Les débuts d’un entrepreneur
Simon Dawlat se définit comme un entrepreneur du numérique depuis une quinzaine d’années. Son aventure commence bien avant ses études, avec une première société montée à 17 ans dans l’univers naissant de l’e-sport, autour du jeu Counter Strike. Autodidacte et inspiré par des parents aventuriers qui lui ont fait faire le tour du monde en bateau, il n’a jamais eu de complexe à se lancer. Cette première expérience, bien que non transformée commercialement, lui a mis le pied à l’étrier. « Ça ne semblait pas plus compliqué que de mettre en ligne des serveurs », raconte-t-il. Après avoir passé son bac, il s’oriente vers des études littéraires puis intègre le CELSA, une école de communication et de marketing.
Cette première boîte, centrée sur l’aspect social du jeu vidéo, n’a pas trouvé son modèle économique, mais d’autres, comme ESL, ont persévéré sur la même idée pour être rachetés plusieurs dizaines de millions d’euros des années plus tard.
La naissance d’AppGratis
Après plusieurs expériences en freelance, notamment pour Kindo.com ou 1,2,3 people, un stage de fin d’études chez Virtuose, un pionnier de l’IA appliquée au marketing, le propulse aux États-Unis. C’est à San Francisco, au contact de l’écosystème de la Silicon Valley, qu’il entrevoit le potentiel des applications mobiles naissantes. Licencié suite à la crise de 2008, il rentre à Paris et, aidé par Stéphane Distinguin de Faber-Novel, il lance un blog sur les applications. Ce blog devient rapidement une newsletter, AppGratis, sur un concept simple : chaque jour, une application payante devient gratuite. « J’ai chopé les mails de tous mes potes, j’ai contacté 3-4 développeurs et je leur ai dit : je fais un truc nouveau », explique-t-il.
Inspiré par des modèles comme Craigslist ou Groupon, le service gagne en popularité, passant de quelques centaines d’abonnés à plusieurs milliers, et commence à générer ses premiers revenus.
L’hypercroissance
Le véritable tournant a lieu avec le lancement de l’application AppGratis dédiée. Propulsée par la base d’abonnés de la newsletter, elle se hisse en première position de l’App Store et y reste trois semaines. En moins d’un mois, l’audience passe de 20 000 à 400 000 utilisateurs. Les revenus explosent, permettant de structurer l’entreprise et de recruter. Simon Dawlat, jusqu’alors entrepreneur nomade travaillant depuis Bali ou New York, doit bâtir une équipe. La société passe de 300 000 euros de chiffre d’affaires sur un trimestre en 2010 à un prévisionnel de 25 à 30 millions en 2013. Cette croissance s’accompagne d’une expansion internationale rapide, lancée pour contrer des concurrents qui copient son modèle.
Malgré le succès, cette phase est intense et chaotique. « C’était non-stop, du matin au soir, week-end compris. J’avais plus de vie à côté », confie-t-il.
La levée de fonds
Pour financer son ambition, notamment la conquête du marché américain, et après une alerte sur sa trésorerie, Simon Dawlat se lance dans sa première levée de fonds. L’opération s’avère être un « cauchemar » de neuf mois. L’entreprise, avec ses métriques de croissance atypiques, suscite autant l’enthousiasme que la méfiance des investisseurs. « Les métriques paradoxalement elles étaient presque trop bonnes, donc à raison elles ont quand même rendu méfiant pas mal de fonds », analyse-t-il. Il finit par lever 10 millions d’euros en décembre 2012, un mélange de capital et de dette.
Avec le recul, il juge avoir commis de nombreuses erreurs, notamment une sur-médiatisation de l’opération. « J’ai été beaucoup trop arrogant. […] Ça a changé l’ADN de la boîte. »
La chute
Début 2013, AppGratis se lance avec succès aux États-Unis, passant de zéro à cinq millions d’abonnés en un mois. Cette arrivée fulgurante sur le marché américain attire l’attention d’Apple. Devenus trop gros et trop influents sur les classements de l’App Store, ils sont perçus comme une menace. La sanction est immédiate et brutale : Apple retire l’application de sa boutique. Simon Dawlat apprend la nouvelle alors qu’il atterrit au Brésil pour sa première semaine de vacances en trois ans. L’affaire devient un feuilleton médiatique mondial, du Wall Street Journal aux interventions politiques en France avec Fleur Pellerin.
« Je me suis fait vilipender comme si j’étais un violeur », se souvient-il, évoquant la violence des réactions et le sentiment d’être devenu un paria du jour au lendemain.
Le pivot vers Batch.com
Malgré le choc, l’équipe se bat. Ils réussissent à migrer une partie des utilisateurs vers la newsletter et lancent une version Android, mais le cœur du réacteur a été touché. Le business entre dans une phase de lente décroissance qui durera près de trois ans. Face à cette réalité, Simon Dawlat et ses associés décident de pivoter. Ils capitalisent sur leur expertise technique, notamment leurs serveurs d’envoi de notifications push, pour créer un nouveau produit : Batch.com. Il s’agit d’une plateforme de CRM mobile destinée aux entreprises pour communiquer avec leurs clients sur mobile.
Le passage d’un modèle publicitaire à la vente de technologie B2B est un défi. « C’est un écart mental faramineux, délirant », admet-il. Après plusieurs années de développement, Batch.com trouve son marché et devient la nouvelle aventure de l’équipe, tournant définitivement la page AppGratis.
Pour aller plus loin
- Le site de Cosa Vostra, l’agence de conseil en stratégie et croissance digitale co-fondée par Matthieu Stefani, l’animateur du podcast.
