Se dire photographe, enfin
Yegan Mazandarani n’était « pas spécialement destiné à la photographie ». Franco-iranien, passé par une école de commerce puis un master de négociation internationale, il vient d’abord à l’image par la mode, puis par la musique, où il photographie les artistes qu’il manage. La photo s’installe ensuite au fil des voyages — le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, l’Iran, le Baloutchistan — et le pousse « naturellement » vers l’argentique. Pourtant, il confie mettre du temps à assumer le mot : « je me dis photographe depuis assez peu de temps, depuis peut être deux ou trois ans », alors qu’il pratique depuis une dizaine d’années. Une question de légitimité, dit-il, face aux grands photographes qu’il admire.
Sa vie déborde du cadre : il partage son temps entre l’Iran, l’Allemagne et Paris, enseigne la mode à Téhéran et monte un festival de cinéma iranien au Château de Chantilly. « Je deviens assez rapidement fou si je reste trop longtemps dans un même endroit », reconnaît-il.
Parias, le Donbass à hauteur d’homme
Le cœur de l’épisode, c’est Parias, son premier livre autoédité sur la guerre du Donbass. Le projet naît « sur un coup de tête » : c’est le photographe William Keo, ami et membre de son agence, qui l’entraîne sur ce terrain difficile. De retour, il se découvre une responsabilité envers les habitants photographiés, « des vraies personnes » dont il refuse de trahir la confiance. Il raconte avoir choisi l’autoédition par besoin d’indépendance, après des années de travail collectif : « je n’ai envie de compter sur personne et je vais tout faire tout seul ». Le livre décroche le Prix HiP 2020 dans la catégorie autoédition, une reconnaissance qu’il relativise mais qui facilite ses contacts avec éditeurs et galeries. Il assume aussi « une sensibilité pour le reportage et probablement pour le reportage documentaire avec beaucoup de fond ».
La fabrication l’enthousiasme autant que le terrain. Tout est artisanal : scans interminables, retouche poussière par poussière, semaines de tirage en chambre noire avec son tireur, puis l’impression chez Escourbiac, où le courant passe aussitôt avec l’interlocuteur John — « ça a été le coup de foudre immédiat ». Sur ses conseils, il resserre l’ouvrage : « J’avais au départ 250 pages et j’ai condensé pour en faire 178 », et choisit un papier ivoire pour réchauffer ses noirs très denses.
Pour aller plus loin
- Le site officiel de Yegan Mazandarani
- Yegan Mazandarani sur Instagram
- La fabrication de Parias, présentée par l’imprimeur Escourbiac
- Parias, lauréat du Prix HiP 2020 (catégorie autoédition)
Les références de l’épisode
- William Keo, photographe, auteur de la préface de Parias et présent avec Yegan Mazandarani dans le Donbass
- Le Prix HiP – Histoires Photographiques, qui a distingué Parias en 2020
- Escourbiac, l’imprimeur du livre
- Le Kodak Brownie, appareil photo ancien dont il a hérité
- Le papier Arctic Volume Ivoire, retenu pour l’impression
Au fil de l’épisode
- 00:00:15 — Présentation de Yegan Mazandarani et de son livre argentique Parias, dans une tour de La Défense.
- 00:02:17 — Le sujet du livre : la guerre du Donbass.
- 00:02:40 — Se dire « photographe », une question de légitimité après dix ans de pratique.
- 00:04:25 — Une vie entre l’Iran, l’Allemagne et Paris ; l’école de commerce et le master de négociation internationale.
- 00:07:44 — Pourquoi La Défense : financer ses projets ; un festival de cinéma iranien au Château de Chantilly.
- 00:09:35 — Le projet « Solitude », dans le désert iranien.
- 00:10:04 — Un spot de surf féminin au Baloutchistan.
- 00:11:11 — Une sensibilité pour le reportage documentaire.
- 00:14:32 — Argentique ou numérique : le choix du moyen format.
- 00:16:32 — Faire passer les pellicules en contrebande dans le Donbass.
- 00:19:21 — La genèse du projet et la rencontre avec William Keo.
- 00:25:24 — Le choix de l’autoédition.
- 00:27:57 — Les prix et « l’avant/après » d’un livre.
- 00:29:43 — Scan, retouche, tirage : la fabrication pas à pas.
- 00:33:56 — L’impression avec John, chez Escourbiac.
- 00:36:00 — Réduire le livre de 250 à 178 pages.
- 00:39:38 — Le choix d’un papier ivoire pour réchauffer les images.
- 00:41:32 — Un mot de conclusion : « je souhaite longue vie à Miwa ».
FAQ
Qui est Yegan Mazandarani ?
Yegan Mazandarani est un photographe et éditeur franco-iranien. Venu à l’image par la mode et la musique, après une école de commerce et un master de négociation internationale, il partage sa vie entre l’Iran, l’Allemagne et Paris. Il travaille surtout à l’argentique et se dit attiré par le reportage documentaire de fond.
De quoi parle le livre Parias ?
Parias est le premier livre autoédité de Yegan Mazandarani. Réalisé entièrement à l’argentique, en noir et blanc, il documente la guerre du Donbass et donne la parole à ses habitants. L’ouvrage mêle photographies et notes tirées des carnets de terrain que le photographe tient pendant ses reportages.
Le livre Parias a-t-il reçu un prix ?
Oui. Parias a été distingué en 2020 par le Prix HiP – Histoires Photographiques, dans la catégorie autoédition. Dans l’épisode, Yegan Mazandarani relativise l’effet immédiat de cette reconnaissance, mais estime qu’elle constitue une bonne carte de visite pour approcher plus facilement éditeurs et galeries par la suite.
Pourquoi Yegan Mazandarani travaille-t-il à l’argentique ?
Il privilégie l’argentique, essentiellement au moyen format, par goût du geste et de la matière. Il explique aimer le processus long — développement, scan, tirage traditionnel en chambre noire — et la possibilité de tout tenir en main, de choisir son papier et son encadrement, loin d’un travail entièrement mené sur ordinateur.
Pourquoi avoir choisi l’autoédition pour Parias ?
Après plusieurs années de travail en collectif et en agence dont il a souffert, Yegan Mazandarani voulait, en rentrant du Donbass, ne dépendre de personne et tout maîtriser lui-même, de la conception à l’édition. Il s’est entouré de proches et d’artisans de confiance plutôt que de démarcher des éditeurs qu’il ne connaissait pas.
Où voir le travail de Yegan Mazandarani ?
Le travail de Yegan Mazandarani est visible sur son site officiel, yegan-mazandarani.com, et sur son compte Instagram @yeganmazandarani. La fabrication du livre Parias est par ailleurs présentée sur le site de son imprimeur, Escourbiac, et sa distinction est détaillée sur le site du Prix HiP.
