Du journalisme à la fiction
Avant de devenir le romancier à succès que l’on connaît, Bernard Werber a d’abord été journaliste scientifique. Un parcours atypique qui a nourri son œuvre, mêlant science, prospective et philosophie. Il raconte ses débuts, de la création d’un journal de lycée innovant à Toulouse — où chaque article était accompagné de musique et de parfums qu’il créait lui-même — à son expérience au sein de la rédaction du Nouvel Observateur. Il y découvre un milieu parfois sclérosé, peu ouvert à la nouveauté et à la science, ce qui le conforte dans son désir d’explorer d’autres voies. Son passage dans le journalisme se termine par un licenciement, un événement qu’il transformera en opportunité pour se consacrer pleinement à son premier roman.
Cette période de journalisme lui a permis d’affûter sa curiosité et son goût pour la vulgarisation, deux piliers de son style d’écriture.
La genèse des Fourmis
Le succès des « Fourmis » ne s’est pas fait en un jour. Bernard Werber révèle avoir commencé à écrire ce livre à l’âge de 16 ans pour ne le terminer qu’à 28 ans. Douze années de travail acharné, de recherches et de réécritures, pendant lesquelles il a essuyé de nombreux refus d’éditeurs. Il raconte sa persévérance et la chance d’avoir finalement rencontré un éditeur, Albin Michel, qui a cru au potentiel de ce sujet pour le moins original. Le livre connaît un démarrage modeste, avant qu’une seule apparition télévisée chez Bernard Rapp ne fasse exploser les ventes. Ce premier succès, construit sur le temps long, lui a appris que la patience et la confiance en sa propre singularité étaient essentielles.
« Ce qui marche, c’est ce qui ne ressemble pas à ce qui a déjà marché. Et c’est votre différence qui fera votre réussite », confie-t-il.
Une discipline de marathonien
Pour écrire un roman par an, Bernard Werber s’est forgé une discipline quasi monacale. Il dévoile sa méthode, immuable depuis ses 16 ans : écrire tous les matins, sans exception, de 8h à 12h30. L’objectif est de produire dix pages par jour, peu importe leur qualité initiale. Le véritable travail réside dans la réécriture. Il explique reprendre chaque manuscrit jusqu’à vingt fois, modifiant l’intrigue, les personnages, la structure, jusqu’à obtenir la version qui lui semble la meilleure. Il partage également ses outils, de l’importance d’apprendre la dactylographie pour que la pensée soit fluide, à son usage avancé de logiciels comme Word et Evernote, où il consigne notamment ses rêves chaque matin.
Pour lui, l’écriture n’est pas une souffrance mais un plaisir, une forme de réalisation de soi qu’il pratique comme un artisan.
Le succès, l’échec et l’originalité
Avec 22 romans publiés, Bernard Werber a connu des succès immenses mais aussi des échecs. Il évoque avec franchise comment son livre « Les Thanatonautes » a été un flop commercial à sa sortie, au point de le faire douter. Pourtant, le succès d’autres titres a permis au public de redécouvrir ce roman, devenu aujourd’hui l’un des préférés de ses lecteurs. Il analyse son immense popularité à l’étranger, notamment en Corée du Sud et en Russie, où le public et la presse sont très réceptifs à ses thématiques tournées vers le futur. Il porte un regard critique sur le milieu littéraire parisien, qu’il juge endogamique et peu curieux, et encourage les créateurs à ne jamais dépendre du regard des autres.
« L’avenir est aux choses hors normes », affirme-t-il, invitant chacun à cultiver sa différence et à persévérer malgré les obstacles.
Pour aller plus loin
- Le site officiel de Bernard Werber
- La page Facebook de Bernard Werber
- Le compte Twitter de Bernard Werber
- Ses masterclass d’écriture
Les références de l’épisode
- Œuvres de Bernard Werber : « Les Fourmis », « Le Jour des fourmis », « La Révolution des fourmis », « Demain les chats », « Le Papillon des étoiles », « Les Thanatonautes », « L’Empire des anges », « Le Père de nos pères », « Troisième Humanité », le film « Nos amis les humains ».
- Personnalités citées : Edgar Allan Poe, Rabelais, Pascal, Pierre Lescure, François Giroud, Bernard Rapp, Paolo Coelho, Stephen King, Frédéric Dard, Georges Simenon, Pierre Boulle, Claude Lelouch, Isaac Asimov.
