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#83 – Perry Chen (traduit en Français) – Un projet peut en cacher 100 000 autres

Perry Chen est un artiste, mais il est surtout connu pour être le fondateur de Kickstarter, la plateforme de financement participatif qui a changé la face de la création. Pourtant, son parcours est loin d'être une ligne droite. Élevé dans le New York des années 80 et 90, bercé par le hip-hop naissant, son premier amour a toujours été la musique. C'est d'ailleurs un projet musical avorté — un concert des DJs Kruder & Dorfmeister qu'il ne parvient pas à financer — qui fait naître l'étincelle. Il lui faudra huit ans pour que cette idée, mûrie lentement, devienne la plateforme qui a depuis permis à des centaines de milliers de projets de voir le jour.

fondateur de Kickstarter, de la musique à la révolution du financement créatif

Artiste ou entrepreneur ?

Perry Chen se présente comme un artiste et le fondateur de Kickstarter. Pour lui, la distinction n’est pas si nette, car artistes et entrepreneurs partagent des qualités communes, notamment dans la capacité à démarrer des projets. Il différencie le « projet », qui a une fin définie comme un film ou une peinture, de l’« organisme », comme une entreprise, qui est en constante évolution et sans fin prédéfinie. Kickstarter, bien qu’étant devenu un organisme majeur, est né de la même énergie créative que ses œuvres musicales ou artistiques.

« Les artistes sont souvent bons dans le processus créatif, pour ce qui est d’avoir une vision, et de se battre avec hargne afin de donner vie à quelque chose. »

Un gamin de New York

Né en 1976, Perry Chen a grandi à New York, une ville alors bien différente, marquée par la culture graffiti et l’émergence du hip-hop. Fils d’une professeure et d’un travailleur social, il se décrit comme un « enfant de la ville », débrouillard et indépendant dès son plus jeune âge. Cette période a été fondatrice, forgeant sa passion pour la musique avec des artistes comme Nas ou A Tribe Called Quest. C’est dans cet environnement qu’il a développé une curiosité et une ouverture qui le guideront plus tard.

Il évoque le concept du « chemin tortueux », une trajectoire de vie guidée par la passion et la curiosité, par opposition au « chemin direct » et conventionnel. C’est cette philosophie qui l’a mené à suivre ses intérêts, même lorsqu’ils ne semblaient pas mener à une carrière évidente.

L’étincelle d’une idée

Après des études à l’université de Tulane, Perry Chen s’installe à la Nouvelle-Orléans, une ville qui devient sa seconde maison. Il se consacre à la musique, en tant que DJ et producteur. C’est là, en 2001, que l’idée de Kickstarter germe. Il souhaite organiser un concert avec les DJs autrichiens Kruder & Dorfmeister, mais le projet est trop coûteux. Frustré par cet obstacle financier, il imagine un système où le public pourrait s’engager à l’avance : si assez de personnes achètent leur billet, le concert a lieu ; sinon, personne n’est débité.

« Pour moi, quelque chose dans ce système tournait pas rond. Et c’est le problème que Kickstarter résout. »

Huit ans de maturation

L’idée est là, mais Perry Chen n’a ni les compétences, ni le réseau, ni les fonds pour la concrétiser. Pendant plusieurs années, le projet reste en veille, mais ne le quitte jamais. « L’idée a grandi en moi, elle n’est jamais partie et petit à petit, elle a pris toute la place », explique-t-il. En 2005, il retourne à New York avec la ferme intention de donner vie à son projet. Il travaille dans un restaurant pour subvenir à ses besoins et consacre ses nuits à développer son concept, à prendre des notes et à rencontrer des gens.

Le chemin est ardu. Il rencontre ses futurs cofondateurs, Charles et Yancy, mais aucun d’eux n’est développeur. La levée de fonds est laborieuse : il leur faudra 20 mois pour réunir 125 000 dollars. La rencontre avec Andy Bale, qui deviendra leur conseiller technique puis leur premier CTO, sera un tournant décisif.

