Un talent bâti sur le travail
Né et élevé près de Grenoble, Vincent Clerc grandit avec une passion pour le rugby, mais sans se considérer comme un futur prodige. Il le confie lui-même : « jusqu’à 17, 18 ans, je ne pensais pas du tout avoir le potentiel ». Loin des sélections jeunes et des radars, il évolue en équipe 2 et se décrit comme un joueur qui a dû énormément travailler pour combler ses lacunes. Son talent, selon lui, a toujours été cette capacité à s’entraîner beaucoup, à aimer l’effort et à ne jamais se décourager face aux échecs. C’est cette éthique de travail qui lui permet de rentrer au centre de formation de Grenoble et de saisir sa chance lorsque le club, relégué en Pro D2, fait appel à ses jeunes.
En l’espace de huit mois, son parcours connaît une accélération fulgurante, le faisant passer de jeune joueur inconnu à international.
L’accélération toulousaine
Repéré par le Stade Toulousain alors qu’il évolue encore à Grenoble, Vincent Clerc fait le choix décisif de rejoindre le « Real Madrid » du rugby français. Une décision difficile, qui lui vaut d’être perçu comme un traître par certains, mais qu’il assume pour se mesurer aux meilleurs. Il y est accueilli par Guy Novès, qui deviendra son entraîneur, son mentor, et quelques années plus tard, son beau-père. Il raconte cette relation particulière, où la distance professionnelle a toujours été maintenue pendant sa carrière. Dès ses premiers matchs, il prouve sa valeur en marquant des essais décisifs, s’intégrant rapidement dans un collectif de stars comme Fabien Pelous ou Frédéric Michalak.
Cette période marque le début d’une carrière de 14 ans au sein du club, où il remportera trois titres de champion de France et trois coupes d’Europe.
Sous le maillot bleu
Très vite, Vincent Clerc est appelé en Équipe de France, où il connaîtra des hauts et des bas, notamment sous le sélectionneur Bernard Laporte. Il évoque la pression immense et le sentiment de ne pas avoir le droit à l’erreur. Un match charnière de sa carrière internationale se déroule à Croke Park en 2007, contre l’Irlande, où il marque l’essai de la victoire à la dernière minute, changeant ainsi son statut au sein de l’équipe. Il partage des souvenirs mémorables, comme la finale de Coupe du Monde 2011 perdue d’un point contre les All Blacks, son plus grand regret. Il raconte aussi l’épisode légendaire du quart de finale de 2007, où l’équipe de France a défié le Haka en avançant jusqu’à se retrouver face à face avec les Néo-Zélandais.
« On est chacun dans les regards de son adversaire, plus personne ne veut reculer. Parce qu’en fait c’est déjà la première victoire, c’est qui va lâcher. »
La performance dans la durée
Pour rester au plus haut niveau jusqu’à 37 ans, Vincent Clerc a mis en place des routines de travail très intenses. Il admet que cette quête permanente de performance l’a parfois poussé à ignorer les signaux de fatigue de son corps, ce qui a conduit à de graves blessures survenues seul, comme des ruptures du tendon d’Achille et des ligaments du genou. Il explique comment il a appris à gérer l’intensité, même s’il reconnaît avoir toujours eu du mal avec les entraînements à faible allure. Il détaille la semaine type d’un rugbyman professionnel, entre récupération, analyse vidéo, préparation physique et mise en place tactique. Sa longévité, il l’attribue aussi à sa capacité à se fixer des objectifs à court terme, une « stratégie des petits pas » pour se reconstruire après les échecs ou les blessures.
Il insiste sur l’importance de l’humilité, apprise au Stade Toulousain, pour ne jamais se reposer sur ses lauriers.
Une reconversion inattendue
En 2018, Vincent Clerc met un terme à sa carrière. Pendant ses années de joueur, il s’était associé dans plusieurs entreprises pour préparer l’avenir, mais la réalité de l’après-carrière est plus complexe. Il se sent peu légitime, ne connaissant pas les métiers en profondeur, et vit une année de « boulimie de rendez-vous » pour essayer d’être utile. C’est une rencontre faite des années plus tôt avec un franchisé McDonald’s, Michel Reglat, qui va changer son destin. Parrain de la maison des parents de la Fondation Ronald McDonald à Toulouse, il baignait déjà dans l’univers de la marque. Sur les conseils de son ami, il postule à la franchise, attiré par les défis humains et managériaux que cela représente.
