De la plaidoirie au prétoire
Avant de co-fonder Le Wagon, Romain Paillard a eu une première vie professionnelle comme avocat. Après des études de droit à la Sorbonne et un master en droit des affaires, il passe le barreau et débute dans un grand cabinet anglo-saxon. Il y découvre un rythme de travail effréné et un sentiment d’être un simple salarié, loin de l’idéal de la profession libérale. Rapidement, il bifurque vers le contentieux pénal, un domaine qu’il juge plus vivant. Il se lance alors à son compte, enchaînant les gardes à vue et les comparutions immédiates, souvent en commission d’office. Une période intense et financièrement précaire, mais extrêmement formatrice. « Quand tu vas plaider dans un tribunal, l’enjeu, c’est quand même une peine de prison. Tu ne peux pas t’offrir le luxe d’être nombriliste avec ton angoisse », explique-t-il.
Cette expérience lui apprend à gérer la pression et à mettre de côté son stress personnel pour se concentrer sur l’essentiel : la défense de son client.
Premiers pas dans la tech
En parallèle de sa carrière d’avocat, Romain Paillard se lance dans un premier projet entrepreneurial : Muppies, un réseau social destiné à mettre en relation des musiciens pour organiser des bœufs. Bien que le site ait attiré 100 000 inscrits, l’aventure se solde par un échec. Le principal problème : un taux de rétention nul et un modèle économique inexistant. « On était vraiment sur un marché absolument pas monétisable », analyse-t-il avec le recul. Cet échec s’avère pourtant riche d’enseignements. Il lui apprend à travailler en équipe sur un projet web et à collaborer avec un directeur technique (CTO).
C’est durant cette période qu’il ressent une frustration grandissante : être le seul, au milieu de ses amis ingénieurs, à ne pas comprendre les discussions techniques. « J’étais entouré d’ingés et c’était frustrant pour moi d’être le seul dans la pièce à ne pas comprendre de quoi ils parlaient. »
L’étincelle du Wagon
Le déclic survient lorsqu’un de ses amis part à San Francisco suivre une formation de neuf semaines dans le premier bootcamp de programmation, Dev Bootcamp. À son retour, il est embauché comme développeur dans la Silicon Valley. Pour Romain et son frère Boris, ingénieur de formation, c’est une révélation. Ils décident de transposer ce modèle en France. Le pari est risqué : proposer une formation payante, intensive et non diplômante dans un pays où l’éducation est majoritairement gratuite et le diplôme, une institution. Ils commencent par tester l’appétence du public avec des ateliers de code, d’abord gratuits puis payants, avant de lancer la première session du Wagon en janvier 2014.
Avec son frère et Sébastien Saunier, un ancien de Google qui les rejoint comme CTO, ils accueillent une première promotion de quinze élèves dans les locaux de l’accélérateur Numa.
Construire une pédagogie et une communauté
La première promotion est un véritable laboratoire. L’équipe passe neuf semaines aux côtés des élèves pour comprendre leurs réactions, leurs frustrations et leurs moments de satisfaction. Cette culture du feedback devient l’un des piliers du Wagon. Après chaque session, les élèves sont invités à noter leur expérience via un Net Promoter Score (NPS), un indicateur clé pour mesurer la satisfaction et la probabilité de recommandation. « Le graal, c’est le bouche-à-oreille », affirme Romain Paillard. Un mois de pause est instauré entre chaque promotion pour améliorer continuellement le contenu pédagogique et les outils mis à la disposition des élèves.
En parallèle, Le Wagon développe une forte communauté d’anciens élèves, les « alumni », qui échangent et s’entraident sur un groupe Slack dédié, devenu un réseau international et solidaire.
L’expansion internationale
Forts du succès de leur modèle à Paris, les fondateurs décident de l’exporter. Un an après le lancement, en 2015, Le Wagon ouvre ses premiers campus hors de la capitale, à Bruxelles et Bordeaux. La clé de cette expansion rapide repose sur un contrôle strict de la qualité. Le contenu des cours, les outils pédagogiques et le suivi de la satisfaction sont centralisés pour garantir une expérience homogène, quel que soit le lieu. Le développement se fait via un modèle mixte, combinant des campus en propre et des licences accordées à des entrepreneurs locaux, souvent d’anciens élèves qui connaissent parfaitement le produit.
Aujourd’hui, Le Wagon compte 32 campus à travers le monde, de Rio à Tokyo, formant une communauté internationale soudée.
