Première entreprise à 15 ans
Maxime Wagner raconte ses débuts précoces dans l’entrepreneuriat, au lycée, alors que son frère Philippe était encore au collège. Ensemble, ils créent un site de jeux en ligne qui atteint rapidement 30 000 utilisateurs. En monétisant leur audience via de la publicité et des numéros surtaxés, ils génèrent jusqu’à 5 000 francs par mois. Cette première expérience, qu’ils revendent pour 100 000 francs, leur apprend beaucoup mais les confronte surtout à la complexité administrative française. « On a appris à coder, pourquoi est-ce que ça a été tellement une galère de créer une boîte ? »
Cette première confrontation avec les lourdeurs juridiques sera la graine de leur future entreprise, Captain Contrat.
Le parcours de l’excellence
Avec deux ans d’avance sur sa scolarité, Maxime Wagner suit une voie classique mais brillante : classe préparatoire, Centrale Lille, puis un passage dans la finance à New York. Cette expérience, bien que prestigieuse, ne le satisfait pas. Il cherche à « construire des choses qui créent de la valeur ». Il reprend alors des études à l’ESSEC pour se spécialiser dans le marketing sportif, une passion, et travaille notamment chez Coca-Cola sur le sponsoring de la NBA et de l’équipe de France de football. Il poursuit ensuite chez Carrefour, mais le constat reste le même : il n’est pas à sa place dans les grandes structures.
« T’as continuellement le côté : va faire une prépa, ça va te laisser les portes ouvertes, va faire une grande école, ça va te laisser les portes ouvertes… Ok, mais quand est-ce que je choisis un truc qui me fait vraiment plaisir ? »
Laisser parler ses tripes
La décision de tout quitter mûrit lentement, jusqu’à un déclic lors d’un entretien d’évaluation chez Carrefour. Il décide de partir pour créer sa boîte. Pour financer son projet, il a besoin des allocations chômage, qu’il considère comme le « premier business angel de France ». Face au refus de l’entreprise pour une rupture conventionnelle, il négocie son départ en menaçant de faire un abandon de poste, une stratégie audacieuse qui finit par payer. Il annonce sa décision sur un coup de tête à sa copine, qui s’inquiète de le voir se lancer avec son frère dans un projet à haut risque.
Pour lui, il est essentiel d’être acteur de son destin : « Il faut tous qu’on soit entrepreneur de notre vie. La vie, elle est juste trop courte pour être moyennement bien. »
La naissance de Captain Contrat
Maxime et son frère Philippe se lancent. Pendant un an, ils testent plusieurs idées avant de revenir à leur intuition initiale : le problème de l’accès au droit pour les petites entreprises. Ils identifient les freins majeurs : la complexité du jargon juridique, le manque de transparence sur les prix des avocats et des processus peu digitalisés. Leur mission devient claire : simplifier le juridique pour permettre aux TPE et PME de se concentrer sur leur cœur de métier. Ils développent une première version de leur service, un simple site web où ils traitent les premières demandes manuellement.
Leur premier client est un start-upper de l’incubateur de l’ESCP, qui leur fait confiance malgré le caractère artisanal de leur solution à l’époque.
Simplifier le droit, sans les avocats ?
Captain Contrat se structure autour de deux axes. D’une part, l’automatisation des démarches à faible valeur ajoutée, comme la création d’une société, proposée à partir de 129 euros. D’autre part, une marketplace qui met en relation les entrepreneurs avec des avocats spécialisés pour des besoins plus complexes, avec des tarifs fixes et transparents. Loin de vouloir remplacer les avocats, Maxime Wagner les voit comme des partenaires. Il leur apporte des clients et des outils pour se concentrer sur leur expertise, le conseil, plutôt que sur des tâches administratives ou commerciales.
Les débuts sont tendus, l’Ordre des avocats qualifiant les nouvelles legal techs de « braconniers du droit ». Mais en adoptant une approche collaborative, Captain Contrat a su prouver sa valeur à la profession.
