Wave Storia se consulte en mode portrait sur téléphone.
Merci de retourner votre appareil.

Proposer un podcast Produire mon podcast
Wave Storia

François Claerhout, du Mali au Yémen par le livre

Voyageur, grand lecteur et photographe amateur, François Claerhout enseigne à Niamey mais garde en mémoire vingt années passées à sillonner le Mali, le Yémen et l'Éthiopie. Dans cet épisode, il raconte comment il a été adopté par un village dogon, pourquoi il se juge « photographe médiocre » tout en admirant Salgado, et de quelle manière ses voyages sont devenus des livres. Un échange sur l'auto-édition solidaire, la rencontre avec un éditeur bordelais et ces terres magnifiques que la guerre a refermées, à écouter comme on part au bout du monde.

François Claerhout, voyageur-photographe du pays dogon au Yémen

Des terres qui se sont refermées

François Claerhout enseigne au lycée français de Niamey, mais c’est en voyageur et en photographe amateur qu’il se livre au micro de Photo Storia, rejoint pour l’occasion dans un hôtel de Miami. Pendant une vingtaine d’années, souvent comme guide pour Nouvelles Frontières, il a parcouru le Mali, le Yémen, l’Éthiopie, la Syrie et la Jordanie — autant de pays aujourd’hui fermés ou en guerre. Il raconte avoir été « adopté » dans le village dogon de Sango, près de Bandiagara, où il passait des nuits entières à recueillir les légendes des anciens et à photographier fêtes de masques et cérémonies animistes. Ces lieux, dit-il, sont devenus inaccessibles : « Il y a plus un blanc, il y a plus aucun touriste. »

Devant certains villages dogon au lever du jour, se souvient-il, « onze personnes sur quatorze se mettaient à pleurer tellement c’était beau ».

« Un photographe assez médiocre »

François Claerhout se présente sans détour comme quelqu’un qui « avoue être un photographe assez médiocre », plus à l’aise, dit-il, avec le stylo qu’avec l’appareil. Grand lecteur d’écrivains voyageurs — Joseph Kessel, Henry de Monfreid, André Malraux, Arthur Rimbaud —, il explique mettre « plus d’intensité dans le voyage, dans la rencontre » que dans l’image, et préférer photographier les gens qu’il a côtoyés plutôt que les paysages ou les animaux. Il confie sa fascination pour Sebastião Salgado, dont un ami éthiopien fut le guide : en marchant sur ses traces autour de Lalibela, il dit « mesure[r] la distance entre son œil et le mien ».

De ce compagnonnage à distance, il tire une fierté amusée : il se dit « lié par un âne à Salgado », l’animal qui portait le matériel du maître.

De l’auto-édition solidaire à l’éditeur bordelais

Contrairement aux photographes auto-édités reçus dans les épisodes précédents, François Claerhout est surtout passé par l’édition. Son tout premier livre, consacré au village de Sango, il l’a pourtant auto-édité et offert aux habitants : vendus sur place, les exemplaires ont financé « deux classes pour l’école » et un dispensaire. Puis, un jeudi, alors qu’il s’apprêtait à signer chez L’Harmattan à Dakar, un appel de Bordeaux a tout changé : les éditions Elytis, séduites par son manuscrit dogon, lui proposaient un contrat. De cette rencontre sont nés plusieurs beaux livres — sur les Dogons, sur l’Éthiopie, puis sur le Yémen avec « Cette Arabie que l’on disait heureuse ». Il raconte le choc d’entendre son éditeur lui dire qu’il fallait « accepter qu’on refasse tout », et la richesse de ce second regard porté sur ses propres photos.

« Je suis un des derniers qui a vu le Yémen intact », confie-t-il à propos de ce livre écrit au passé, comme un adieu à un pays dévasté par la guerre.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Sebastião Salgado, photographe
  • Joseph Kessel, écrivain
  • Henry de Monfreid, écrivain et aventurier
  • André Malraux, écrivain
  • Arthur Rimbaud, poète
  • Romain Gary, écrivain
  • Marcel Griaule et son ouvrage « Dieu d’eau », sur la cosmogonie dogon
  • Claude Lévi-Strauss, anthropologue
  • Serge Lazarević, otage français enlevé au Mali
  • Adriana Karembeu
  • Jacques Martin, animateur de télévision
  • Zinédine Zidane, footballeur
  • Éditions Elytis, maison d’édition bordelaise
  • Actes Sud, maison d’édition
  • L’Harmattan, maison d’édition
  • Nouvelles Frontières, voyagiste

