De l’autodidacte YouTube au photographe de l’AFP
Yanick Folly se présente comme photographe et « chasseur d’images ». Enfant unique élevé par sa mère, il raconte qu’on le voyait plutôt comptable ou banquier, « en costard » : la photographie n’était pas, aux yeux de la famille, un métier respectable. Faute de moyens pour intégrer une école privée jugée trop chère, il apprend seul, vers 2010-2011, en suivant des tutoriels sur YouTube et en empruntant l’ordinateur d’un ami. Les premiers concours confirment la voie : il évoque une place obtenue lors d’un concours autour de « 60 solutions contre le réchauffement climatique », organisé avec l’Institut français. « Petit à petit, l’oiseau fait son nid », résume-t-il. Après un passage dans une agence de communication, le tournant vient de l’Agence France-Presse : en 2016, alors qu’il photographie l’arrivée du président Patrice Talon sur un marché de Cotonou, un photographe de l’AFP basé à Lagos le remarque et lui propose de collaborer. Son premier reportage pour l’agence sera la couverture de l’investiture présidentielle, réalisée sans accréditation, en se faufilant entre les agences puis en envoyant ses images depuis un cybercafé.
De ce premier cliché diffusé mondialement naîtront d’autres commandes : il cite l’UNICEF, le New York Times, le Washington Post, Libération, Le Figaro et le quotidien espagnol El País, pour lequel il travaille au moment de l’enregistrement, à Lomé.
Montrer le Bénin autrement
En dehors des commandes, Yanick Folly sillonne le Bénin à moto pour aller « à la rencontre des gens ». À Cotonou, dit-il, il ne sait pas trop quoi photographier ; l’inspiration commence pour lui dans la vallée de l’Ouémé et remonte vers le nord. Sa motivation : montrer un pays « qui regorge d’atouts » et que beaucoup, y compris des Béninois, ne connaissent pas. Il observe un net changement de regard du public. Longtemps, raconte-t-il, seuls les expatriés fréquentaient les expositions ; la donne a évolué avec le retour des œuvres royales du Bénin, longtemps conservées au musée du quai Branly à Paris et présentées, à leur retour, à la présidence. Il a couvert l’événement et décrit un public nombreux, « dépassé », venu voir et comprendre son histoire, jusqu’aux trônes royaux et aux objets liés au vaudou. Il relie cet engouement à la politique de développement touristique menée par le président Talon, tout en refusant de « faire de la politique ».
Chaque 25 décembre, il transforme sa pratique en rituel : il cotise toute l’année, imprime des photos, rassemble vêtements et vivres, puis fête Noël avec les enfants de villages reculés, où certains ne se sont jamais vus en image. « Le 25, c’est sacré », dit-il.
Le vaudou, le drone et le livre à venir
L’entretien fait la part belle aux souvenirs de terrain. Yanick Folly revendique une photographie documentaire en lumière naturelle, loin du studio : « la photographie, c’est une science », répète-t-il, « ce n’est pas qu’un appareil photo ». Il raconte ses débuts avec le drone — un DJI Phantom 4, « bijou technologique » de l’époque — à une période sans réglementation au Bénin, et une intervention de la police alors que ses appareils survolaient, sans qu’il le sache, les abords d’une prison de Cotonou ; il pilote aujourd’hui un DJI Mavic 2 Pro. Autre anecdote marquante, celle d’un ami de passage dont les images auraient mystérieusement disparu dans un couvent, faute d’avoir salué les sages avant de photographier — une leçon de respect des usages du vaudou. Côté inspirations, il cite Sebastião Salgado, dont il rêve de voir une exposition à Paris, et rappelle le rôle de Malick Sidibé dans l’histoire de la photographie malienne.
Reste le livre, encore en chantier : submergé par ses archives, il veut un ouvrage « vraiment pro », accompagné de textes. À de jeunes photographes, il conseille de « trouver son style » et de « ne jamais sauter les étapes ». Lui se dit toujours, en souriant, « au stade embryonnaire ».