Une croissance maîtrisée
Pendant deux ans, l’entreprise se développe sans financement extérieur, en réinvestissant les revenus générés par les clients. Ils atteignent une vingtaine de personnes et s’approchent de la rentabilité. C’est seulement à ce moment, avec un plan clair mais sans les fonds pour l’exécuter rapidement, qu’ils décident de lever de l’argent. Le processus est difficile : leur modèle hybride, entre e-commerce et marketplace, déroute les investisseurs en capital-risque. Après de nombreux refus, ils convainquent Geoffroy Bragadir, qui investit avant tout dans l’équipe et le timing du projet.
Maxime Wagner souligne l’importance du timing dans la réussite d’une startup, un facteur souvent plus décisif que le produit ou l’équipe seule.
La culture comme colonne vertébrale
La culture d’entreprise de Captain Contrat repose sur six valeurs clés, dont le dépassement de soi, l’engagement, l’humilité et la transparence. Cette dernière est poussée très loin : tous les employés ont accès à l’ensemble des informations de l’entreprise, y compris l’état des comptes bancaires. Cette ouverture, expliquée chaque mois lors d’une session de questions-réponses, vise à donner du sens et à responsabiliser chacun. En contrepartie, l’exigence est forte et l’entreprise n’hésite pas à se séparer rapidement des personnes qui ne partagent pas ces valeurs.
Cette culture a été définie collectivement, avec l’aide de la société Fly The Nest, alors que l’équipe ne comptait que quinze personnes.
L’organisation d’un entrepreneur
Pour tenir sur la durée, Maxime Wagner a mis en place une organisation personnelle rigoureuse. Il s’impose un vrai break de plusieurs jours toutes les six semaines pour se régénérer. Il dissocie la planification, à laquelle il consacre du temps chaque semaine, de l’exécution. Il se réserve deux heures de travail de fond par jour, qu’il appelle le « build », pendant lesquelles il se coupe de toutes les sollicitations. Il est également un « ayatollah de l’impact » : toute tâche qui n’est pas jugée prioritaire est impitoyablement écartée.
Pour préserver sa vie de couple, il a même instauré un rituel original : une cagnotte où chacun met 10 euros s’il a besoin de travailler une heure de plus le soir.
Pour aller plus loin
- Le profil LinkedIn de Maxime Wagner
- Le site de Captain Contrat
- Fly The Nest, qui a accompagné Captain Contrat sur sa culture d’entreprise
- La page équipe de Captain Contrat
Les références de l’épisode
- Philippe Wagner, frère et cofondateur de Maxime Wagner
- Captain Contrat, la legal tech cofondée par Maxime et Philippe Wagner
- Allopass, service de micropaiement utilisé pour leur premier site
- Google AdSense, la régie publicitaire de Google
- Centrale Lille et l’ESSEC, les écoles de Maxime Wagner
- Coca-Cola et Carrefour, où il a travaillé avant d’entreprendre
- Pôle emploi, qualifié de « premier business angel de France »
- Gilles Babinet, ancien président du Conseil national du numérique
- Jérôme Dumont, entrepreneur et invité d’un précédent épisode
- Fly The Nest, société de conseil en organisation
- Orinvest et Geoffroy Bragadir, investisseurs de Captain Contrat
- Doctrine, une autre entreprise de la legal tech
- Vince Carter, joueur de la NBA
- Joël Dicker et Catherine Painvin, autres invités du podcast mentionnés
- Shopify, Slack, Trello, outils mentionnés
Au fil de l’épisode
- Présentation de Maxime Wagner, 33 ans, cofondateur de Captain Contrat avec son frère Philippe.
- Sa première entreprise au lycée : un site de jeux en ligne avec 30 000 utilisateurs.
- Les débuts de la monétisation avec Allopass et Google AdSense.
- La revente du site pour 100 000 francs (15 000 euros) et la création de leur première SARL.
- La prise de conscience de la complexité de la création d’entreprise en France.
- Son parcours scolaire avec deux ans d’avance et les défis de maturité que cela a posé.
- Ses études à Centrale Lille, puis son expérience dans la finance à New York.
- Sa réorientation vers le marketing sportif via un double diplôme à l’ESSEC.
- Son passage chez Coca-Cola, où il travaille sur le sponsoring de la NBA.
- Son expérience de trois ans chez Carrefour en marketing et achats.
- Le déclic : la prise de conscience qu’il n’est pas épanoui et son besoin de « bâtir ».
- Sa vision de la rémunération : un facteur de démotivation si elle est trop basse, mais pas une source de motivation au-delà d’un certain seuil.
