Des débuts précoces
Fred Potter raconte être tombé dans l’informatique à l’âge de 13 ans, à une époque où la programmation était la seule porte d’entrée. Cette passion précoce le mène à des études poussées : une école d’ingénieur à Télécom Paris, suivie d’un doctorat en microélectronique obtenu à seulement 24 ans. Loin de se contenter de la théorie, il finance sa thèse grâce à un commerce pragmatique : il assemble et vend des PC, allant lui-même chercher les pièces dans les entrepôts des importateurs. Cette expérience lui donne un avant-goût de l’entrepreneuriat et confirme son aversion pour l’autorité et les systèmes rigides, comme celui de la recherche publique qu’il jugeait alors trop peu efficace.
« Je finançais ma thèse avec du commerce de PC. J’allais acheter les pièces, je les assemblais et je les vendais. »
Cirpac, la première aventure
Après trois ans comme salarié où il apprend les ficelles du métier auprès d’un patron qu’il qualifie d’exceptionnel, Fred Potter se lance et crée sa première entreprise, Cirpac, en 1999. La société développe des centraux téléphoniques pour la voix sur IP, une technologie alors naissante. Elle devient rapidement un fournisseur clé pour des opérateurs comme Free, qui s’appuie sur sa technologie pour lancer la téléphonie de sa Freebox. L’aventure est marquée par des hauts et des bas spectaculaires : après une levée de fonds, l’explosion de la bulle Internet en 2001 met l’entreprise au bord du gouffre. Dans un retournement de situation incroyable, Fred Potter et son associé Jean-Pierre Dumolard rachètent la majorité des parts à leur investisseur américain pour un chèque symbolique de 50 centimes chacun.
La société se redresse et est finalement vendue en 2005 à Thomson pour 82 millions d’euros, assurant à son fondateur une indépendance financière qu’il recherchait depuis toujours.
L’ère des objets connectés
Fort de ce premier succès, et après une collaboration de quelques années chez Thomson, Fred Potter cofonde Withings en 2008 avec Eric Careel. L’idée maîtresse est de vendre du logiciel « emballé dans du hardware », un principe qu’il appliquera à toutes ses entreprises. Le premier produit, le pèse-personne connecté, est un succès. Fait amusant, alors que l’équipe pensait cibler un public féminin soucieux de son poids, le produit trouve finalement son marché auprès des sportifs masculins préparant des marathons. Cette expérience lui apprend beaucoup sur le marketing et le positionnement produit.
Cependant, des divergences profondes sur la manière de gérer l’entreprise et de déléguer les responsabilités le poussent à quitter l’aventure au bout de trois ans.
Netatmo, la maison intelligente
En 2011, Fred Potter repart de zéro et fonde Netatmo, se concentrant cette fois sur l’univers de la maison connectée. Le premier produit lancé est la station météo, un objet grand public qui permet de construire la confiance dans la marque avant de s’attaquer à des produits plus critiques comme le thermostat. Il insiste sur la nécessité d’atteindre la perfection dans la conception d’objets connectés, comparant le processus à la réalisation d’un film où le moindre défaut peut ruiner l’expérience. Selon lui, on ne peut pas se contenter de faire un produit à 99 %.
« C’est assez compliqué de créer des produits qui ne mettent pas le feu chez les gens, et surtout de le faire à grande échelle avec la même qualité. »
La consécration et la transmission
Netatmo se développe et noue en 2015 un partenariat industriel avec le groupe Legrand, qui entre à son capital. Cette collaboration, basée sur un respect mutuel des savoir-faire — la rigueur industrielle de Legrand d’un côté, l’agilité logicielle de Netatmo de l’autre — s’avère fructueuse. Elle débouche naturellement sur le rachat complet de Netatmo par Legrand quelques années plus tard. Fred Potter voit cette intégration comme une suite logique et une validation de sa stratégie. Il insiste sur la responsabilité des entrepreneurs à réussir ces rapprochements pour renforcer l’écosystème technologique français.
Aujourd’hui, il occupe de nouvelles fonctions au sein du groupe Legrand, où il supervise l’ensemble des activités liées aux objets connectés.
Leçons d’un entrepreneur
Au-delà de son parcours, Fred Potter partage sa philosophie d’entrepreneur et d’investisseur. Il raconte notamment comment il a financé le projet de cigarette électronique d’Alexandre Prot et Steve Anavi, bien que sceptique, un pari qui lui a permis de participer ensuite à l’aventure Qonto. Il résume le rôle d’un chef d’entreprise en quatre piliers : recruter des « rockstars », préserver une bonne ambiance de travail, trouver de l’argent et fixer un cap stratégique. Attaché à une certaine frugalité malgré son succès, il explique comment il garde les pieds sur terre, notamment grâce à sa famille et à son refuge, une presqu’île en Bretagne où il va couper du bois pour se ressourcer.
Il partage également ses lectures et sa vision du marché, qu’il juge actuellement dans une bulle de survalorisation des actifs technologiques.
Fred Potter nous recommande…
- « Pourquoi l’amour est un plaisir » — Gerald Diamond, un livre qui analyse la sexualité humaine avec une approche scientifique et dépassionnée.
- « La réduction de la violence » — Steven Plinkers, un ouvrage qui explore l’évolution de la violence dans les sociétés modernes.
