Un parcours inattendu
David Salabi a grandi dans une cité HLM du 13e arrondissement de Paris, au sein d’une famille d’origine modeste venue de Tunisie. Loin des parcours tracés des grandes écoles de commerce, il se décrit comme un élève moyen, qui a trouvé sa voie un peu par hasard. C’est à l’université Paris-Dauphine, après trois ans de mathématiques, qu’il se découvre une facilité pour la comptabilité et la gestion, au point de finir major du concours d’entrée en maîtrise spécialisée. Ce bagage technique lui ouvre les portes de l’audit chez Deloitte, une première étape formatrice mais qu’il ne voit que comme un tremplin vers la finance d’entreprise, son véritable objectif.
Cette première expérience dans un grand groupe lui permet de gagner en confiance et de se confronter à des dossiers d’envergure, tout en ressentant un décalage avec un milieu très codifié.
La découverte de la banque d’affaires
Le hasard d’une conversation avec une collègue le mène chez Arjil, la banque d’affaires du groupe Lagardère. Il y découvre un monde exigeant et une culture du travail à l’ancienne. Plongé dans des dossiers complexes comme la fusion Matra Aérospatiale, il apprend son métier « dans la douleur », travaillant près de 20 heures par jour, sept jours sur sept. Cette période intense lui inculque une rigueur extrême, notamment dans l’écrit, qu’il considère comme fondamentale. Il y développe aussi une aversion pour les hiérarchies qu’il juge « illégitimes », où le carnet d’adresses prime sur la compétence technique.
« Je voulais travailler avec des gens compétents et non pas avec des gens qui avaient seulement un carnet d’adresses », confie-t-il. Cette frustration sera l’un des moteurs de son futur projet entrepreneurial.
Le tournant de la bulle Internet
En 2000, David Salabi quitte le monde des grands groupes pour rejoindre MGT, une petite structure spécialisée dans la levée de fonds pour les startups du web. Il y crée le département fusions-acquisitions et vit de l’intérieur l’euphorie de la bulle Internet, puis son éclatement brutal. Cette période est une formation accélérée et inestimable. Il enchaîne les deals rapides sur des valorisations déconnectées de la réalité, avant de devoir, quelques mois plus tard, vendre des entreprises en grande difficulté. Il raconte que sa meilleure formation a été de passer près de deux ans à vendre des sociétés qui perdaient de l’argent.
Cette expérience lui apprend l’art de la négociation en situation de crise et forge sa capacité à créer de la valeur même dans les contextes les plus difficiles.
La naissance de Cambon Partners
Lorsque l’aventure chez MGT prend fin, David Salabi se retrouve à un carrefour. L’idée de redevenir salarié lui donne « la nausée ». Alors qu’il hésite entre rejoindre l’Agence des participations de l’État et créer sa propre structure, une rencontre va tout changer. C’est son ami Philippe Druon, avocat d’affaires, qui le pousse à se lancer, convaincu de son potentiel. Au cours d’un déjeuner qui s’éternise, il réussit à convaincre David et son épouse. Le lendemain, les statuts de l’entreprise et un site web sont prêts. Cambon Partners naît en 2003, en plein marasme économique.
Le nom, choisi pour son classicisme et son ancrage parisien, vise à asseoir une crédibilité immédiate pour ce jeune entrepreneur de 31 ans qui se lance seul dans un marché atone.
Construire une référence
David Salabi s’appuie sur son réseau et accepte des dossiers difficiles pour démarrer. Son premier client est Colt Telecom, une mission complexe mais qui lui permet de faire ses preuves. Il adopte une stratégie de croissance prudente et linéaire, en autofinancement total, embauchant une personne par an. Il refuse de céder à la tentation de construire une grosse équipe avant d’avoir les contrats pour la faire vivre. « Je fais les deals, je fais les références et je grossis après », explique-t-il. Cette approche solide porte ses fruits. Après une dizaine d’années, Cambon Partners est devenue une référence incontournable, notamment dans le secteur de la tech.
