L’entrepreneur-designer
Stéphane Distinguin se définit comme un entrepreneur qui a toujours voulu créer « comme un designer ». Cette vocation lui vient d’une figure tutélaire découverte à l’adolescence : Raymond Loewy, le père du design industriel. Il raconte comment une anecdote sur l’aménagement du Concorde par ce dernier a façonné sa vision : trouver des solutions simples et élégantes qui ont un impact immédiat. Venu d’un milieu d’enseignants, loin du monde de l’entreprise, il a vu dans l’émergence d’Internet à la fin des années 90 une occasion unique de se lancer. « C’était une chance parce que comme beaucoup d’autres ça m’a rendu crédible », explique-t-il.
Ses premières armes se font en 1999 avec Cityrush.com, un service de livraison à domicile, puis au sein d’Up&Up, un fonds de capital-risque. Ces expériences, menées en pleine bulle internet puis juste après son éclatement, lui ont permis de comprendre les dynamiques du marché et de forger ses premières convictions sur la création d’entreprise.
La naissance de Faber Novel
En 2003, Stéphane Distinguin sent que le moment est idéal pour lancer son projet. Le marché s’est refroidi après la bulle, mais les besoins de transformation des grandes entreprises sont immenses et les coûts pour développer des produits numériques se sont effondrés. C’est sur ce constat qu’il fonde Faber Novel. Le nom lui-même porte le projet : « Faber », pour le faire, pour l’action, et une consonance latine pour marquer une identité européenne avec une ambition mondiale. L’idée est de créer un modèle dual, à la fois société de conseil et de services pour les grands groupes, et « excubateur » de startups.
Ce modèle d’excubation, qui consiste à créer ses propres entreprises, est au cœur de la stratégie. Il sert de laboratoire, de R&D, et de preuve de concept pour les clients. « Regardez, si on sait le faire pour nous, on saura le faire pour vous », résume-t-il. C’est ainsi que naissent des projets comme Digitick, pionnier du billet électronique, ou plus tard BureauxÀPartager, en utilisant Faber Novel comme une véritable plateforme de lancement.
Une plateforme pour grandir
La croissance de Faber Novel s’est faite par paliers. Au début, l’enjeu était de paraître plus grand et plus puissant que la réalité, une stratégie qu’il nomme le concept des « 300 DPI » : avoir une image de départ si dense qu’elle ne se pixellise pas en grandissant. L’entreprise a rapidement pris la parole sur des sujets de fond, comme avec ses célèbres études Gafanomics, pour asseoir sa crédibilité. Puis est venu un temps de clarification du modèle, assumant pleinement le virage vers le service pour accélérer la croissance et offrir des perspectives de carrière aux talents qui rejoignaient l’aventure.
Cette nouvelle phase s’est accompagnée d’une stratégie de croissance externe assumée, avec plusieurs acquisitions pour intégrer de nouvelles expertises et accélérer le développement. Stéphane Distinguin partage également certains de ses concepts directeurs, comme le « syndrome NBA », cette fascination pour des modèles étrangers qui peut nous détourner de la construction de nos propres championnats, ou le principe de « bundle or unbundle » pour penser l’évolution des offres.
Leçons de management
Aujourd’hui à la tête d’un groupe de plus de 400 personnes présent à l’international, de San Francisco à Shanghai, Stéphane Distinguin voit son rôle comme celui d’un chef d’orchestre qui s’assure que « la recette est la bonne ». Il compare son quotidien à l’image des artistes de cirque qui font tourner des dizaines d’assiettes sur des tiges, veillant à ce qu’aucune ne tombe. Un exercice qui demande une concentration permanente et une grande capacité à sentir les choses.
Il évoque aussi son engagement dans l’écosystème, que ce soit à la présidence de Cap Digital ou au sein du Conseil national du numérique, non pas comme une distraction mais comme une manière d’apprendre et de progresser en tant qu’entrepreneur. Pour lui, ces expériences lui ont permis de mieux comprendre les situations et de faire avancer les sujets qui lui tiennent à cœur, comme la Grande École du Numérique.
Pour aller plus loin
- Le profil Facebook de Stéphane Distinguin
- Le compte Instagram de Stéphane Distinguin
- Le compte Twitter (X) de Stéphane Distinguin
Les références de l’épisode
- Personnes : Raymond Loewy, André Putemann, Clément Alteresco, Thibaut Elzière, Oleg Tchelko, Pierre Vallade, Manuel Valls, François-Xavier Marquis, Gilles Roussel, Benedict Evans, Sergei Brin, Larry Page, Eric Schmidt, Bernard Norlin.
- Entreprises et organisations : Faber Novel, Cityrush.com, Up&Up, Digitick, BureauxÀPartager, Paris Soma, Deloitte, Cosa Vostra, Shopify, RATP, Transdev, G7, BlaBlaCar, InfraBel, Orange Labs (France Télécom R&D), Mobivillage, FNAC, Carrefour, Auchan, Virgin, Vivendi, Google, AltaVista, LVMH, Zogma, Publicis, WPP, Cap Digital, Numa (Silicon Sentier), Conseil national du numérique, Grande École du Numérique, BNP Développement, CMAG.