Au fil de l’épisode

  • 00:00:16 — François Claerhout se présente, l’épisode est enregistré dans un hôtel de Miami
  • 00:01:02 — Vingt ans de voyages au Yémen, en Syrie, en Jordanie, en Éthiopie et au Mali
  • 00:02:57 — Des expositions et des conférences à l’écriture de livres
  • 00:04:14 — Instituteur, psychiatrie et dix ans de photographie en prison
  • 00:07:48 — Le Mali dès 1998, le village dogon de Sango près de Bandiagara
  • 00:10:27 — Le livre auto-édité de Sango finance des classes et un dispensaire
  • 00:11:42 — Le Yémen, l’hospitalité et les 70 000 visiteurs par an
  • 00:13:31 — Le Yémen, terre d’écrivains : Kessel, Monfreid, Malraux
  • 00:15:29 — Le dernier voyage au Yémen en janvier 2011 et l’anecdote d’Al-Qaïda
  • 00:17:03 — Les débuts en photographie à l’adolescence, l’Écosse et le Minolta
  • 00:20:54 — « J’avoue être un photographe assez médiocre »
  • 00:25:15 — Sebastião Salgado et l’anecdote de l’âne en Éthiopie
  • 00:33:00 — La rencontre providentielle avec les éditions Elytis
  • 00:37:44 — Auto-édition et édition : le confort et le regard de l’éditeur
  • 00:45:37 — Djamila, sa fille de 10 ans, qui rêve de devenir éditrice
  • 00:47:18 — Le mot de la fin : « le vrai mot, c’est vivre »

FAQ

Qui est François Claerhout ?

François Claerhout est enseignant au lycée français de Niamey, au Niger, ainsi que voyageur et photographe amateur. Pendant une vingtaine d’années, il a guidé des voyages et parcouru le Mali, le Yémen, l’Éthiopie et d’autres pays, dont il a tiré plusieurs livres de photographies et de récits publiés aux éditions Elytis.

Quels livres a écrits François Claerhout ?

Il a signé plusieurs ouvrages mêlant photographies et récits de voyage, notamment « Dogon, comment ce monde vint au monde », un livre sur l’Éthiopie et « Yémen, cette Arabie que l’on disait heureuse », publiés aux éditions Elytis à Bordeaux. Son tout premier livre, consacré au village de Sango, avait été auto-édité et offert aux villageois.

Pourquoi ne voyage-t-il plus au Mali et au Yémen ?

Parce que ces pays sont devenus dangereux ou inaccessibles. Le Mali a basculé dans la crise à partir de 2012, fermant le pays dogon qu’il fréquentait ; le Yémen est en guerre depuis le début des années 2010. Installé à Niamey, il ne peut d’ailleurs pas sortir de la ville pour des raisons de sécurité.

Quelle différence fait-il entre auto-édition et édition ?

Dans l’auto-édition, il gardait la maîtrise totale de la mise en page et du texte. En passant par un éditeur, il a dû accepter que tout soit refait, mais il y a gagné un second regard sur ses images, un vrai travail de maquette et une forme de reconnaissance qu’il juge précieuse.

Quel photographe François Claerhout admire-t-il ?

Il cite Sebastião Salgado, dont les photographies d’Éthiopie le fascinent. Un de ses amis éthiopiens ayant guidé Salgado, il a marché sur ses traces autour de Lalibela. Il se dit toutefois très modeste et se décrit, avec humour, comme « lié par un âne à Salgado », l’animal qui portait le matériel du grand photographe.

Épisodes similaires
Visuel de l'épisode de Photo Storia consacré au photographe sous-marin Laurent Ballesta
Photo Storia Laurent Ballesta : plonger au cœur des océans
Le photographe sous-marin Laurent Ballesta raconte ses expéditions extrêmes, de l'Antarctique à Fakarava.
25 mai 2025 · 1 h 42
Épisode 44
Écouter l'épisode
Jean-Raphaël Drahi, photographe militaire et invité du podcast Photo Storia
Photo Storia Jean-Raphaël Drahi, 20 ans de photo dans l’armée
Vingt ans photographe dans l'armée française : l'Afghanistan, les 42 kilos sur le dos et le passage au livre photo.
30 juin 2024 · 1 h 06
Épisode 42
Écouter l'épisode
Que souhaitez-vous écouter maintenant ?
Choisissez un mot-clé, appuyez sur Entrée pour parcourir les épisodes.