Un parcours inattendu
Né à Lyon dans une famille modeste, Paul Morlet grandit avec un objectif principal : la stabilité. Loin des parcours entrepreneuriaux classiques, il ne connaît même pas l’existence des écoles de commerce. Son rêve est simple : trouver un emploi stable pour obtenir un crédit et acheter une maison, à l’inverse de ses parents qui ont connu des périodes de chômage. Orienté vers un BEP d’électricien, il se découvre une passion pour le travail manuel et la logique. Déjà, il fait preuve d’une grande débrouillardise : pour se faire de l’argent de poche, il modifie des consoles de jeux, répare des ordinateurs et vend même sur internet des copies de films récents sur cassettes VHS.
« Je ne savais pas vendre plus cher que le marché, mais je savais acheter moins cher. »
L’étincelle sous la Tour Eiffel
À 18 ans, il intègre la SNCF pour une formation, attiré par la promesse d’un emploi stable et du train gratuit. Il y découvre une culture d’entreprise sclérosée qui lui apprend surtout, selon ses mots, « tout ce qu’il ne faut pas faire dans une boîte ». Après cette expérience et un bref passage chez Carglass, il sait qu’il doit créer son propre emploi pour gagner sa vie. C’est lors d’une balade à Paris qu’il a le déclic : en voyant des vendeurs proposer des lunettes de soleil à microperforations sous la Tour Eiffel, il décide de se lancer. Il fonde alors Lulu Frenchie, dépose des statuts de société de conseil trouvés sur internet, et commence à vendre des lunettes achetées 40 centimes sur Alibaba, qu’il personnalise lui-même avec une simple imprimante.
Son modèle : acheter des produits, les transformer pour y ajouter de la valeur, et les revendre.
Le culot paie toujours
Face aux difficultés pour vendre ses produits, Paul Morlet a une idée audacieuse : faire porter ses lunettes par des stars internationales. Avec un outil de tweet en masse, il inonde les comptes de Lady Gaga, des Black Eyed Peas ou de David Guetta avec des photos de paires personnalisées à leur nom. La stratégie fonctionne. Il reçoit des photos de célébrités portant ses créations, ce qui attire l’attention de la presse locale, puis de l’AFP. Son histoire est reprise par toutes les télévisions françaises. Les commandes affluent, dont une, colossale, de 80 000 paires pour la marque Absolut, représentant un chiffre d’affaires de 240 000 euros.
Ce premier succès lui apprend les réalités du commerce, notamment les délais de paiement des grands groupes, qu’il découvre avec une certaine naïveté.
La rencontre qui change tout
En 2013, Paul Morlet découvre la création de l’école 42 par Xavier Niel. Admiratif de l’initiative, il envoie un e-mail au fondateur de Free pour lui dire son admiration. À sa grande surprise, Xavier Niel lui répond et lui propose de le rencontrer. Le rendez-vous, prévu pour durer dix minutes, s’étend sur trois quarts d’heure. S’ensuit une relation par e-mail où Paul partage tout ce qu’il apprend sur le marché de l’optique, notamment lors de ses voyages en Chine. Il découvre les marges exorbitantes pratiquées en France sur les verres de lunettes. De ces échanges naît une idée : créer une entreprise ensemble pour proposer des lunettes de vue à bas prix.
À 23 ans, sans réseau ni formation supérieure, Paul Morlet s’associe avec l’un des plus grands entrepreneurs français pour lancer Lunettes Pour Tous.
Rendre la vue, un modèle économique
Le défi est immense : vendre des lunettes de vue complètes à 10 euros, prêtes en 10 minutes. Pour être rentable, chaque boutique doit vendre 400 paires par jour, un volume colossal comparé aux deux paires quotidiennes d’un opticien traditionnel. Seul, Paul Morlet doit tout inventer : un processus industriel, un logiciel de vente, le design du magasin inspiré des Apple Store, et le discours commercial. Le jour du lancement, un coup de chance incroyable se produit : l’UFC-Que Choisir publie une étude dénonçant les marges des opticiens. L’histoire est parfaite. Un reportage dans l’émission Capital sur M6 fait exploser la notoriété de la marque, et les ventes décollent pour ne plus jamais retomber.
« Ce qui me rend fier tous les jours, c’est d’avoir réussi à offrir à des gens ce que je rêvais d’avoir. Et bien sûr de permettre à des milliers de gens de s’offrir des lunettes sans se ruiner. »
Pour aller plus loin
- Lulu Frenchie, la première société de Paul Morlet.
- L’AFP (Agence France-Presse).
- Lunettes Pour Tous, le site officiel.
- Suivre Paul Morlet sur Facebook, Instagram, Twitter et Linkedin.
Les références de l’épisode
- Personnes : Xavier Niel, Lady Gaga, David Guetta, Bob Sinclar, Suzy Menkes (citée comme Suzy Cent), will.i.am (cité comme l’IAM Blackhead Peace).
- Entreprises et marques : Lunettes Pour Tous, Lulu Frenchie, SNCF, Carglass, Ricard, Absolut, Free, Apple, Amazon, Zara, Atoll, Essilor (cité comme Usylor), Dior, Gucci, Samsung, Volvo, DHL.
- Médias et institutions : Le Progrès, AFP, M6 (Capital), TF1, Canal+, LCI, BFM Business, UFC-Que Choisir, École 42.
- Plateformes et outils : Alibaba, Price Minister, Twitter, Facebook, Instagram, PayPal, Payfit, Scalo.