La société connaît alors une accélération, passant d’une dizaine à 35 collaborateurs en cinq ans, portée par un flux de dossiers entrants et une réputation solidement établie.
Le métier de banquier d’affaires
David Salabi démystifie son métier, expliquant les opérations de LBO ou d’OBO, qui permettent à un entrepreneur de vendre une partie de son entreprise sans en perdre le contrôle. Il insiste sur la différence entre la valeur théorique d’une société et son prix final, qui dépend du processus de mise en concurrence. Son rôle, selon lui, est de passer de l’un à l’autre en créant les conditions les plus favorables pour le vendeur. Il partage un conseil clé aux entrepreneurs : ne pas chercher à « préparer » sa société pour la vente. Les meilleures transactions se font quand l’entreprise est en plein mouvement, en pleine croissance.
« Les meilleurs deals sont ceux où l’on suit les entreprises sur la durée, le temps qu’elles mûrissent et acquièrent la maturité suffisante pour se vendre. »
L’homme derrière le banquier
Au-delà de son activité professionnelle, David Salabi se livre sur ses passions. Héritage d’un père joueur, les chevaux de course occupent une place centrale dans sa vie. Ce qui a commencé comme un loisir est devenu une activité d’élevage en Normandie, son « havre de paix ». Ce contact avec la nature et un monde très différent de la finance parisienne lui offre un équilibre essentiel. Il évoque aussi sa vision de l’ambition, expliquant comment il s’est volontairement mis « à risque » en se chargeant de responsabilités familiales et financières pour nourrir son instinct de survie et sa détermination.
S’il pouvait se donner un conseil à ses débuts, ce serait de croire à l’impossible et de ne se fixer aucune limite. « Ce qui m’arrive aujourd’hui, jamais je ne l’aurais imaginé. »
Pour aller plus loin
- Le site de Cambon Partners
- Le compte Twitter de David Salabi
- Le compte Instagram de David Salabi
- Le profil LinkedIn de David Salabi
- La page Facebook de David Salabi
Les références de l’épisode
- Cambon Partners
- Rothschild
- Lazard
- Maxime Topolov
- Philippe Druon
- Université Paris-Dauphine
- Deloitte
- Arjil
- Groupe Lagardère
- Matra Aérospatiale
- Groupe Bolloré
- Usinor
- Les Big Four (KPMG, EY, PriceWaterhouseCoopers)
- McKinsey
- Salesforce
- WeWork
- Arthur Andersen
- Accenture
- MGT
- Chausson Finance
- Nets Capital
- Vivendi
- Liberty Surf
- Thierry Petit
- Showroomprivé
- Agence des participations de l’État
- Colt Telecom
- Fidelity
- Devoteam
- Orange Business Services
- Marc Fiorentino
- Pierre Doncieux
- Relax News
- Publicis
- Big Fernand
- Steve Burgraff
Au fil de l’épisode
- Présentation de David Salabi : banquier d’affaires, chef d’entreprise et éleveur de chevaux de course.
- Son enfance dans une cité HLM du 13e arrondissement de Paris et ses origines modestes.
- Sa scolarité et son arrivée à l’université Paris-Dauphine.
- Son parcours universitaire : des mathématiques à la comptabilité, où il excelle.
- Ses débuts professionnels en audit chez Deloitte, une première étape formatrice.
- La méthodologie des Big Four : un système très processé pour encadrer les jeunes diplômés.
- Son passage à la banque d’affaires chez Arjil, au sein du groupe Lagardère.
- L’apprentissage « dans la douleur » avec un rythme de travail de 20 heures par jour.
- La découverte d’une culture d’entreprise « à l’ancienne » et d’une hiérarchie jugée illégitime.
- Son départ pour MGT, une boutique spécialisée dans la levée de fonds pour les startups.
- L’expérience de la bulle Internet : l’euphorie puis l’explosion.
- La meilleure des formations : vendre des entreprises en difficulté pendant la crise.