Plus qu’une compétence, un état d’esprit
Pour Romain Paillard, apprendre à coder va bien au-delà de l’acquisition d’une simple compétence technique. C’est une manière de penser, d’optimiser, et de comprendre les rouages d’un monde de plus en plus numérique. « Internet, c’est un peu la voiture du 21e siècle », compare-t-il. Savoir coder, c’est passer d’un statut d’utilisateur passif à celui d’acteur capable de créer ses propres outils. Le programme intensif de neuf semaines permet aux élèves de devenir autonomes en développement web, capables de construire une application complexe comme un clone d’Airbnb.
Le Wagon attire des profils très variés, des avocats aux journalistes en passant par des professionnels du marketing, créant des profils hybrides très recherchés sur le marché du travail.
Changer de vie
Ce qui rend Romain Paillard le plus fier, c’est l’impact du Wagon sur le parcours de ses élèves. Il évoque de nombreuses histoires de reconversion réussie, comme cette professeure de français devenue développeuse chez Algolia, ou les fondateurs de la startup Scalo qui ont levé 6 millions d’euros. Au-delà des succès professionnels, il insiste sur la transformation personnelle. « Je vois les gens qui passent au Wagon, il y en a vraiment qui changent de vie. C’est des sujets de chemin de vie et de reprendre confiance en soi. » Pour lui, voir des personnes arriver timides et repartir plus sûres d’elles, physiquement plus droites, est une immense satisfaction.
Il considère que donner aux gens un outil aussi puissant que le code leur permet de débloquer leur potentiel et de reprendre le contrôle de leur trajectoire.
La discipline de l’entrepreneur
Le quotidien d’entrepreneur de Romain Paillard est fait d’imprévus et de résolution de problèmes. Pour garder le cap, il s’impose une hygiène de vie numérique stricte. Sa règle d’or : aucune notification sur son téléphone. Ni mails, ni SMS, ni messages sur les réseaux sociaux. « Je ne veux pas être pluggé à mon téléphone. Je veux que mon téléphone me dise : voilà, t’as reçu ce message-là, regarde-le. Ça, c’est mort. » Il consulte les informations quand il le décide, et non quand l’appareil le lui impose. Il applique également des règles avec ses associés pour préserver les soirées et les week-ends.
Son organisation repose sur deux outils : son calendrier, où tout doit être noté pour exister, et sa boîte mail, qu’il gère en mode « inbox zéro » pour en faire sa liste de tâches unique.
Romain Paillard nous recommande…
- « Lean Startup » — Eric Reiss, un livre qu’il a trouvé malin et bien pensé à l’époque de sa sortie.
Pour aller plus loin
- Le site officiel du Wagon
- Spark, l’application de messagerie et de calendrier recommandée par Romain Paillard.
- Suivre Romain Paillard sur LinkedIn, Facebook ou Instagram.
Les références de l’épisode
- Personnes : Boris Paillard, Sébastien Saunier, Arnaud Montebourg, Eric Reiss, Jason Fried, David Abiker, Fabrice Grinda, Catherine Painvin, Marc Simoncini.
- Entreprises et organisations : Le Wagon, Cosa Vostra, Shopify, Sorbonne, Numa, The Family, Google, HSBC, Uber, Instacart, Basecamp, Algolia, Doctolib, Captain Contrat, Vuitton, Hermès.
- Outils et technologies : Muppies, CitizenSide, Call Lawyer, Spark, Slack, Ruby on Rails, Python, WeChat, WordPress, Calendly.
- Institutions et événements : Concours de la Conférence, Dev Bootcamp.
- Œuvres : « Lean Startup ».
Au fil de l’épisode
- Présentation de Romain Paillard et du concept du Wagon : un bootcamp pour apprendre à coder en neuf semaines.
- Son parcours initial : des études de droit à la Sorbonne, une spécialisation en droit des affaires puis une bifurcation vers le droit pénal.
- La réalité du métier de jeune avocat : des horaires à rallonge et des difficultés financières.
- Son expérience au Concours de la Conférence, une compétition d’éloquence.
- Les leçons tirées de sa carrière d’avocat : la gestion du stress et l’importance de ne pas être « nombriliste ».
- Sa première aventure entrepreneuriale avec Muppies, un réseau social pour musiciens.
- L’échec de Muppies et les enseignements sur la rétention et le modèle économique.
- La frustration de ne pas comprendre le langage technique de ses amis ingénieurs.