Les références de l’épisode
- Personnes : Fabrice Pelosi, Matthieu Stefani, Alexandre Lebrun, Laurent Landowski, Calix Cochois, Pascal Lévi-Garbois, Louis Montagne, Stéphane Distinguin, Philippe Chessins, Craig Newmark, Fanny (My Little Paris), Eric Dessart, Sylvain (associé d’AppGratis), Fleur Pellerin, Jean-Baptiste Rudel, Geoffrey (Bonne Gueule), Or Arbel.
- Entreprises et organisations : Cosa Vostra, Shopify, Batch.com, AppGratis, 8.i, CELSA, Game Service, SWC, Webédia, ESL, Google, Microsoft, Kindo.com, Index Ventures, 1,2,3 people, Pages Jaunes, Virtuose, Ebay, Faber-Novel, Paris Soma, Craigslist, My Little Paris, Vente Privée, Zynga, Groupon, CitizenSide, Apple, Android, Eurosport, Le Cap, Chauffeur privé, Foodora, Vestiaire Collective, Intermarché, The Telegraph, Pipedrive, Zoho, Evernote, Facebook, Le Galion, Criteo, Algolia, Yo.
- Jeux et outils : Counter Strike, TeamSpeak, IRC, Twitch, Discord, Shazam, Slack, Skype.
- Lieux : Île de Ré, Paris, San Francisco, Dublin, New York, Bali, San Paolo, Florianopolis.
- Événements : Burning Man.
Au fil de l’épisode
- Présentation de Simon Dawlat, entrepreneur et investisseur.
- Sa première entreprise à 17 ans dans le milieu des compétitions de jeux vidéo.
- L’influence de son héritage familial, entre photographie de mode et tour du monde en bateau.
- Ses études littéraires et son passage au CELSA.
- Son expérience professionnelle chez Virtuose et le conseil décisif de partir aux États-Unis.
- La vie à San Francisco, la crise de 2008 et le retour forcé à Paris.
- La création d’un blog sur les applications, qui deviendra la newsletter AppGratis.
- Le modèle économique inspiré de Groupon et Craigslist.
- Le lancement de l’application AppGratis et l’explosion de l’audience.
- La structuration de l’entreprise et le passage à une phase d’hypercroissance.
- L’expansion internationale pour contrer la concurrence.
- Les difficultés de trésorerie malgré un chiffre d’affaires en forte hausse.
- La décision de lever des fonds et le processus de neuf mois pour obtenir 10 millions d’euros.
- Les erreurs de communication autour de la levée de fonds.
- Le lancement réussi aux États-Unis qui attire l’attention d’Apple.
- L’annonce du retrait de l’App Store, reçue en plein début de vacances au Brésil.
- La gestion de la crise médiatique et personnelle.
- La lente décroissance d’AppGratis et la survie de l’entreprise.
- Le pivot stratégique vers un nouveau business : Batch.com.
- La transition d’un modèle B2C publicitaire à un modèle B2B technologique.
- Les outils d’organisation de Simon : CRM, journal personnel sur Evernote et discipline relationnelle.
- Son parcours d’investisseur (Business Angel) dans une vingtaine de startups.
- L’histoire de son investissement dans une société rachetée par Facebook.
- Ses réflexions sur l’échec, la résilience et le métier d’entrepreneur.
FAQ
Qui est Simon Dawlat ?
Simon Dawlat est un entrepreneur français du secteur numérique. Il est principalement connu pour avoir fondé AppGratis, une application mobile à succès, puis Batch.com, une plateforme de CRM mobile. Autodidacte et précoce, il a monté sa première société à 17 ans. Il est également actif en tant qu’investisseur (Business Angel) dans une vingtaine de startups technologiques.
Qu’est-ce que AppGratis ?
AppGratis était un service et une application mobile qui proposait chaque jour de télécharger gratuitement une application normalement payante. Lancé d’abord comme une simple newsletter, le service a connu une croissance fulgurante, atteignant des millions d’utilisateurs dans le monde. Son modèle économique reposait sur la facturation aux développeurs d’applications pour la mise en avant de leur produit auprès de cette large audience.
Pourquoi AppGratis a-t-il été retiré de l’App Store ?
Apple a retiré AppGratis de son App Store en avril 2013. La raison invoquée était que l’application était devenue trop grosse et influençait de manière trop significative les classements de l’App Store, ce qui contrevenait aux règles de la plateforme. En devenant un acteur majeur de la découverte d’applications, AppGratis était perçu par Apple comme un concurrent direct à sa propre curation et un perturbateur de son écosystème.
Comment Simon Dawlat a-t-il rebondi après l’échec d’AppGratis ?
Après le retrait d’AppGratis par Apple, qui a privé l’entreprise de sa principale source de trafic, Simon Dawlat et son équipe ont géré une longue période de décroissance. Ils ont ensuite décidé de pivoter en utilisant leur savoir-faire technique. Ils ont développé Batch.com, une nouvelle société axée sur la technologie de notifications push et le CRM mobile, un service B2B destiné aux entreprises qui possèdent des applications.
Qu’est-ce que Batch.com ?
Batch.com est une plateforme technologique (SaaS) de CRM (Customer Relationship Management) spécialisée pour le mobile. Elle fournit aux entreprises les outils pour communiquer avec les utilisateurs de leurs applications et sites mobiles. Ses services incluent l’envoi de notifications push, de messages in-app et l’analyse du comportement des utilisateurs, permettant aux équipes marketing de segmenter leur audience et de personnaliser leurs campagnes.