S’ensuit un long processus de sélection et de formation, où il doit tout réapprendre depuis la base.
Manager, un nouveau terrain de jeu
Pendant un an et demi, l’ancien capitaine du XV de France redevient un débutant. Il passe par tous les postes, d’équipier à la préparation des sandwichs jusqu’au service au comptoir, pour maîtriser chaque rouage du métier. En 2021, il rachète son premier restaurant. Aujourd’hui à la tête de deux établissements et bientôt quatre, il gère près de 80 employés. Ce qui le passionne le plus est la performance continue : créer une équipe solide, faire grandir ses collaborateurs et suivre les indicateurs au quotidien. Il retrouve dans ce nouveau défi une forme d’adrénaline comparable à celle du sport, avec des « rushs » à gérer et des objectifs à atteindre. Loin de regretter les terrains, il a trouvé un nouvel équilibre, tout en restant connecté au rugby en tant que consultant pour France Télévisions.
« Dans cette nouvelle vie, je ne me mets pas de limite », confie-t-il, abordant ce nouveau chapitre avec la même détermination que sur le terrain.
Vincent Clerc nous recommande…
- « Manuel du guerrier de la lumière » — Paulo Coelho, un livre de petites phrases philosophiques sur l’engagement, l’échec et la remise en question.
Pour aller plus loin
- Le profil LinkedIn de Vincent Clerc
- Le compte Instagram de Vincent Clerc
- La page Wikipédia de Guy Novès
- Un article sur l’endurance fondamentale
- La victoire de la France à Croke Park en 2007
- Le site du Principality Stadium à Cardiff
- L’équipe de France face au Haka des All Blacks en 2007
Les références de l’épisode
- Personnes : Guy Novès, Antoine Dupont, Bernard Laporte, Christophe Dominici, Fabien Pelous, Frédéric Michalak, Serge Betsen, Michel Reglat, Paulo Coelho.
- Équipes et institutions : Stade Toulousain, XV de France, All Blacks, FCG (FC Grenoble Rugby).
- Lieux : Grenoble, Toulouse, Croke Park (Dublin), Principality Stadium (Cardiff), Auckland.
- Compétitions et titres : Top 14, Pro D2, Coupe du Monde de rugby, Tournoi des Six Nations, Bouclier de Brennus.
- Marques et entreprises : McDonald’s, Fondation Ronald McDonald, Canal+, France Télévisions.
- Concepts : Endurance fondamentale, Haka.
Au fil de l’épisode
- [00:00:00] — Le supplément d’âme et la camaraderie nécessaires pour gagner dans le rugby.
- La force du collectif au Stade Toulousain, même sans une star comme Antoine Dupont.
- [00:13:54] — « Jusqu’à 18 ans, je ne pensais pas avoir de potentiel » : ses débuts modestes à Grenoble.
- L’accélération fulgurante de sa carrière, passant de la Pro D2 à l’Équipe de France en huit mois.
- Le choix de quitter son club formateur pour rejoindre le Stade Toulousain.
- [00:22:21] — Guy Novès : entraîneur, mentor mais aussi beau-père, une relation professionnelle et familiale unique.
- [00:29:01] — Le rugby est-il devenu trop dangereux ? L’évolution du sport et la prévention des commotions.
- [00:35:11] — Être galvanisé par la pression : comment le travail et la confiance transforment le stress en moteur.
- Ses premiers matchs avec Toulouse et en équipe de France, où il marque à chaque fois.
- [00:51:51] — Gérer l’intensité pour être performant plus longtemps, et le risque de blessure.
- [01:01:53] — La semaine type d’un rugbyman professionnel.
- [01:08:27] — Atteindre de grands objectifs avec la stratégie des petits pas.
- [01:14:51] — Perdre une finale de coupe du monde pour 1 point : son plus grand regret.
