De la musique à l’entrepreneuriat
Jean-Yves Bernard se présente comme un multi-entrepreneur qui a monté sa première société, Capital Koala, il y a près de huit ans. Avant cela, son parcours est loin d’être linéaire. Après une école de commerce à l’IPAG et un voyage en Amérique du Sud, il décide de se consacrer à sa passion : la musique. Pendant quatre ans, il écrit des chansons, fait des concerts et suit même une formation musicale. Conscient qu’il est difficile d’en vivre et souhaitant se bâtir un CV plus conventionnel, il revient vers le monde de l’entreprise, attiré par le web. Il enchaîne des expériences dans la vente de publicité en ligne, une formation qu’il juge essentielle pour tout entrepreneur.
« Vendre, c’est quand même le plus important », confie-t-il. Cette période est aussi marquée par une autre activité fondatrice : l’animation et la direction de colonies de vacances, qu’il considère comme le « job le plus dur » qu’il ait fait et sa meilleure formation à la gestion de projet.
La naissance de Capital Koala
Désireux de monter sa propre structure pour être plus libre, Jean-Yves Bernard décide de reprendre ses études et intègre le Master Innover et Entreprendre de l’ESCP. C’est là qu’il rencontre son futur associé, Alexandre. Ensemble, ils partagent l’envie de créer un « business utile dans le web » et s’intéressent au secteur de l’enfance. En s’inspirant d’un modèle américain, ils imaginent Capital Koala : un service permettant aux familles d’épargner pour leurs enfants grâce à leurs achats en ligne. Le principe repose sur le cashback : une partie de la commission versée par les sites e-commerce partenaires est reversée sur le livret d’épargne de l’enfant.
Le projet se distingue par sa dimension familiale et vertueuse, permettant même aux grands-parents ou aux oncles et tantes de contribuer. « Le projet à long terme rend le service Capital Koala porteur de sens », explique-t-il. Le lancement est cependant semé d’embûches, notamment une première expérience difficile avec une agence de développement offshore, qui les pousse finalement à tout reconstruire avec un développeur freelance qui s’avérera être la clé de leur succès technique.
Le succès sans levée de fonds
Une des spécificités majeures de Capital Koala est de s’être développée sans jamais lever de fonds. Ce choix, débattu avec son associé, repose sur une volonté de ne recourir à l’investissement que si c’est « absolument nécessaire ». Ils voulaient éviter la pression des investisseurs, la perte de liberté et le temps consacré à la recherche de financement. Leur modèle économique initial, double, reposait à la fois sur les commissions d’affiliation des e-commerçants et sur une rémunération des banques pour chaque livret d’épargne ouvert. Un accord particulièrement lucratif signé avec une grande banque en ligne leur apporte une trésorerie conséquente dès la première année, agissant comme une « première levée ».
Cette manne financière leur permet de tester des campagnes de communication d’envergure, comme un sponsoring de l’émission « Les Maternelles » à la télévision. L’impact sur les inscriptions est quasi nul, mais la visibilité B2B est réelle. Finalement, c’est la presse, avec un passage marquant dans l’émission Télématin, et le bouche-à-oreille qui assureront leur croissance. « On a réussi à ne pas lever, on trouve ça mieux », résume Jean-Yves Bernard.
Crise et diversification
Après plusieurs années de croissance, l’entreprise entre dans un rythme de croisière. Une offre de rachat d’un grand groupe vient perturber l’équilibre entre les deux associés. Alexandre est tenté de vendre, tandis que Jean-Yves estime que c’est trop tôt. Cette période de flottement et de désaccord dure près d’un an et demi. « On ne tirait plus dans le même sens », admet-il. Finalement, l’offre est refusée et les associés décident de repartir sur de nouvelles bases, en renouvelant une partie de l’équipe et en mettant les choses à plat.
C’est durant cette période que Jean-Yves Bernard ressent le besoin de respirer et de lancer d’autres projets. Il défend l’idée que leur entreprise rentable leur offre le temps et la liberté de se diversifier. Avec un ami, Raphaël, il lance Le Vinyle Club, une box par abonnement qui envoie chaque mois deux disques vinyles. Ce « projet passion », monté avec peu de moyens, trouve rapidement son public et devient une marque reconnue dans les milieux culturels, malgré une rentabilité difficile à atteindre.
L’aventure des box par abonnement
L’expérience du Vinyle Club lui ouvre les portes d’un nouveau modèle économique. Avec Jonathan Benudis, il décide de décliner le concept de la box. Ils lancent d’abord La Yoga Box, qui propose chaque mois une sélection de produits autour du bien-être et du yoga. C’est en envoyant une bougie de massage dans cette box qu’ils ont une révélation. Face à l’enthousiasme des abonnées, ils décident de créer La Bougie Box. Ce projet devient pour Jean-Yves une nouvelle source de plaisir, notamment parce qu’il implique de la création manuelle.
« Plutôt que d’être devant un fichier Excel, […] là, tu te retrouves à faire des choses avec tes mains », s’enthousiasme-t-il. Ils montent leur propre atelier de fabrication et créent leurs propres marques de bougies, maîtrisant ainsi toute la chaîne, du sourcing à la communication. Cette diversification lui permet de nourrir ses différents projets, chaque expérience enrichissant les autres, tout en préservant un équilibre de vie qui lui est cher, symbolisé par sa règle de ne jamais mettre de réveil le matin.
Jean-Yves Bernard nous recommande…
- « L’Insoutenable Légèreté de l’être » — Milan Kundera, un de ses livres favoris qu’il était en train de relire.
