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Rencontre avec Yves VALLIER, photographe animalier #14

Photographe animalier depuis 1971, Yves Vallier a fait de la faune sauvage la matière de toute une vie. Dans cet épisode enregistré chez lui, au cœur de la Provence et sous le chant des cigales, il raconte deux territoires lointains qui lui tiennent à cœur : les îles Falkland et les Galapagos, réunis dans deux livres auto-édités. Manchots royaux, albatros à sourcil noir, éléphants de mer, iguanes et cormorans aptères deviennent le prétexte d'une leçon d'approche, de patience et de respect du vivant, où la beauté côtoie sans cesse la violence de la nature.

Yves Vallier, la faune sauvage des îles Falkland et Galapagos

De la Brenne aux confins du monde

Yves Vallier fait de la photographie animalière depuis 1971. Il raconte des débuts passés à l’affût dans les marais de la Brenne, au sud de Châteauroux, à guetter hérons et busards, avant de découvrir la faune libre des îles Shetland vers 1975. Pour financer ses expéditions, il travaille onze semaines comme manœuvre dans le pétrole. En 1976, il s’offre son premier grand voyage : les îles Falkland, atteintes au terme d’une épopée administrative où un passeport oublié lui vaut de traverser deux fois l’Argentine. « Ce qui m’a beaucoup plu, c’est la liberté », confie-t-il, évoquant des journées entières « sans voir personne », seul avec les manchots, les lions de mer et les éléphants de mer.

De cette immersion, il tire une règle qu’il n’a jamais trahie : rester en retrait, ne jamais toucher ni nourrir l’animal sauvage. « L’être humain a toujours envie de toucher un animal », observe-t-il, « moi je suis toujours resté en retrait ».

Manchots, labbes et géants des mers

Les îles Falkland, revendiquées par l’Argentine sous le nom de Malouines, ont beaucoup changé depuis la guerre de 1982 : Yves Vallier y a vu jusqu’à trois mille soldats britanniques là où une dizaine de personnes vivaient en 1976. La faune, elle, se porte parfois mieux, avec une colonie de manchots royaux passée de cinquante individus à « plus de 2500 » grâce à un écotourisme encadré. Il détaille, page après page de ses livres, le caracara austral, rapace « très intelligent » qui fouille les sacs à dos ; les labbes antarctiques qui l’ont attaqué en piqué près de leur nid ; l’albatros à sourcil noir et son « mètre quatre-vingt-dix d’envergure » ; ou encore les combats de mâles éléphants de mer d’« une tonne et demie ».

Il rappelle que la nature « c’est beau et ça peut être très violent aussi », après avoir décrit un jeune caracara sauvagement pris à partie par deux adultes, une scène où il a fini par intervenir.

Galapagos, le laboratoire de Darwin

Le déclic des Galapagos remonte à l’émission « Caméra au poing » de Christian Zuber, que l’on voyait filmer au milieu des colonies de fous sans que les animaux ne s’enfuient. Sur place, Yves Vallier retrouve cette absence de peur et une extraordinaire richesse endémique : l’iguane terrestre propre à l’île de Santa Fé, le hibou des marais chassant les pétrels dans la lave, ou le cormoran aptère, cet oiseau qui a perdu l’usage de ses ailes et illustre « physiquement » la théorie de l’évolution. Il évoque Lonesome George, dernière tortue géante de l’île Pinta morte en 2012, et un archipel situé à « 900 kilomètres de la côte » où reptiles et serpents seraient arrivés sur des radeaux dérivants.

Ses deux livres, Falkland et Galapagos, ont été auto-édités fin 2019, juste avant la pandémie. Il défend un travail où le texte compte autant que l’image, entre « billebaude » et « affût », ces deux manières d’aller à la rencontre du vivant.

Yves Vallier nous recommande…

  • L’Archipel des Galapagos, de Pierre Constant — le guide d’histoire naturelle de l’archipel que le photographe cite comme une aide précieuse, « un beau livre sur les Galapagos qui parle un peu de tout, des plantes, des espèces, de la formation géologique ».