- Le souvenir de la demi-finale de 2011, où il a marché dans les rues d’Auckland toute la nuit pour savourer l’instant.
- [01:25:46] — « Je ne lisais jamais la presse, ni après un bon, ni après un mauvais match ».
- [01:35:09] — Combien ça gagne un joueur de rugby ? Salaires et modèle économique du Top 14.
- [01:40:14] — Le face-à-face légendaire avec les All Blacks à Cardiff en 2007.
- L’anecdote du film « 300 » visionné la veille du match pour se motiver.
- L’histoire de la naissance de sa fille, qu’il a rejoint à la maternité en quittant le terrain en plein match.
- [01:49:50] — Raccrocher les crampons et se reconvertir dans la restauration.
- La difficile première année post-carrière et la perte de confiance.
- Le processus pour devenir franchisé McDonald’s : un an et demi de sélection et un an et demi de formation sur le terrain.
- [01:59:20] — La rigueur nécessaire pour gérer ses restaurants.
- Le quotidien d’un franchisé : management, présence sur le terrain et suivi des performances.
- [02:09:40] — « Dans cette nouvelle vie, je ne me mets pas de limite » : ses ambitions en tant qu’entrepreneur.
- [02:18:08] — Retrouver l’adrénaline de la réussite dans l’entrepreneuriat.
- Sa routine sportive actuelle pour garder l’équilibre.
FAQ
Qui est Vincent Clerc ?
Vincent Clerc est un ancien joueur de rugby professionnel français, considéré comme l’un des meilleurs ailiers de sa génération. Il détient le record du nombre d’essais marqués dans le championnat de France (Top 14). Il a effectué la majeure partie de sa carrière au Stade Toulousain, avec qui il a remporté de nombreux titres, et a été un membre clé de l’Équipe de France. Après sa carrière sportive, il s’est reconverti en entrepreneur et gère aujourd’hui plusieurs restaurants McDonald’s à Toulouse.
Pourquoi Vincent Clerc s’est-il reconverti chez McDonald’s ?
Sa reconversion est le fruit d’une relation de longue date avec un franchisé de Toulouse, pour qui il était parrain de la maison de la Fondation Ronald McDonald. Après une période de doutes suivant la fin de sa carrière, il a été séduit par le défi managérial et humain que représentait la gestion d’un restaurant. Il y a vu une opportunité de mettre en pratique les compétences de leadership et de gestion d’équipe acquises dans le sport de haut niveau, dans un domaine qu’il a appris à connaître et à apprécier.
Comment Vincent Clerc gérait-il la pression en tant que sportif ?
Vincent Clerc explique que sa gestion de la pression reposait sur une préparation intense et des routines de travail bien établies. Cette préparation lui donnait la confiance nécessaire pour aborder les grands événements. Plutôt que de subir le stress, il a appris à s’en servir comme d’un moteur, un élément qui le galvanisait et le poussait à se dépasser. Il souligne également l’importance du collectif, qui permet de partager le poids de la pression et de se soutenir mutuellement.
Quel a été le parcours de Vincent Clerc pour devenir franchisé McDonald’s ?
Son parcours a été long et exigeant. Il a d’abord suivi un processus de sélection et d’entretiens qui a duré près d’un an et demi pour que sa candidature soit validée par McDonald’s France. Ensuite, il a entamé une formation pratique d’un an et demi, au cours de laquelle il est passé par absolument tous les postes, en commençant comme simple équipier. Cette immersion complète lui a permis de maîtriser tous les aspects opérationnels de la gestion d’un restaurant avant de pouvoir racheter son premier établissement.
Quel est le plus grand regret de la carrière de rugbyman de Vincent Clerc ?
Son plus grand regret, comme il le confie dans l’épisode, est la défaite en finale de la Coupe du Monde de rugby 2011. L’Équipe de France s’était inclinée d’un seul point face à la Nouvelle-Zélande, chez elle, à Auckland. C’est le seul titre majeur qui manque à son palmarès et le fait d’être passé si près de devenir champion du monde reste un souvenir douloureux.