- La fin de l’aventure MGT et la décision de ne plus être salarié.
- L’hésitation entre créer son entreprise et rejoindre le service public.
- La rencontre décisive avec son ami et mentor Philippe Druon, qui le pousse à se lancer.
- La création de Cambon Partners en 2003, en plein marasme économique.
- Le choix du nom « Cambon » pour inspirer le sérieux et la crédibilité.
- Son premier deal avec Colt Telecom, un dossier complexe qui lance son activité.
- Sa stratégie de croissance : linéaire, autofinancée et progressive.
- Le premier grand succès en 2006 avec la vente d’une société cotée à Orange.
- L’accélération de Cambon Partners après dix ans d’existence.
- Les opérations de LBO et OBO : permettre aux entrepreneurs de sécuriser une partie de leur patrimoine.
- Comment valoriser une entreprise : la différence entre la valeur théorique et le prix de marché.
- Le conseil aux entrepreneurs : une entreprise se vend mieux quand elle est en plein mouvement.
- Les traits communs des entrepreneurs qui réussissent : un grain de folie et une grande énergie.
- Sa passion pour les chevaux de course, héritée de son père, devenue une activité d’élevage.
- Son équilibre entre vie professionnelle intense, famille et passion en Normandie.
- Sa philosophie sur l’ambition : se mettre en situation de ne plus avoir le choix pour réussir.
FAQ
Qui est David Salabi ?
David Salabi est un banquier d’affaires français, fondateur de la société Cambon Partners. Parti d’un milieu modeste, il a gravi les échelons de la finance après des études à l’université Paris-Dauphine et des débuts en audit. Il a créé sa propre banque d’affaires en 2003, spécialisée dans le conseil en fusions-acquisitions et levées de fonds pour les entreprises, notamment dans le secteur de la technologie. Il est également éleveur de chevaux de course.
Qu’est-ce que Cambon Partners ?
Cambon Partners est une banque d’affaires indépendante fondée par David Salabi en 2003. Spécialisée dans le secteur de la tech, elle conseille les entrepreneurs et les entreprises dans leurs opérations de haut de bilan : cessions, acquisitions, levées de fonds ou encore LBO (reprise d’entreprise avec effet de levier). La société s’est imposée comme un acteur majeur sur son marché, accompagnant de nombreuses transactions dans l’écosystème numérique français et international.
Comment David Salabi a-t-il débuté sa carrière ?
Après des études de comptabilité et de gestion à l’université Paris-Dauphine, David Salabi a commencé sa carrière dans l’audit chez Deloitte. Cette expérience lui a fourni une base technique solide. Il a ensuite rejoint Arjil, la banque d’affaires du groupe Lagardère, où il a appris le métier de la fusion-acquisition dans un environnement très exigeant. Il a ensuite vécu la bulle Internet au sein d’une plus petite structure avant de fonder sa propre société.
Pourquoi David Salabi a-t-il créé sa propre banque d’affaires ?
David Salabi a créé Cambon Partners après plusieurs expériences en tant que salarié où il s’est senti frustré par des hiérarchies qu’il jugeait illégitimes, basées sur le réseau plus que sur la compétence. Arrivé à un point où il ne se voyait plus travailler pour quelqu’un d’autre, il a été fortement encouragé par un ami et mentor, Philippe Druon, à capitaliser sur son expertise et à lancer sa propre structure, malgré un contexte économique difficile à l’époque.
Quelle est la philosophie de David Salabi pour réussir une vente d’entreprise ?
Selon David Salabi, il ne faut pas préparer une entreprise spécifiquement pour la vendre. Les meilleures transactions et les meilleurs prix sont obtenus lorsque l’entreprise est en plein mouvement, en croissance et concentrée sur son développement. Une société qui attire naturellement l’attention par ses performances et sa dynamique sur le marché est dans la meilleure position pour être vendue. Le rôle du banquier d’affaires est alors d’orchestrer ce processus pour optimiser les conditions pour l’entrepreneur.