- Médias et entreprises : Nouvel Observateur, Albin Michel, VSD, Cosa Vostra.
- Lieux : Toulouse, Paris, Corée du Sud, Russie, Singapour.
Au fil de l’épisode
- Le genre littéraire de Bernard Werber : la « philosophie-fiction ».
- Ses débuts dans le droit, la criminologie puis le journalisme.
- La création de son journal au lycée à Toulouse, avec des parfums et de la musique.
- Son expérience de sept ans comme journaliste scientifique au Nouvel Observateur.
- Le schisme entre les filières littéraires et scientifiques en France.
- Son licenciement du journal, qui lui a permis de finir son premier roman.
- La longue écriture des « Fourmis », commencée à 16 ans et achevée à 28 ans.
- La recherche d’un éditeur et le rôle décisif d’Albin Michel.
- L’impact de son passage dans l’émission de Bernard Rapp sur le succès du livre.
- Sa discipline d’écriture : tous les matins de 8h à 12h30, sans exception.
- Sa méthode de réécriture : jusqu’à 20 versions pour un même roman.
- Ses outils : la dactylographie, les ordinateurs Mac, la fonction « plan » de Word et Evernote pour noter ses rêves.
- L’importance de l’originalité et de ne pas chercher à imiter les succès existants.
- Sa relation complexe avec la critique littéraire parisienne.
- Son immense succès international, particulièrement en Corée du Sud et en Russie.
- La gestion des échecs, comme celui des « Thanatonautes » à sa sortie.
- Sa vision de l’intelligence artificielle et les trois lois de la robotique d’Asimov.
- Son conseil principal : voir sa carrière comme un marathon, pas un sprint.
- L’importance de la persévérance et de ne pas dépendre du regard des autres.
- Le lancement de ses masterclass pour transmettre son savoir-faire en écriture.
FAQ
Qui est Bernard Werber ?
Bernard Werber est un écrivain français né en 1961, célèbre pour ses romans qui mêlent science-fiction, philosophie et spiritualité. Il est surtout connu pour son premier roman, « Les Fourmis », publié en 1991. Avec plus de 30 millions de livres vendus dans le monde et des traductions dans plus de 30 langues, il est l’un des auteurs français contemporains les plus lus à l’international, notamment en Corée du Sud et en Russie.
Quelle est la méthode d’écriture de Bernard Werber ?
Bernard Werber suit une discipline très stricte. Il écrit tous les jours de 8h à 12h30, sans exception, depuis l’âge de 16 ans. Son processus créatif repose sur la réécriture intensive : il produit jusqu’à vingt versions différentes de chaque roman avant de choisir la version finale. Il considère l’écriture comme un plaisir et un travail de longue haleine, semblable à un marathon plutôt qu’à un sprint.
Pourquoi Bernard Werber a-t-il été renvoyé du Nouvel Observateur ?
Après sept ans en tant que journaliste scientifique au Nouvel Observateur, Bernard Werber a été licencié. Selon lui, la raison principale était d’avoir agacé certains de ses supérieurs en se présentant au prix du meilleur journaliste de France, une initiative qui n’a pas été appréciée en interne. Cet événement l’a finalement poussé à se consacrer entièrement à sa carrière de romancier et à terminer son premier livre, « Les Fourmis ».
Quel est le premier grand succès de Bernard Werber ?
Son premier grand succès est le roman « Les Fourmis », qu’il a commencé à écrire à 16 ans et publié à 28 ans. Le succès n’a pas été immédiat. Le livre a d’abord connu un démarrage modeste, puis les ventes ont décollé grâce au bouche-à-oreille et à une apparition télévisée marquante. Ce succès progressif a posé les bases de sa carrière et a démontré la force de son univers original.
Comment Bernard Werber définit-il son genre littéraire ?
Il qualifie son travail de « philosophie-fiction ». Ce terme désigne sa volonté de ne pas se limiter à la science-fiction classique, mais d’utiliser l’imaginaire et la prospective pour explorer des questions philosophiques. À travers ses histoires, que ce soit du point de vue d’une fourmi, d’un chat ou d’un explorateur de l’au-delà, il cherche à ouvrir des horizons et à faire réfléchir le lecteur sur la condition humaine et son avenir.