Lancer sans certitudes

Kickstarter est finalement lancé en avril 2009. L’équipe est alors dispersée, chacun travaillant de son côté. Pour Perry Chen, le sentiment dominant n’est pas l’euphorie, mais le soulagement. Après des années de travail dans l’ombre, il peut enfin prouver à ses proches que son projet était bien réel. Le lancement n’est que le début d’une nouvelle aventure : il faut désormais attirer des créateurs de projets et des contributeurs pour faire vivre cette plateforme qui n’est, au départ, qu’une coquille vide.

Le succès n’est pas immédiat, mais le concept trouve rapidement son public. La plateforme permet de financer des projets qui n’auraient jamais pu voir le jour dans les circuits traditionnels, des courts-métrages aux jeux de société, en passant par des albums de musique et des produits innovants.

Une mission avant le profit

Ce qui distingue Kickstarter, c’est sa philosophie. Perry Chen et ses associés n’ont jamais cherché à maximiser les profits à tout prix. L’entreprise est devenue une « société d’intérêt public » (Public Benefit Corporation), un statut qui l’engage légalement à poursuivre sa mission — aider les projets créatifs à prendre vie — avant les intérêts financiers de ses actionnaires. Cette décision ancre les valeurs de ses fondateurs au cœur de l’entreprise : pas de vente de données, pas d’optimisation fiscale agressive.

« Le vrai bénéfice ici, c’est l’impact que l’entreprise a », affirme Perry Chen, qui se dit peu intéressé par l’accumulation de richesses, considérant le temps comme la ressource la plus précieuse.

L’art comme enquête

Après s’être retiré une première fois du poste de PDG pour se consacrer à son art, y être revenu pour aider l’entreprise, puis être reparti, Perry Chen se focalise aujourd’hui sur ses propres créations. Il pratique ce qu’il appelle le « journalisme comme processus artistique ». L’un de ses projets phares est une enquête approfondie sur le bug de l’an 2000 (Y2K). Loin de voir cet événement comme une simple anecdote, il l’analyse comme une étude de cas sur la gestion collective d’une menace existentielle.

À travers ce travail, il explore le concept de « politique de prévention » : comment valoriser les actions qui empêchent une catastrophe de se produire, alors même que leur succès se traduit par le fait que… rien ne se passe. Une réflexion qui, selon lui, est cruciale pour aborder des défis contemporains comme le changement climatique.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Kickstarter
  • Marina Abramović
  • De La Soul
  • Whoopi Goldberg
  • Annie Finch
  • Le film Veronica Mars
  • Le jeu de société Cards Against Humanity
  • Kruder & Dorfmeister (DJs)
  • Run DMC
  • Nas (album Illmatic)
  • Mobb Deep
  • Trip Toad Quest (album Minai Marauders)
  • Gunton Dimson
  • Université de Tulane (Nouvelle-Orléans)
  • Napster
  • eBay
  • MySpace
  • Andy Bale (conseiller technique) et son blog Waxi
  • Charles et Yancy (cofondateurs de Kickstarter)
  • Le bug de l’an 2000 (Y2K)
  • Greg Pouy (animateur du podcast Vlan)
  • Jacques-Antoine Granjeon
  • Fabrice Grinda
  • Gay Raz (animateur du podcast How I Built This)