Yanick Folly nous recommande…
« Amazônia » — Sebastião Salgado. Un « gros pavé » consacré à la forêt et aux peuples d’Amazonie, que Yanick Folly présente comme un livre magnifique et qu’il se dit prêt à acquérir, tant l’œuvre du photographe l’inspire.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Sebastião Salgado, photographe, et son livre « Amazônia »
- Malick Sidibé, photographe malien
- Le musée du quai Branly, à Paris
- Le magazine Jeune Afrique
- L’Agence France-Presse (AFP)
- L’UNICEF
- El País, Libération, Le Figaro, The New York Times et The Washington Post
- Les drones DJI Phantom 4 et DJI Mavic 2 Pro
Au fil de l’épisode
- 00:00:42 — Ouverture de la série « Photographes du monde », après Robert Nzaou et John Kalapo
- 00:02:46 — Enfant unique et un rêve familial de métier « respectable »
- 00:04:41 — Apprendre la photo sur YouTube, faute de moyens
- 00:05:33 — Premiers concours et premiers prix
- 00:07:16 — Émerger et intégrer l’AFP
- 00:12:33 — Parcourir le Bénin à moto pour montrer le pays
- 00:22:36 — Le retour des œuvres royales et l’engouement du public
- 00:30:23 — Comment l’aventure AFP a commencé, un jour de marché
- 00:37:07 — La photo la plus marquante : un enfant disparu
- 00:39:49 — Le rituel du 25 décembre dans les villages
- 00:42:32 — Le meilleur souvenir : une école de photographie à Boston
- 00:43:51 — Le pire moment : un appareil menacé dans un village
- 00:45:44 — Souvenirs de drone et démêlés avec la police
- 00:51:57 — Le vaudou et les images disparues
- 00:55:21 — Le livre photo en préparation
- 00:58:37 — Ses inspirations, de Salgado aux confrères
- 01:03:58 — Le syndrome de l’imposteur
FAQ
Qui est Yanick Folly ?
Yanick Folly est un photographe et « chasseur d’images » installé au Bénin, à Cotonou. Autodidacte formé sur YouTube, il est devenu correspondant de l’Agence France-Presse et a travaillé pour l’UNICEF, le New York Times, le Washington Post, Libération ou El País. Il se consacre surtout à la photographie documentaire et au reportage à travers son pays.
Comment Yanick Folly a-t-il appris la photographie ?
Faute de moyens pour intégrer une école de photographie jugée trop chère, Yanick Folly s’est formé seul, vers 2010-2011, en suivant des tutoriels sur YouTube et en empruntant l’ordinateur d’un ami. Il a ensuite affiné son regard au fil de concours, de résidences et d’ateliers, notamment lors d’un séjour dans une école de photographie à Boston, aux États-Unis.
Pour quels médias Yanick Folly travaille-t-il ?
Yanick Folly est correspondant de l’Agence France-Presse au Bénin. Il cite aussi, parmi ses clients et les titres ayant publié ses images, l’UNICEF, le New York Times, le Washington Post, Libération, Le Figaro, le magazine Jeune Afrique et le quotidien espagnol El País, pour lequel il réalisait un reportage au moment de l’enregistrement.
Que photographie Yanick Folly au Bénin ?
Yanick Folly parcourt le Bénin à moto pour photographier ses habitants, ses paysages et son patrimoine, de la vallée de l’Ouémé jusqu’au nord du pays. Il privilégie la photographie documentaire en lumière naturelle et cherche à valoriser un pays « qui regorge d’atouts », encore méconnu, y compris de nombreux Béninois eux-mêmes.
Qu’est-ce que le « stade embryonnaire » chez Yanick Folly ?
C’est l’expression, devenue le fil rouge de l’épisode, par laquelle Yanick Folly décrit sa carrière : malgré ses collaborations internationales, il se dit toujours « à l’étape embryonnaire », encore en apprentissage et en recherche. Une manière d’affirmer son humilité et sa conviction qu’un photographe ne cesse jamais de progresser et de « ne pas sauter les étapes ».
Yanick Folly a-t-il publié un livre photo ?
Au moment de l’enregistrement, Yanick Folly n’a pas encore publié de livre, mais il en prépare un. Submergé par ses archives, il hésite sur les thématiques et tient à un ouvrage « vraiment pro », accompagné de textes et de légendes. Il n’avait alors pas encore été contacté par une maison d’édition.
