Les débuts d’une championne
Laurence Fischer raconte sa découverte du karaté, une discipline dans laquelle son père l’a embarquée à l’âge de 12 ans, malgré ses réticences initiales. D’une nature plutôt timide et introvertie, elle trouve dans ce sport un moyen d’expression et de valorisation. Elle décrit les premières années d’apprentissage, la dureté des entraînements, la peur de donner des coups, mais aussi la satisfaction de progresser et de faire partie d’un groupe. Elle explique la différence fondamentale entre le kata, un enchaînement technique face à un adversaire imaginaire, et le kumite, le combat réel. C’est dans cette seconde discipline, basée sur la touche et non sur le K.O., qu’elle excellera.
Malgré un talent certain, ses premières compétitions sont marquées par le doute et le stress, qui lui font perdre une partie de ses moyens. « J’étais férue d’entraînement et je croyais et je crois toujours de toute façon à la force du travail, de l’effort », confie-t-elle.
La quête de sens
Son premier titre de championne du monde, en 1998 à Rio, marque un tournant. Soulagée par cet aboutissement, elle change complètement son approche de la pratique. Le karaté n’est plus seulement une affaire de technique, mais un engagement total de sa personne. Elle se définit comme une combattante offensive, qui impose son rythme plutôt que d’attendre la faille de l’adversaire. Cette stratégie lui réussit, mais elle apprend aussi de ses défaites, notamment face à des adversaires au style purement défensif, qui lui enseignent la patience. Entre son premier et son dernier titre mondial, huit années s’écoulent, durant lesquelles elle ne cesse de chercher à s’améliorer.
Cette période est aussi celle des études, puisqu’elle mène de front sa carrière sportive et un cursus à l’ESSEC. Loin de voir cela comme un sacrifice, elle y puise un équilibre et une richesse qui nourrissent sa pratique du karaté.
Le déclic afghan
En 2005, alors qu’elle est blessée, Laurence Fischer part un mois à Kaboul avec l’ONG Play International. Elle y rencontre des jeunes femmes qui pratiquent le karaté en cachette, parfois au péril de leur vie. Cette expérience est une véritable prise de conscience. Confrontée à leur courage et à la dureté de leurs conditions de vie, elle relativise sa propre pratique et prend la mesure de l’impact que le sport peut avoir. Ce voyage ancre en elle un engagement profond pour les droits humains et la condition des femmes. Il sera le moteur de sa dernière année de compétition, en 2006, où elle remporte tous les titres possibles.
« La vie est courte », réalise-t-elle alors. Cette nouvelle perspective la libère et lui permet de combattre avec une sérénité et une détermination inégalées, sachant que sa carrière touchait à sa fin.
Fight for Dignity
Après avoir mis un terme à sa carrière, Laurence Fischer donne un nouveau sens à son parcours en créant l’association Fight for Dignity. Inspirée par sa rencontre avec le docteur Denis Mukwege, qui répare les femmes victimes de viols utilisés comme arme de guerre en République Démocratique du Congo, elle décide d’agir. Son constat est simple : si le corps de ces femmes est soigné médicalement, leur reconstruction psychique et leur réappropriation de ce corps meurtri sont souvent négligées. Elle met alors en place un programme qui utilise le karaté comme outil thérapeutique. Il ne s’agit pas de former des combattantes, mais de leur permettre de se reconnecter à leur corps, d’évacuer la violence subie et de retrouver confiance en elles.
Aujourd’hui, l’association intervient au Congo mais aussi en France, notamment à la Maison des Femmes de Saint-Denis, en proposant des séances adaptées qui mêlent techniques de karaté, respiration et relaxation.
Pour aller plus loin
- La page Wikipédia de Laurence Fischer
- Le compte Twitter de Laurence Fischer
- Le profil LinkedIn de Laurence Fischer
- Le compte Twitter de l’association Fight For Dignity
- La page Facebook de l’association Fight For Dignity
- Vidéo de présentation de Laurence Fischer
- Reportage sur l’action de Laurence Fischer
Les références de l’épisode
- Personnes : Dr Denis Mukwege, Jean-Laurent Cochet, Bob Marley, Teddy Riner, Martin Fourcade, Bruce Lee, Jean-Claude Van Damme, Shakespeare, Racine, Nicolas Paciello, Radha Athème.
- Organisations et lieux : Fight for Dignity, ESSEC, Forum mondial des femmes francophones (Quai Branly), Hôpital de Panzi (Kivu, RDC), Play International, Kaboul (Afghanistan), Maison des Femmes de Saint-Denis, Cosa Vostra.
- Concepts et arts martiaux : Karaté (styles Shotokan, Chitoriu, Wadoriu), Kata, Kumite, Kiai, Judo, Kung-fu, Kick-boxing.