Au fil de l’épisode

  • La dualité entre l’artiste et l’entrepreneur.
  • La différence entre un « projet » (avec une fin) et un « organisme » (en changement constant).
  • Son enfance à New York dans les années 80 et 90, marquée par la culture hip-hop et graffiti.
  • Ses parents, une professeure et un travailleur social, et l’influence de leurs valeurs.
  • Sa théorie du « chemin tortueux » par opposition au « chemin direct » dans une carrière.
  • Ses études à l’université de Tulane et sa découverte de la Nouvelle-Orléans.
  • Ses débuts dans la musique en tant que DJ et producteur.
  • L’idée de Kickstarter, née en 2001 après l’échec de l’organisation d’un concert de Kruder & Dorfmeister.
  • Le sentiment que l’idée était fondamentalement juste, malgré les obstacles techniques et culturels de l’époque.
  • Les huit années entre l’idée et le lancement : une maturation lente, pendant laquelle il continue de travailler, notamment dans un restaurant.
  • Le retour à New York en 2005, moment où il décide de se consacrer au projet.
  • La peur de perdre son identité d’artiste en arrêtant la musique pour se lancer dans l’entrepreneuriat.
  • La rencontre avec ses cofondateurs, Charles et Yancy, et la difficulté de trouver des compétences techniques.
  • La levée de fonds laborieuse : 125 000 dollars réunis en 20 mois.
  • Le rôle crucial d’Andy Bale, leur premier conseiller technique puis CTO.
  • Le lancement de Kickstarter en 2009, vécu plus comme un soulagement que comme une euphorie.
  • La stratégie pour attirer les premiers projets et les premiers contributeurs (« backers »).
  • Le modèle de Kickstarter : démocratiser le mécénat et permettre à des projets de niche de voir le jour.
  • L’impact économique de la plateforme, avec la création de centaines de milliers d’emplois.
  • La décision de structurer Kickstarter en « société d’intérêt public » (Public Benefit Corporation) pour préserver sa mission.
  • Sa vision de l’argent, du succès et de l’importance du temps.
  • Son départ du poste de CEO, son retour quelques années plus tard, puis son second départ.
  • Ses projets artistiques actuels, notamment son enquête sur le bug de l’an 2000 (Y2K).
  • Sa réflexion sur la « politique de prévention » et les leçons à tirer pour des crises comme le changement climatique.
  • Le conseil qu’il se donnerait à lui-même plus jeune : « Profite ».

FAQ

Qui est Perry Chen ?

Perry Chen est un artiste et entrepreneur américain, principalement connu comme le cofondateur et ancien PDG de Kickstarter. Né et élevé à New York, il a d’abord poursuivi une carrière dans la musique avant de développer l’idée d’une plateforme de financement participatif. Il a lancé Kickstarter en 2009 avec ses associés. Aujourd’hui, il se consacre à ses projets artistiques tout en restant président du conseil d’administration de l’entreprise.

Comment est née l’idée de Kickstarter ?

L’idée de Kickstarter est née d’une frustration personnelle. En 2001, alors qu’il vivait à la Nouvelle-Orléans, Perry Chen a voulu organiser un concert avec les DJs Kruder & Dorfmeister. Faute de pouvoir réunir les fonds nécessaires en amont, le projet a échoué. Il a alors imaginé un système où le public pourrait s’engager à acheter des places à l’avance, et si un seuil était atteint, le concert aurait lieu. C’est ce principe de financement collectif qui est au cœur de Kickstarter.

Qu’est-ce qu’une « société d’intérêt public » (Public Benefit Corporation) ?

Une société d’intérêt public est un statut d’entreprise qui, aux États-Unis, engage légalement la société à poursuivre une mission d’intérêt général en plus de ses objectifs financiers. Pour Kickstarter, cela signifie que sa mission — aider les projets créatifs à prendre vie — prime sur la maximisation du profit pour les actionnaires. Ce statut protège l’entreprise de pressions visant à prendre des décisions contraires à ses valeurs pour des raisons purement financières.

Pourquoi la création de Kickstarter a-t-elle pris huit ans ?

Entre l’idée initiale en 2001 et le lancement en 2009, plusieurs années se sont écoulées car Perry Chen n’avait ni les compétences techniques, ni le réseau, ni les fonds pour concrétiser son projet. Il a d’abord continué sa carrière musicale avant de se consacrer à l’idée. Le processus a été long : il a fallu prendre des notes, faire des brouillons, trouver des cofondateurs, apprendre les bases de la création d’entreprise, et lever des fonds très lentement, tout en travaillant à côté pour vivre.

Quels sont les projets artistiques actuels de Perry Chen ?

Perry Chen se consacre aujourd’hui à des projets artistiques conceptuels qu’il décrit comme du « journalisme comme processus artistique ». L’un de ses projets majeurs est une enquête sur le bug de l’an 2000 (Y2K). À travers des interviews et la constitution d’archives, il explore cet événement pour en tirer des leçons sur la manière dont la société gère les menaces existentielles complexes, comme le changement climatique. Ses travaux sont visibles sur son site perrychenstudio.com.

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