De Leningrad à la programmation
Né à Leningrad dans une URSS finissante, Maxime Topolov arrive en France à l’âge de 13 ans sans connaître un mot de la langue. Ses parents, artistes peintres, s’installent à Paris pour vivre de leur passion. Pour le jeune Maxime, l’adaptation est un défi : il rattrape trois années de cursus scolaire en une seule. Introverti, il trouve refuge dans l’informatique et se lie d’amitié avec un camarade, Ous. Ensemble, à 16 ans, ils se lancent dans la création d’un jeu vidéo, Firecrow, avec l’ambition de surpasser la référence de l’époque, R-Type. Ils apprennent tout par eux-mêmes, du code à la 3D.
Après un an de travail, ils vendent leur jeu 100 000 francs à un éditeur qui en tirera deux millions. Une première expérience du business, douce-amère, mais qui confirme sa passion pour la création digitale. « Quand tu vois le résultat fini de ce que tu as réalisé, c’est jouissif. C’est la fierté de réussir à créer quelque chose avec ses propres mains. »
Les premières armes dans le digital
Après le bac, Maxime Topolov poursuit des études de physique à l’université, sans grande conviction, tout en continuant à travailler en parallèle. Il enchaîne les expériences : création de personnages 3D, développement d’un moteur 3D, et même une mission pour l’Élysée. Il tente ensuite de monter une première société de sous-traitance de développement en Russie, ETexis, mais l’aventure échoue faute de réseau et d’expérience commerciale. Il repart alors au bas de l’échelle comme développeur chez Haiku, où il travaille sur les portails WAP, l’ancêtre de l’internet mobile, notamment pour le site de Playboy.
En 2007, il rejoint Streamwide, une entreprise de télécoms. Il y apprend à gérer des produits complexes, comme un système de cartes prépayées pour le deuxième opérateur marocain, un projet qu’il mène de A à Z sans aucune connaissance préalable du secteur. C’est aussi à cette période qu’il refuse une offre pour rejoindre une petite startup qui deviendra Criteo, une occasion manquée qu’il raconte avec humour.
Le pivot vers Drupal
Le véritable tournant de sa carrière a lieu lorsqu’il s’associe avec Yann Peyron sur un projet nommé MyVideoPlanet. L’idée est de créer un site de réservation d’hôtels basé sur des vidéos. Pour développer la plateforme, Maxime choisit un peu par hasard le CMS Drupal. Le projet se heurte rapidement à la réalité du marché : le coût d’acquisition de trafic est exorbitant et, contre toute attente, la vidéo fait chuter les conversions en révélant la taille réelle des chambres. L’échec est cuisant.
Alors qu’ils sont en fin de droits, Yann a une idée : utiliser leur expertise Drupal, encore rare sur le marché. Ils renomment leur site EDrupal et contactent des agences de publicité pour leur proposer leurs services en sous-traitance. Le succès est immédiat. En moins de deux heures, ils décrochent trois rendez-vous qui se transforment en projets. Ils ont trouvé leur créneau.
ADYAX, la naissance d’une agence
Pour répondre à la demande, Maxime Topolov réactive son idée de faire développer en Europe de l’Est. Après une première mauvaise expérience en Russie, il trouve en Ukraine une équipe de trois développeurs freelances extrêmement talentueux et fiables, qui deviendront dix ans plus tard les directeurs associés d’ADYAX. Le modèle est simple : un front-office à Paris pour la gestion de projet et la relation client, et un back-office en Ukraine pour le développement. Ils offrent un service de qualité, fiable et compétitif.
Leur nom, EDrupal, attire l’attention de Driss, le fondateur belge de Drupal, qui leur demande de changer de nom, la marque étant déposée. Sur le conseil d’un ami, ils optent pour ADYAX (Advertisement, Yann, Maxime). La machine est lancée. La première année, ils réalisent 500 000 euros de chiffre d’affaires, avec une rentabilité exceptionnelle.