Pour aller plus loin
- Le profil LinkedIn de Fred Potter
- Le site officiel de Withings
- Le site officiel de Netatmo
- Le site officiel de Legrand
Les références de l’épisode
- Personnes : Jean-Pierre Dumolard, Eric Careel, Pierre Prieux, Xavier Niel, Olivier Hersan, Alexandre Prot, Steve Anavi, Marc Simoncini, Denis Chalumeau, Eric Larchevêque, Romain Goyer, Claire Nouvian, Gerald Diamond, Steven Plinkers.
- Entreprises et organisations : Cirpac, Thomson, Withings, Netatmo, Legrand, Free, MCI WorldCom, Matra Nortel, Iris Capital, Télécom Paris Tech, CNRS, Cosa Vostra, Qonto, Ledger, Numworks, Bloom, Google, Amazon, Apple, Facebook, Schneider, Hager, Velux.
- Produits et technologies : Apple II, Minitel, ADSL, Triple Play, Freebox, VOIP, Pèse-personne connecté, Station météo connectée, Thermostat connecté.
- Concepts : BSPCE (Bons de Souscription de Parts de Créateur d’Entreprise), Kickstarter.
Au fil de l’épisode
- Le parcours de Fred Potter : doctorat à 24 ans, première entreprise à 28.
- Sa philosophie : vendre du logiciel emballé dans du hardware pour mieux le valoriser.
- La création de Cirpac en 1999 et le développement de la voix sur IP pour les offres triple play.
- L’impact de l’explosion de la bulle Internet en 2001 sur son entreprise.
- L’anecdote du rachat de sa propre société pour 50 centimes à son investisseur américain.
- Les conséquences fiscales inattendues de cette acquisition jugée « sans risque » par l’administration.
- La vente de Cirpac à Thomson pour 82 millions d’euros en 2005.
- L’importance de l’indépendance financière et son rapport à l’argent, entre confort et frugalité.
- Ses débuts dans l’informatique à 13 ans sur un Apple II.
- Comment il a financé sa thèse en assemblant et vendant des PC.
- Sa vision critique de la recherche publique française dans les années 90.
- La fondation de Withings en 2008 avec Eric Careel.
- Le lancement du pèse-personne connecté et la découverte de sa véritable cible : les sportifs.
- Son départ de Withings après trois ans, suite à des désaccords sur le management.
- La création de Netatmo en 2011, avec une stratégie axée sur la maison connectée.
- Le lancement de la station météo, puis du thermostat.
- L’exigence de perfection dans la conception de hardware : « on est obligé de faire 100 % ».
- Les défis de l’industrialisation et de la production en Chine.
- Son investissement dans le projet de cigarette électronique qui mènera à la création de Qonto.
- L’importance du cloud et du logiciel pour protéger les objets connectés de la contrefaçon.
- Le partenariat industriel puis le rachat de Netatmo par Legrand.
- La complémentarité entre un grand groupe industriel et une start-up technologique.
- Son nouveau rôle au sein du groupe Legrand.
- La responsabilité des entrepreneurs de réussir les intégrations pour le bien de l’écosystème.
- Ses activités de business angel (Ledger, Numworks).
- Son engagement au sein de l’ONG Bloom pour la protection des océans.
- Sa presqu’île en Bretagne, son lieu pour se déconnecter.
- Les quatre missions clés d’un chef d’entreprise selon lui.
- Son analyse du marché tech actuel, qu’il qualifie de « bulle ».
FAQ
Qui est Fred Potter ?
Fred Potter est un entrepreneur et ingénieur français, figure majeure du secteur des objets connectés. Il est connu pour avoir fondé et vendu trois entreprises technologiques à succès : Cirpac (téléphonie sur IP, vendue à Thomson), Withings (santé connectée, cofondée avec Eric Careel) et Netatmo (maison connectée, vendue à Legrand). Titulaire d’un doctorat en microélectronique, il est reconnu pour sa vision du produit et son expertise dans le hardware.
Qu’est-ce que Netatmo ?
Netatmo est une entreprise française spécialisée dans la conception et la fabrication d’objets connectés pour la maison intelligente. Fondée en 2011 par Fred Potter, elle s’est fait connaître avec des produits comme la station météo connectée, le thermostat intelligent ou les caméras de sécurité à reconnaissance faciale. L’entreprise a été rachetée par le groupe industriel Legrand, dont elle est devenue une filiale spécialisée dans l’IoT.
Pourquoi Fred Potter a-t-il quitté Withings ?
Fred Potter a quitté Withings, l’entreprise qu’il a cofondée, après trois ans d’activité. Il explique son départ par des divergences fondamentales avec son associé, Eric Careel, sur la stratégie de management. Fred Potter prône un modèle basé sur la confiance, l’autonomie et la délégation des responsabilités à ses équipes, une vision qui n’était pas partagée, menant à sa décision de repartir sur un nouveau projet, Netatmo.
Quelle est la philosophie de Fred Potter sur la création d’objets connectés ?
Selon Fred Potter, il est plus facile de vendre un logiciel en « l’emballant dans du hardware ». Il considère que les consommateurs valorisent davantage un objet matériel qu’un service ou une application dématérialisée. Il insiste aussi sur la nécessité d’une exécution parfaite : un objet connecté est un tout où chaque détail compte, du design industriel à l’ergonomie de l’application. La moindre faille peut briser la confiance et l’expérience utilisateur.