Au fil de l’épisode
- Son enfance modeste à Lyon et son désir de stabilité.
- Ses premiers « business » au collège : modifier des consoles de jeu et vendre des films piratés sur cassettes.
- Son orientation en BEP électricien, un domaine qu’il apprécie pour sa logique.
- Son expérience à la SNCF, où il apprend surtout ce qu’il ne faut pas faire en entreprise.
- Son bref passage chez Carglass qui le conforte dans son envie de créer son propre emploi.
- L’idée de Lulu Frenchie en observant des vendeurs de lunettes à la Tour Eiffel.
- La création de sa société avec des statuts trouvés sur internet et l’achat des premières lunettes sur Alibaba.
- La technique pour personnaliser les verres avec une simple imprimante et un cutter.
- La difficulté à vendre ses produits en porte-à-porte au début.
- L’idée d’envoyer des lunettes à des stars internationales via un outil de spam sur Twitter.
- Le succès de l’opération et les premières retombées médiatiques (Le Progrès, AFP, M6).
- La commande de 80 000 paires pour la marque Absolut et sa découverte des délais de paiement.
- Sa découverte de l’École 42 et son admiration pour Xavier Niel.
- L’e-mail envoyé à Xavier Niel et leur première rencontre, qui dure 45 minutes au lieu de 10.
- Leurs échanges par mail et la naissance du projet Lunettes Pour Tous.
- L’étude du marché de l’optique en Chine et la découverte des marges sur les verres.
- La création de la société avec Xavier Niel à l’âge de 23 ans.
- Le défi de vendre des lunettes à 10 euros en 10 minutes, nécessitant 400 ventes par jour.
- La recherche du premier local à Châtelet et les travaux de la boutique.
- Le développement d’un logiciel et d’un processus industriel pour tenir la promesse.
- Le coup de chance avec la publication d’une étude UFC-Que Choisir la veille de l’ouverture.
- Le reportage de l’émission Capital sur M6 qui fait exploser la notoriété de la marque.
- La confrontation télévisée avec le patron d’Atoll, qui le félicite en direct.
- Le passage de 100 à plus de 400 paires vendues par jour après le reportage.
- L’anecdote sur le décret menaçant son modèle économique sans ordonnance.
- Sa rencontre fortuite avec la ministre de la Santé dans une pizzeria.
- Comment le chauffeur de la ministre, équipé par ses soins, a contribué à faire évoluer la réglementation.
- Le développement du réseau qui compte aujourd’hui 9 boutiques en France.
- Sa fierté de créer des emplois stables pour des jeunes souvent sans diplôme.
- La protection symbolique des « gilets jaunes » qui épargnent ses magasins.
FAQ
Qui est Paul Morlet ?
Paul Morlet est un entrepreneur français, fondateur de la marque Lunettes Pour Tous. Parti d’un BEP électricien et d’une première expérience professionnelle comme cheminot à la SNCF, il s’est lancé dans l’entrepreneuriat en créant d’abord Lulu Frenchie, une marque de lunettes publicitaires. Son parcours a pris une autre dimension après sa rencontre avec Xavier Niel, avec qui il s’est associé pour révolutionner le marché de l’optique en France.
Qu’est-ce que Lunettes Pour Tous ?
Lunettes Pour Tous est une enseigne d’optique fondée par Paul Morlet et Xavier Niel. Son concept repose sur une promesse forte : fournir une paire de lunettes de vue complète, avec examen de la vue, pour 10 euros et en 10 minutes. L’entreprise s’adresse à la fois aux personnes ayant des moyens limités et à une clientèle qui recherche un service rapide et efficace. Le modèle économique est basé sur des achats en direct, des marges réduites et un très grand volume de ventes.
Comment a-t-il lancé sa première entreprise, Lulu Frenchie ?
Paul Morlet a eu l’idée de Lulu Frenchie en voyant des vendeurs de souvenirs à la Tour Eiffel. Il a décidé de vendre des lunettes de soleil personnalisées. Il achetait des montures à bas prix sur Alibaba, puis imprimait des logos ou des messages sur des feuilles autocollantes microperforées qu’il découpait et collait sur les verres. Pour se faire connaître, il a utilisé une méthode audacieuse : envoyer massivement des tweets à des stars internationales pour qu’elles portent ses lunettes, ce qui a généré une importante couverture médiatique.
Comment Paul Morlet a-t-il rencontré Xavier Niel ?
Admiratif de l’initiative de l’École 42, Paul Morlet a envoyé un e-mail à son fondateur, Xavier Niel, pour le féliciter. À sa surprise, ce dernier lui a répondu et l’a invité à le rencontrer. S’en est suivie une correspondance régulière où Paul Morlet partageait ses découvertes sur l’industrie de l’optique en Chine. Convaincu par le potentiel du projet et l’approche de Paul, Xavier Niel a décidé de s’associer avec lui pour créer Lunettes Pour Tous.
Pourquoi les lunettes sont-elles si peu chères chez Lunettes Pour Tous ?
Le prix bas de Lunettes Pour Tous s’explique par un modèle économique qui casse les codes du secteur. L’entreprise achète ses montures et ses verres en direct auprès des usines en Chine, sans intermédiaire, ce qui réduit drastiquement les coûts. Les marges sont ensuite volontairement très faibles. Pour être rentable, le modèle repose sur un volume de ventes extrêmement élevé, de l’ordre de 400 paires par jour et par boutique, rendu possible par un processus de fabrication rapide et industrialisé.