- Œuvres : Phèdre, Andromaque (Racine).
Au fil de l’épisode
- Les débuts de Laurence Fischer, entre Toulouse et Marseille.
- La découverte du karaté à 12 ans, une passion initiée par son père.
- Ses premières difficultés face à un sport de combat, elle qui était de nature timide.
- La différence entre le kata (technique) et le kumite (combat).
- Le système de compétition à la touche, où le K.O. est éliminatoire.
- La gestion du stress et du doute lors de ses premières compétitions internationales.
- L’importance du travail et de l’effort pour construire la confiance en soi.
- Le déclic après son premier titre mondial en 1998 : donner du sens à sa pratique.
- Son analyse d’elle-même, inspirée de la méthode SWOT.
- Son style de combat : résolument offensif.
- La difficulté de combattre des adversaires au profil purement défensif.
- Son parcours en parallèle à l’ESSEC, un équilibre entre le sport et les études.
- Le voyage en Afghanistan en 2005, une rencontre marquante avec de jeunes karatékas.
- Comment cette expérience a nourri sa dernière année de compétition, où elle a tout gagné.
- La rencontre avec le docteur Denis Mukwege et la prise de conscience sur les violences de guerre.
- La création de son association, Fight for Dignity.
- Le viol utilisé comme arme de guerre pour déstabiliser des régions riches en minerais.
- Le programme de l’association : aider les femmes à se réapproprier leur corps par le sport.
- Pourquoi le karaté, avec sa gestion de la distance, est un outil adapté.
- L’intervention de Fight for Dignity au Congo et à la Maison des Femmes de Saint-Denis.
- Le rôle de Franck, son partenaire enseignant au Congo, et l’importance d’une figure masculine positive.
- Le modèle économique de l’association, basé sur le bénévolat et les dons.
- Sa vie aujourd’hui, entre ses enfants, la danse (tango) et son engagement.
- L’importance de la respiration, de l’alimentation et de la curiosité pour maintenir son équilibre.
FAQ
Qui est Laurence Fischer ?
Laurence Fischer est une ancienne sportive de haut niveau française, triple championne du monde de karaté. Parallèlement à sa carrière sportive, elle a obtenu un diplôme de l’école de commerce ESSEC. Aujourd’hui, elle se consacre à son association, Fight for Dignity, qu’elle a fondée pour aider les femmes victimes de violences à se reconstruire grâce au sport. Son parcours allie excellence sportive, formation académique et engagement humanitaire.
Qu’est-ce que l’association Fight for Dignity ?
Fight for Dignity est une association créée par Laurence Fischer. Son objectif est d’accompagner des femmes victimes de traumatismes, notamment de violences sexuelles utilisées comme arme de guerre, dans leur parcours de résilience. L’association propose un programme basé sur la pratique du karaté et d’autres activités sportives pour les aider à se réapproprier leur corps, à retrouver confiance en elles et à évacuer la violence subie. Elle intervient en République Démocratique du Congo et en France.
Pourquoi le karaté est-il utilisé pour aider les femmes victimes de violences ?
Selon Laurence Fischer, le karaté est un outil pertinent car il permet de travailler le rapport au corps et à l’autre tout en maintenant une certaine distance, ce qui est important pour des personnes traumatisées. La pratique permet d’exprimer une force, de canaliser une énergie et de se réapproprier son corps de manière positive. Les techniques de frappe, les cris (kiai) et le travail sur la respiration sont des moyens d’extérioriser la violence subie et de transformer la peur en puissance.
Quelle a été l’influence du docteur Denis Mukwege sur son parcours ?
La rencontre avec le docteur Denis Mukwege, gynécologue qui répare les femmes victimes de viols de guerre au Congo, a été un déclic pour Laurence Fischer. Son témoignage lui a fait prendre conscience de l’ampleur de ces violences et du besoin d’un accompagnement au-delà des soins purement médicaux. C’est en s’inspirant de son travail qu’elle a décidé de créer Fight for Dignity, pour ajouter une dimension de reconstruction par le corps et l’esprit à l’aide apportée à ces femmes.
Comment Laurence Fischer a-t-elle concilié sport de haut niveau et études ?
Laurence Fischer n’a jamais considéré ses études à l’ESSEC comme un sacrifice, mais plutôt comme un choix et une source d’équilibre. Elle explique que cette double casquette lui a permis de s’enrichir intellectuellement et de ne pas dépendre uniquement de sa carrière sportive. Cette autonomie et cette ouverture d’esprit lui ont été précieuses pour anticiper la fin de sa carrière et construire son projet associatif avec une vision structurée.
