette réalité complexe.
Vadim nous recommande…
- « Regarding the Pain of Others » — Suzanne Sontag, un livre sur la perception de la guerre à travers les médias.
Pour aller plus loin
- Le profil LinkedIn du Capitaine Brault
- La chaîne YouTube du Capitaine Brault
- Le compte TikTok du Capitaine Brault
- Le canal WhatsApp du Capitaine Brault
- Toutes les informations sur les métiers de l’Armée de Terre
- Rencontrer un conseiller en recrutement de l’Armée de Terre
Les références de l’épisode
- Personnes : Capitaine Brault, Jason Bellini, Moss, Suzanne Sontag, Vladimir Poutine, Pete Seeger, Bob Marley, Maria Berlins, Général Tassel.
- Lieux : Ukraine, Paris, New York, Kiev, Donbass, Bakhmout, Koursk, Afghanistan, Tchétchénie, Géorgie, Crimée.
- Organisations et entités : Légion étrangère, Script News, OTAN, Emmy Awards, Groupe Wagner, Sciences Po, Victory Drone, Armée de Terre.
- Œuvres citées : Morning Routine (court-métrage de Vadim), Regarding the Pain of Others (livre de Suzanne Sontag), Valse avec Bachir (film), Band of Brothers (série télévisée).
- Outils et plateformes : Drones (kamikaze, FPV), Twitter, GoPro, YouTube.
Au fil de l’épisode
- L’arrivée de Vadim à Paris et ses premières phrases en français, appris en trois mois.
- Le choc culturel entre la vie civile à New York et sa réalité de soldat sur le front.
- Son travail de cinéaste et la nomination aux Emmy Awards du film sur son ami Moss.
- Sa décision de s’engager à 18 ans, dès le début de l’invasion.
- Ses débuts comme chef de pièce de mortier avec du matériel datant de la Première Guerre mondiale.
- L’initiative de lever des fonds pour acheter des drones et innover sur le terrain.
- Son expérience de près de neuf mois dans la bataille de Bakhmout.
- La différence de rythme et de charge mentale entre le poste de mortier et celui de pilote de drone.
- L’écriture et le cinéma comme outils de catharsis pour gérer les traumatismes.
- La genèse de son court-métrage « Morning Routine », une parodie des vidéos YouTube.
- Sa conviction que la guerre va durer, la Russie ayant besoin d’un ennemi extérieur pour exister.
- La polarisation de la société ukrainienne face à un conflit qui s’éternise.
- Son rôle actuel, partagé entre les missions sur le front et le développement de projets de défense à Kiev.
- Sa collaboration avec Victory Drone, la première école de formation de pilotes de drones FPV militaires.
- Le sentiment paradoxal d’être plus « heureux » et « reposé » sur la ligne de front.
- L’importance de la fraternité d’armes et du sentiment d’appartenance à une « tribu ».
- Sa difficulté à se projeter dans l’avenir et son projet d’étudier à l’étranger, peut-être à Sciences Po.
- Pourquoi il ne souhaite pas poursuivre une carrière militaire en temps de paix.
- Sa critique de la représentation de la guerre dans les médias et le cinéma, qu’il juge trop sombre.
- Son projet de film à partir de ses 40 heures d’images GoPro, pour montrer l’humour noir et l’absurdité du front.
- Son message final sur la nécessité pour l’Europe de prendre en main sa propre sécurité.
FAQ
Qui est Vadim ?
Vadim est un jeune soldat ukrainien qui s’est engagé dans l’armée à 18 ans, au tout début de l’invasion russe. D’abord chef de pièce de mortier, il est devenu pilote de drone en première ligne. Vétéran de la bataille de Bakhmout, il est également réalisateur et utilise le cinéma pour documenter sa réalité et gérer les traumatismes de la guerre. Il partage son temps entre les opérations sur le front et des projets de défense à Kiev.
Pourquoi Vadim est-il devenu pilote de drone ?
Affecté à un poste de mortier avec du matériel datant de la Première Guerre mondiale, Vadim a rapidement compris les limites de son équipement. Pour gagner en efficacité, il a pris l’initiative de lever des fonds pour acheter des drones. Cela lui a permis de repérer ses propres cibles et de corriger ses tirs en moins d’une minute, une innovation qui a considérablement raccourci la chaîne de commandement et amélioré sa réactivité sur le terrain.
Comment Vadim utilise-t-il le cinéma dans la guerre ?
En tant que réalisateur, Vadim se sert de l’écriture et de la caméra comme d’une thérapie pour analyser et surmonter ce qu’il vit. Il a notamment réalisé un court-métrage, « Morning Routine », qui utilise l’humour noir pour confronter les clichés des réseaux sociaux à la brutalité du quotidien dans les tranchées. Pour lui, c’est un moyen de proposer une représentation plus fidèle de la guerre, loin des récits uniquement tragiques.
Quelle est sa vision de la guerre en Ukraine ?
Vadim est convaincu que le conflit sera long. Il analyse que la Russie, en tant qu’empire, a structurellement besoin d’un ennemi extérieur pour maintenir sa cohésion et n’a donc aucune raison de cesser le combat. Il perçoit sa mission comme la défense du « monde libre » face à une menace existentielle. Malgré les dangers, il trouve sur le front un sens et une fraternité qui le rendent, selon ses propres mots, plus heureux.