Pour aller plus loin
- Le site de Capital Koala
- Le site du Vinyle Club
- Le site de La Bougie Box
- Le site de La Yoga Box
- Le profil LinkedIn de Jean-Yves Bernard
- La page Facebook du podcast Génération Do It Yourself
Les références de l’épisode
- Personnes : Alexandre (associé de J-Y. Bernard), Jonathan Benudis, Marc Fournier, Xavier L’orphelin, Laura Tenoudji, Rachel Delacour, Céline Lazorte.
- Entreprises et organisations : Capital Koala, Le Vinyle Club, La Yoga Box, La Bougie Box, IPAG, ESCP, HEC, Cosa Vostra, Shopify, Serena Capital, Decathlon, PriceMinister, Amazon, PokerStars, Winamax, Deloitte, Urban Outfitters, Le Bon Marché, Merci.
- Médias et événements : Télématin, Les Maternelles, Les Inrocks, We Love Green, Burning Man.
- Œuvres : L’Insoutenable Légèreté de l’être (livre de Milan Kundera).
- Outils : Slack, Trello, Dropbox, Dashlane, Mention, Franz.
Au fil de l’épisode
- Le parcours de Jean-Yves Bernard avant l’entrepreneuriat : école de commerce, voyages et quatre ans consacrés à la musique.
- L’importance de ses expériences comme animateur de colonies de vacances, sa meilleure formation à la gestion de projet.
- Sa décision de reprendre des études au Master Innover et Entreprendre de l’ESCP.
- La rencontre avec son associé Alexandre et la naissance de l’idée de Capital Koala.
- Le modèle de Capital Koala : le cashback pour constituer une épargne pour les enfants.
- Les premières difficultés techniques et le choix crucial de travailler avec un développeur freelance.
- La stratégie pour ne pas lever de fonds et l’accord décisif avec une banque en ligne qui a financé les débuts.
- L’expérimentation d’une campagne publicitaire à la télévision et son faible retour sur investissement.
- L’impact majeur d’un passage dans l’émission Télématin sur la notoriété de l’entreprise.
- La période de doute et de désaccord avec son associé face à une offre de rachat.
- La décision de se diversifier pour « respirer » et le lancement du Vinyle Club, un projet passion.
- La rencontre avec Jonathan Benudis et la création de La Yoga Box, puis de La Bougie Box.
- Le plaisir de la fabrication manuelle et de la création de ses propres marques de bougies.
- Sa philosophie de vie d’entrepreneur : ne jamais mettre de réveil et préserver son temps et sa liberté.
- Son organisation pour gérer quatre entreprises, ses cours à l’ESCP et ses passions.
- Les outils qu’il utilise au quotidien pour rester efficace (Slack, Trello, Dashlane, Franz).
- Sa passion pour la musique et son groupe de jazz, The Trumpets.
- Le conseil qu’on lui a donné : ne pas dilapider ses parts au début de son projet.
- Sa passion pour l’écriture de nouvelles.
- Ce qu’il ferait s’il était certain de ne pas échouer : sortir un album de musique ou lancer un projet dans la santé.
FAQ
Qui est Jean-Yves Bernard ?
Jean-Yves Bernard est un multi-entrepreneur français connu pour avoir fondé plusieurs entreprises sans jamais lever de fonds. Après un début de carrière dans la musique, il a co-fondé Capital Koala, un service de cashback pour l’épargne des enfants. Il a ensuite lancé plusieurs business de box par abonnement, dont Le Vinyle Club, La Yoga Box et La Bougie Box. Il défend un modèle d’entrepreneuriat axé sur la rentabilité, la liberté et la préservation d’un équilibre de vie.
Qu’est-ce que Capital Koala ?
Capital Koala est un service en ligne qui permet aux parents d’épargner pour leurs enfants lorsqu’ils effectuent des achats sur internet. En passant par la plateforme ou une extension de navigateur, une partie du montant des achats réalisés chez plus de 2000 e-commerçants partenaires est automatiquement reversée sur le livret d’épargne de l’enfant. Le service est gratuit et permet d’associer toute la famille (grands-parents, oncles, tantes) pour faire grossir l’épargne plus rapidement.
Pourquoi Jean-Yves Bernard n’a-t-il jamais levé de fonds ?
Jean-Yves Bernard a fait le choix de ne pas lever de fonds pour préserver sa liberté d’entrepreneur et sa qualité de vie. Selon lui, une levée de fonds n’est pas une fin en soi et ne doit être envisagée qu’en cas de nécessité absolue. Il souhaitait éviter la pression des investisseurs, les reportings constants et la perte de contrôle sur la stratégie de l’entreprise. Grâce à un modèle économique rentable dès le départ, il a pu s’autofinancer et développer ses entreprises à son propre rythme.
Quelles sont les autres entreprises créées par Jean-Yves Bernard ?
Outre Capital Koala, Jean-Yves Bernard a co-fondé plusieurs entreprises basées sur le modèle de la box par abonnement. Il a d’abord lancé Le Vinyle Club, qui propose une sélection mensuelle de disques vinyles. Par la suite, il a créé La Yoga Box, dédiée aux produits de bien-être et de yoga, ainsi que La Bougie Box, qui envoie chaque mois une bougie parfumée de créateur. Ces projets lui permettent d’allier entrepreneuriat et passions personnelles.
Comment Jean-Yves Bernard gère-t-il plusieurs entreprises en même temps ?
Jean-Yves Bernard gère ses différentes activités en hiérarchisant constamment ses priorités et en s’attaquant toujours à la tâche la plus urgente en premier. Il s’appuie sur des équipes réduites, beaucoup de freelances et une forte automatisation des processus. Il consacre des créneaux horaires définis à chaque projet et insiste sur l’importance de bien dormir et de préserver des moments pour ses passions, comme la musique, afin de rester efficace et de ne pas s’épuiser.