- Le déclic : la réussite d’un ami après avoir suivi un bootcamp de code à San Francisco.
- La naissance de l’idée du Wagon avec son frère Boris.
- Les défis du lancement en France : un modèle payant et non diplômant.
- La phase de test avec des ateliers progressifs pour valider l’intérêt du public.
- Le lancement de la première promotion de 15 élèves à Numa en janvier 2014.
- La période de transition où il jonglait entre les gardes à vue la nuit et le développement du Wagon le jour.
- L’arrivée de Sébastien Saunier, ancien de Google, en tant que CTO.
- Le moment où il a définitivement quitté la profession d’avocat.
- La gestion des doutes et des critiques de son entourage au début du projet.
- L’importance de la sécurité financière pour un entrepreneur.
- La philosophie derrière Le Wagon : créer un produit qui répond à un vrai besoin, pour lequel les gens sont prêts à payer.
- La culture du feedback et l’utilisation du Net Promoter Score (NPS) pour améliorer le programme.
- La stratégie d’expansion internationale : un modèle mixte entre filiales et licences.
- L’ouverture des premiers campus à Bruxelles et Bordeaux un an après le lancement.
- La vision du code comme un outil de pensée et d’autonomie dans le monde numérique.
- Le déroulé de la formation : du setup des outils à la création d’un clone d’Airbnb.
- Le coût de la formation (6900 €) et les possibilités de financement.
- Le processus de sélection des candidats, avec environ une personne sur trois acceptée.
- Son rôle actuel au sein du Wagon : la stratégie et le développement de nouveaux projets.
- Le futur du Wagon : la formation en entreprise, l’exploration de nouveaux domaines et de nouvelles zones géographiques.
- L’impact humain du Wagon : des histoires de reconversion et de reprise de confiance en soi.
- Ses rituels et son organisation : lecture quotidienne, cuisine et une règle stricte de zéro notification sur son téléphone.
- Sa gestion des e-mails en mode « inbox zéro » pour en faire sa to-do list.
FAQ
Qui est Romain Paillard ?
Romain Paillard est le co-fondateur de l’école de code Le Wagon. Avant de se lancer dans l’entrepreneuriat, il a exercé pendant plusieurs années comme avocat, d’abord en droit des affaires puis en droit pénal. C’est sa frustration de ne pas comprendre la technologie et l’inspiration d’un modèle de formation américain qui l’ont poussé à créer Le Wagon avec son frère Boris Paillard et Sébastien Saunier.
Qu’est-ce que Le Wagon ?
Le Wagon est un bootcamp de programmation qui propose une formation intensive de neuf semaines pour apprendre le développement web. L’objectif est de rendre les élèves autonomes pour qu’ils puissent devenir développeur, product manager, freelance ou monter leur propre startup. Fondée à Paris en 2014, l’école est aujourd’hui présente dans 32 campus à travers le monde et rassemble une communauté de plus de 4400 anciens élèves.
Peut-on vraiment apprendre à coder en 9 semaines ?
Oui, le programme du Wagon est conçu pour être une immersion totale et intensive. En se concentrant sur les compétences pratiques du développement web, la formation permet aux élèves, même débutants, de pouvoir coder une application web fonctionnelle, comme un clone d’Airbnb, à la fin du cursus. L’accent est mis sur l’apprentissage par la pratique, les bonnes habitudes de code et la capacité à continuer d’apprendre par soi-même après la formation.
Pourquoi un avocat a-t-il créé une école de code ?
Romain Paillard a eu l’idée de créer Le Wagon par frustration personnelle. Alors qu’il travaillait sur des projets web en parallèle de son métier d’avocat, il était entouré d’ingénieurs et ne comprenait pas leurs discussions techniques. Le déclic final est venu d’un ami qui, après un bootcamp de code de 9 semaines à San Francisco, a été embauché comme développeur dans la Silicon Valley. Il a alors décidé d’importer ce modèle en France.
Comment Le Wagon sélectionne-t-il ses élèves ?
L’admission au Wagon se fait sur candidature. Le processus de sélection vise à identifier des personnes motivées, curieuses et prêtes à s’investir pleinement dans un programme très exigeant. Il n’y a pas de prérequis technique, mais la capacité à résoudre des problèmes et la motivation pour changer de carrière ou acquérir de nouvelles compétences sont des critères importants. Environ un candidat sur trois est accepté dans le programme.