- Lieux : San Francisco, Shanghai, Lisbonne, New York, Singapour.
- Concepts et initiatives : 300 DPI, Syndrome NBA, Gafanomics, La Cantine, BarCamps, MobileMondays, CleanTuesdays, TEDx Paris, API days.
- Marques citées : General Motors, Studebaker, Coca-Cola.
Au fil de l’épisode
- La rencontre avec Internet à la fin des années 90, une chance pour devenir crédible.
- L’inspiration fondatrice de Raymond Loewy, le père du design industriel.
- L’anecdote du trait noir dans le Concorde pour agrandir l’espace perçu.
- Ses premières entreprises : Cityrush.com en 1999 et le fonds d’investissement Up&Up.
- Son parcours familial, fils d’enseignants, loin du monde de l’entreprise.
- Le contexte de la création de Faber Novel en 2003, après l’éclatement de la bulle internet.
- La double promesse de Faber Novel : conseil pour les grands groupes et « excubateur » de startups.
- Le principe de l’excubation : créer ses propres projets pour apprendre et prouver sa crédibilité.
- La naissance de Digitik, à partir d’un projet de R&D sur la dématérialisation des tickets de transport.
- Sa vision du métier de service, un modèle noble et formateur.
- Le « syndrome NBA » : la fascination pour des modèles étrangers qui empêche de créer ses propres champions.
- La stratégie de départ de Faber Novel : paraître plus grand et plus fort que la réalité.
- Le concept des « 300 DPI » : avoir une vision suffisamment dense pour qu’elle ne se dégrade pas en grandissant.
- La clarification du modèle économique pour accélérer la croissance.
- La stratégie de croissance externe par acquisitions.
- L’annonce en exclusivité de l’acquisition de Zogma, spécialiste des espaces d’innovation.
- Ses conseils pour réussir une acquisition : aimer ce qu’on achète et assurer la compatibilité culturelle.
- Travailler en famille : les avantages et les défis de collaborer avec sa femme.
- Sa vision à long terme pour Faber Novel : un projet loin d’être terminé.
- L’ouverture du capital à des investisseurs pour structurer l’entreprise.
- Les clés d’un développement réussi à l’international.
- Son rôle dans l’écosystème : la présidence de Cap Digital et son passage au Conseil National du Numérique.
- Son organisation au quotidien : l’image des assiettes chinoises qu’il faut maintenir en rotation.
- Son principal outil de productivité : la méthode du « zéro inbox ».
- Son rapport aux réseaux sociaux et sa nostalgie de l’âge d’or de Twitter.
FAQ
Qui est Stéphane Distinguin ?
Stéphane Distinguin est un entrepreneur français, principalement connu comme le fondateur et président de Faber Novel, une agence internationale de conseil en innovation et transformation numérique. Issu d’une famille d’enseignants, il s’est lancé dans l’entrepreneuriat à la fin des années 90. Il est également très impliqué dans l’écosystème numérique français, notamment en tant que président de Cap Digital, le pôle de compétitivité et de transformation numérique.
Qu’est-ce que Faber Novel ?
Faber Novel est une société de conseil et de services créée en 2003 par Stéphane Distinguin. Elle accompagne les grandes entreprises dans leur transformation numérique. Son modèle est hybride : elle propose du conseil en stratégie, du design de services, du développement technologique, mais agit aussi comme un « excubateur » en créant ses propres startups, comme Digitick ou BureauxÀPartager. L’entreprise est aujourd’hui présente dans plusieurs grandes villes du monde, dont Paris, San Francisco, Shanghai et New York.
Pourquoi Stéphane Distinguin a-t-il créé Faber Novel en 2003 ?
Stéphane Distinguin a lancé Faber Novel en 2003 car il a identifié un moment clé sur le marché. Après l’éclatement de la bulle internet, de nombreuses grandes entreprises prenaient conscience de leur besoin urgent de se transformer numériquement et disposaient des budgets pour le faire. Parallèlement, les coûts technologiques pour créer de nouveaux produits et services s’étaient effondrés, rendant l’innovation plus accessible. Faber Novel a été créé pour répondre à ce double contexte.
Qu’est-ce que le modèle d’« excubateur » de Faber Novel ?
L’« excubateur » est un concept central chez Faber Novel. Contrairement à un incubateur qui accueille des projets externes, un excubateur crée des startups en interne, en utilisant ses propres ressources. Pour Stéphane Distinguin, c’était une manière de faire de la R&D, de tester des idées en conditions réelles et de démontrer à ses clients sa capacité à construire des projets concrets. Des entreprises comme Digitick sont nées de ce modèle, servant de preuve du savoir-faire de l’agence.
Quelle est la stratégie de croissance de Faber Novel ?
La croissance de Faber Novel repose sur une clarification de son modèle de services et sur une stratégie active de croissance externe. Après une première phase de développement, l’entreprise a structuré ses offres pour mieux répondre aux besoins de ses clients. Parallèlement, elle a mené plusieurs acquisitions stratégiques pour intégrer rapidement de nouvelles compétences, accélérer sa croissance et renforcer sa présence à l’international, notamment en Chine et aux États-Unis.