De l’exécution à la stratégie
Pendant plusieurs années, ADYAX prospère en tant que sous-traitant pour les grandes agences parisiennes. Mais en 2011, Maxime et Yann sentent le besoin de travailler en direct avec les clients finaux pour capter plus de valeur et de croissance. Ce virage stratégique est difficile : il faut apprendre un nouveau métier, celui de la vente, de la réponse aux appels d’offres et de la relation client en direct. L’année de transition se fait sans croissance, mais le pari est gagnant.
Rapidement, un nouveau plafond de verre apparaît. En tant que purs techniciens, ils ne sont pas consultés sur les phases amont de conception, de design et de stratégie. Ils décident alors d’opérer un second virage majeur en intégrant des compétences en UX et en création. Le recrutement est complexe, mais ils finissent par monter un studio créatif performant, capable de rivaliser avec de grandes agences et de remporter des compétitions sur la seule base du design.
L’hypercroissance et la vente
ADYAX connaît une croissance annuelle de 30 %, passant de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2011 à 13 millions en 2017, et atteignant 350 employés. Maxime Topolov, devenu le principal commercial, cultive une approche décomplexée, n’hésitant pas à se présenter en Crocs chez des clients comme Dior. Cette transparence et cette absence de faux-semblants deviennent une marque de fabrique. L’entreprise se structure, ouvrant une douzaine de bureaux en Ukraine pour attirer les meilleurs talents.
Après dix ans d’aventure, sentant les limites de la croissance organique et le besoin de sécuriser leur patrimoine, les associés décident de vendre. C’est leur principal concurrent, Smile, leader de l’open source en Europe, qui rachète ADYAX. Pour Maxime Topolov, c’est le début d’un nouveau défi : intégrer un groupe de 1700 personnes et contribuer à en faire un champion européen du digital.
Pour aller plus loin
- Haiku
- Streamwide
- Criteo
- ADYAX
- Smile
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Les références de l’épisode
- Personnes : Yann Peyron, Jean-Baptiste Rudelle, Driss, Axel Dreyfus, Marc Palazon.
- Entreprises et organisations : Dior, ADYAX, Carapace, ETexis, Cyberact, Haiku, Streamwide, Wana, Criteo, MyVideoPlanet, Publicis, TBWA, Business Lab, Smile, Gazprom, Carrefour, SFR, Orange, L’Oréal, Colgate.
- Marques et œuvres : Crocs, R-Type, FireCrow, Drupal, Joomla, WordPress, PrestaShop, Shopify, Magento, iPhone, .NET, PHP, Google Cloud Platform, AWS, Azure.
- Lieux : Leningrad (Saint-Pétersbourg), Drouault, Kiev, Jitomir.
- Médias : Rue 89, Télérama, Courrier International, Le Figaro, France Télévisions.
- Marques de luxe : Veuve Clicquot, Van Cleef & Arpels, Sephora.
Au fil de l’épisode
- Sa naissance à Leningrad, en URSS, et son arrivée en France à 13 ans sans parler la langue.
- Son adaptation scolaire express, où il boucle trois années en une.
- La création de son premier jeu vidéo, Firecrow, à 16 ans en autodidacte.
- La vente du jeu et le sentiment de s’être fait avoir, une première leçon de business.
- Ses études de physique et ses premiers jobs dans la 3D en parallèle.
- Sa première tentative de création d’entreprise, ETexis, qui se solde par un échec.
- Son expérience chez Haiku sur les portails WAP, l’ancêtre de l’internet mobile.
- Son passage dans les télécoms chez Streamwide et la création d’un système de cartes prépayées pour un opérateur marocain.
- L’anecdote sur l’offre d’emploi qu’il a refusée pour une startup qui allait devenir Criteo.
- Le lancement de MyVideoPlanet avec son futur associé, Yann Peyron.
- Le choix presque hasardeux de la technologie Drupal pour développer le site.