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Charles Darwin
  • « L’Origine des espèces », de Charles Darwin
  • Le voyage du Beagle
  • Christian Zuber, documentariste animalier
  • « Caméra au poing », l’émission télévisée de Christian Zuber
  • Bernard Moitessier, navigateur
  • Le Festival photo animalière de Montier-en-Der
  • « La Vie des Bêtes », magazine animalier
  • Lonesome George, dernière tortue géante de l’île Pinta

Au fil de l’épisode

  • 00:00:16 — Julien Gérard présente Yves Vallier, chez lui au cœur de la Provence, près de Toulon
  • 00:00:40 — Ses débuts en photographie animalière en 1971, dans les marais de la Brenne
  • 00:01:12 — La découverte de la faune libre aux îles Shetland
  • 00:02:32 — Onze semaines de travail dans le pétrole pour financer les Falkland
  • 00:03:34 — L’épopée du passeport pour rejoindre les îles Falkland en 1976
  • 00:09:02 — Deux livres, deux archipels : Falkland et Galapagos
  • 00:12:22 — La guerre des Malouines de 1982 et ses conséquences
  • 00:14:43 — Les manchots royaux, d’une colonie de cinquante à plus de 2500 individus
  • 00:18:18 — Le caracara austral, rapace curieux et intelligent
  • 00:20:21 — Attaqué en piqué par les labbes antarctiques
  • 00:23:12 — L’albatros à sourcil noir et ses gestes de tendresse
  • 00:27:35 — Les combats de mâles éléphants de mer
  • 00:35:39 — Le déclic Galapagos, né de l’émission « Caméra au poing »
  • 00:43:25 — Lonesome George, la dernière tortue de l’île Pinta
  • 00:52:30 — La danse nuptiale du fou à pattes bleues
  • 01:00:39 — Le cormoran aptère, l’évolution observée en direct
  • 01:05:09 — Face au requin marteau, en plongée
  • 01:09:29 — L’aventure de l’auto-édition des deux livres
  • 01:19:25 — La billebaude et l’affût, deux façons de photographier
  • 01:23:49 — Sur les traces de Darwin et du voyage du Beagle

FAQ

Qui est Yves Vallier ?

Yves Vallier est un photographe animalier français qui pratique la photographie de nature depuis 1971. Après des débuts à l’affût dans les marais de la Brenne, il a parcouru des régions fauniques lointaines, des îles Shetland aux Falkland en passant par les Galapagos. Il a auto-édité deux livres consacrés aux îles Falkland et aux Galapagos.

Quels livres a publiés Yves Vallier ?

Yves Vallier a auto-édité deux livres photo, Falkland et Galapagos, sortis fin 2019. Vendus une quarantaine d’euros chacun et comptant autour de deux cents pages, ils associent images animalières et textes de ressenti, à la manière d’un carnet de voyage. Le photographe y raconte la faune, les paysages et ses rencontres sur le terrain.

Pourquoi les îles Falkland sont-elles aussi appelées les Malouines ?

Les îles Falkland portent aussi le nom de Malouines. Yves Vallier explique que ce nom vient des marins de Saint-Malo, arrivés autrefois sur cet archipel de l’Atlantique Sud situé à environ 400 kilomètres de l’Argentine. Longtemps revendiquées par l’Argentine, les îles ont été le théâtre d’une guerre avec le Royaume-Uni en 1982.

Qu’est-ce qui rend la faune des Galapagos unique ?

Aux Galapagos, Yves Vallier décrit une faune marquée par l’endémisme et une étonnante absence de peur face à l’homme. On y trouve des espèces propres à une seule île, comme l’iguane terrestre de Santa Fé, ou le cormoran aptère, un oiseau qui a perdu l’usage de ses ailes. C’est cet archipel qui a inspiré la théorie de l’évolution de Darwin.

Qu’est-ce que la billebaude et l’affût en photographie animalière ?

Ce sont les deux grandes manières de travailler du photographe animalier. La billebaude consiste à marcher, l’appareil à la main, pour chercher et approcher les animaux. L’affût est plus statique : on se poste, parfois dix à douze heures, dans un abri accepté par l’animal, ce qui permet d’observer des comportements invisibles autrement.

Qui était Lonesome George ?

Lonesome George était une tortue géante des Galapagos, dernier représentant connu de l’espèce originaire de l’île Pinta. Yves Vallier l’a photographiée sur place. Née autour de 1910, elle est morte en 2012, à une centaine d’années. Des tentatives de reproduction avec des femelles d’autres îles n’avaient pas abouti de son vivant.

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