- La décision de quitter Carrefour et la négociation de son départ via la menace d’un abandon de poste pour bénéficier du chômage.
- L’importance d’être « entrepreneur de sa vie » et de ne pas subir une situation professionnelle.
- Les réactions de sa copine et de ses parents face à son projet de s’associer avec son frère.
- Le processus d’un an pour trouver et valider l’idée de Captain Contrat.
- Le problème que Captain Contrat résout : l’inaccessibilité du droit pour les TPE-PME.
- Le modèle économique : automatisation des démarches simples et marketplace d’avocats pour les cas complexes.
- Les débuts de la société, avec un service traité manuellement derrière une page web.
- La relation avec la profession d’avocat, d’abord conflictuelle (« les braconniers du droit ») puis partenariale.
- La croissance de l’entreprise en autofinancement pendant deux ans.
- La première levée de fonds et la difficulté à expliquer leur modèle hybride aux investisseurs.
- L’importance du timing dans le succès d’une startup.
- La culture d’entreprise, construite autour de six valeurs fondamentales.
- La transparence radicale : tous les salariés ont accès à toutes les informations, y compris financières.
- La répartition des rôles avec son frère Philippe, lui tourné vers l’externe, Maxime vers l’interne.
- Son organisation personnelle pour allier performance et équilibre de vie.
- Ses rituels : un break de 3-4 jours toutes les 6 semaines et 2h de travail de fond par jour.
- La dissociation entre la planification et l’exécution dans sa gestion du temps.
- Le rituel de la « cagnotte » pour limiter le travail le soir et préserver sa vie de couple.
- Les ambitions de Captain Contrat : devenir leader du marché en France et se développer en Europe.
FAQ
Qui est Maxime Wagner ?
Maxime Wagner est un entrepreneur français, cofondateur de la legal tech Captain Contrat avec son frère Philippe. Diplômé de Centrale Lille et de l’ESSEC, il a travaillé dans la finance à New York et dans de grands groupes comme Carrefour avant de se lancer dans l’entrepreneuriat. Il se définit comme un « bâtisseur » passionné par la création de produits qui apportent de la valeur à leurs utilisateurs.
Qu’est-ce que Captain Contrat ?
Captain Contrat est une plateforme en ligne qui vise à simplifier et à rendre accessible le juridique pour les TPE et PME. Elle propose des services automatisés pour les démarches standards comme la création d’entreprise, ainsi qu’une mise en relation avec un réseau d’avocats spécialisés pour des besoins plus complexes (rédaction de contrats, conseil). L’objectif est de faire gagner du temps et de l’argent aux entrepreneurs en offrant des prestations à des tarifs transparents et forfaitaires.
Pourquoi Maxime Wagner a-t-il créé Captain Contrat ?
L’idée de Captain Contrat est née de sa propre expérience. À 15 ans, en créant sa première société avec son frère, il a été confronté à la complexité et au coût des démarches juridiques en France. Il a réalisé que ce problème était un frein majeur pour de nombreux entrepreneurs. Il a donc décidé de créer une solution pour simplifier radicalement l’accès au droit et permettre aux créateurs d’entreprise de se concentrer sur le développement de leur activité.
Comment Maxime Wagner a-t-il quitté son ancien travail pour entreprendre ?
Insatisfait de son poste chez Carrefour, Maxime Wagner a décidé de créer les conditions de son départ pour pouvoir lancer son projet. Face au refus de l’entreprise de lui accorder une rupture conventionnelle, il a utilisé l’abandon de poste comme levier de négociation. Cette stratégie lui a permis d’obtenir son licenciement et ainsi de bénéficier des allocations de Pôle emploi, qu’il considère comme un soutien essentiel pour démarrer une entreprise sans revenus.
Quelle est la culture d’entreprise chez Captain Contrat ?
La culture de Captain Contrat repose sur des valeurs fortes comme l’engagement, l’humilité et le dépassement de soi. Une de ses caractéristiques les plus marquantes est la transparence radicale : tous les employés ont accès à l’ensemble des informations de l’entreprise, y compris les données financières. Cette culture vise à responsabiliser les équipes, à favoriser l’autonomie et à donner du sens au travail de chacun.