- L’échec du projet et le pivot salvateur vers une agence de services spécialisée sur Drupal.
- Les premiers contrats obtenus en quelques heures auprès de grandes agences.
- La constitution de l’équipe de développeurs en Ukraine.
- Le changement de nom forcé par le fondateur de Drupal, qui donne naissance à ADYAX.
- Le modèle de croissance basé sur la sous-traitance pour les agences.
- Le premier virage stratégique : s’adresser directement aux clients finaux.
- Le second virage : l’intégration des métiers de l’UX et du design.
- Son style de vente décomplexé, symbolisé par ses Crocs portées en rendez-vous chez Dior.
- La structuration de l’entreprise pour gérer l’hypercroissance et ses 350 salariés.
- La crise de rentabilité de 2015 et la mise en place d’outils de pilotage.
- Les raisons qui l’ont poussé à vendre ADYAX à son concurrent Smile.
- Son nouveau rôle au sein du groupe Smile et ses ambitions.
- Sa vision de l’argent et sa passion pour la cuisine.
- Le conseil qu’il donnerait à son lui de 13 ans : ne pas avoir peur et ne pas se sous-estimer.
FAQ
Qui est Maxime Topolov ?
Maxime Topolov est un entrepreneur franco-russe, cofondateur de l’agence digitale ADYAX. Arrivé en France à l’adolescence, il s’est formé en autodidacte au développement informatique. Il a transformé ADYAX, initialement une petite structure de sous-traitance, en un leader de la technologie Drupal comptant 350 employés et réalisant 13 millions d’euros de chiffre d’affaires. En 2018, il a vendu son entreprise à son principal concurrent, le groupe Smile, qu’il a depuis rejoint.
Qu’est-ce qu’ADYAX ?
ADYAX était une agence digitale cofondée par Maxime Topolov et Yann Peyron. Spécialisée à ses débuts dans le développement de sites sous le CMS Drupal, elle a d’abord travaillé en sous-traitance pour de grandes agences de communication. L’entreprise a ensuite évolué pour devenir une agence de services complets, intégrant la stratégie, l’UX et le design, et travaillant en direct avec de grands comptes des secteurs des médias et du luxe. Elle a été rachetée par le groupe Smile en 2018.
Pourquoi Maxime Topolov a-t-il vendu ADYAX à Smile ?
La vente d’ADYAX à Smile a été motivée par plusieurs facteurs. Après dix ans d’activité, les fondateurs souhaitaient sécuriser leur patrimoine personnel. Sur le plan stratégique, ils sentaient qu’ADYAX était devenue trop grande pour des petits projets mais pas assez pour les très gros appels d’offres, qui nécessitaient une palette de services et de technologies plus large. Le rapprochement avec Smile, leur principal concurrent avec qui le courant passait bien, est apparu comme une solution logique pour continuer à grandir.
Quel a été le premier succès de Maxime Topolov ?
À l’âge de 16 ans, Maxime Topolov a créé avec un ami son premier jeu vidéo, nommé Firecrow. En partant de zéro, ils ont appris seuls la programmation et la modélisation 3D pour développer leur projet. Ils ont réussi à le vendre à un éditeur pour 100 000 francs. Même s’ils ont eu le sentiment de s’être fait avoir financièrement, ce projet a été une expérience fondatrice qui a lancé sa carrière dans le digital et a nourri sa passion pour la création.
Comment ADYAX a-t-elle commencé ?
ADYAX est née d’un échec. Le projet initial de Maxime Topolov et Yann Peyron, un site de réservation d’hôtels par la vidéo, n’a pas fonctionné. Se retrouvant sans revenus mais avec une expertise sur le CMS Drupal, ils ont eu l’idée de proposer leurs services en sous-traitance à des agences de publicité. La demande pour cette technologie était si forte qu’ils ont immédiatement signé plusieurs projets. Ce pivot a marqué le véritable début de leur aventure entrepreneuriale.
