Du rail aux routes du monde
Entré à la SNCF à 17 ans, Philippe Pons a d’abord travaillé dans les gares du sud, dont une quinzaine d’années à Toulouse, avant de passer conducteur de train et de terminer sa carrière à Millau. C’est en 1989, lors d’une soirée diapositives organisée par un ami, qu’il reçoit le déclic et l’envie de partir seul. Après un an de préparation, quelques notions d’espagnol scolaire et deux mois de congés patiemment cumulés sur des fériés et des nuits travaillées, il s’envole en solo pour le Mexique et le Guatemala. À l’époque, ni internet ni blogs de voyage : on prépare son périple avec des livres, on arrive dans une ville et l’on compare trois ou quatre adresses du Guide du Routard ou du Lonely Planet. En pleine aventure, il se fait voler son appareil photo dans un bus de nuit, mais l’essentiel est préservé : les pellicules sont restées entre ses pieds.
Une émotion revient à chaque arrivée. « j’adore le moment où les portes s’ouvrent et où on se retrouve vraiment dans la rue », confie-t-il à propos de la sortie des aéroports.
Une vie de voyages lents, du Mali à la Birmanie
Au fil des années, Philippe Pons multiplie les destinations, toujours dans le même esprit : prendre le temps. Il garde un souvenir fort de la Birmanie, où il dit avoir fait le plus de portraits, des treks dans le Sahara algérien et libyen (la Libye encore sous Kadhafi), du pays Dogon au Mali, où l’on dormait à la belle étoile sur les toits des maisons le long de la falaise de Bandiagara. Il évoque aussi le Yémen d’avant-guerre parcouru en 2006 et le fléau de la culture du qat, ses trois voyages en Inde (1996, puis le Ladakh en 2015 et le Kerala en 2016), le Québec, la côte ouest canadienne en kayak de mer avec ses enfants, et sa déception devant un Bali méconnaissable, envahi de « bouchons de scooters » et de rizières devenues payantes. Rentré du carnaval de la Nouvelle-Orléans début mars 2020, il voit la pandémie stopper net ses projets.
Une formule le hérisse : « il y a une expression qui m’horripile, c’est quand on dit j’ai fait tel pays ». Pour lui, on ne « fait » pas un pays, on prend le temps de l’habiter.
Dix mille diapositives et un livre né du confinement
À la retraite, Philippe Pons entreprend de faire numériser ses diapositives, par crainte de les voir s’abîmer : plusieurs milliers d’images ressorties de boîtes et d’étagères, un travail étalé sur un an et demi qu’il décrit comme émotionnellement violent, tant les souvenirs remontent. C’est en visitant le Salon de la photo à Paris, un an avant le confinement, qu’il rencontre par hasard un éditeur installé près de Castres et se lance dans l’auto-édition. Naît alors 30 ans de voyage, qui compile trois décennies de photographies. Dans la seconde partie de l’entretien, il feuillette le livre page à page : les volcans du désert du Danakil en Éthiopie, le volcan Bromo en Indonésie découvert en 1991, le musée du génocide au Cambodge, les aurores boréales à Tromsø, le portrait d’un enfant éthiopien accroché à la jambe de son père, sa passion pour Bruce Springsteen racontée depuis le New Jersey, les temples d’Angkor et un sommet de l’Himalaya saisi dans la brume au Népal en 1995.
Le livre referme une boucle : celui qui, jeune, peinait à partager ses interminables soirées diapositives tient enfin un objet qui raconte pour lui.
Pour aller plus loin
- Pour acquérir le livre 30 ans de voyage : la page Facebook de Philippe Pons.
Les références de l’épisode
- Le livre 30 ans de voyage, de Philippe Pons
- Le podcast Faut Pas Pousser les ISO, cité comme podcast dédié au matériel photo
- Le Salon de la photo, à Paris
- Le Guide du Routard et le Lonely Planet
- Les volcans du désert du Danakil, en Éthiopie (territoire des Afars)
- Le musée du génocide, ancien lycée devenu centre de détention, au Cambodge
- Les temples d’Angkor et le temple du Bayon, au Cambodge
- Bruce Springsteen et Southside Johnny, musiciens
- Danny Clinch, photographe de Bruce Springsteen
Au fil de l’épisode
- 00:01:30 – De cheminot à voyageur : le parcours à la SNCF
- 00:02:24 – Premier grand voyage en solo : Mexique et Guatemala
- 00:05:44 – Se documenter et voyager sans internet
- 00:09:13 – Des pellicules au passage au numérique
- 00:12:02 – L’appareil photo volé dans un bus de nuit
- 00:17:02 – Bali, d’un souvenir enchanté à la déception
- 00:20:41 – Birmanie, Sahara et coups de cœur
- 00:21:40 – Le pays Dogon au Mali, dormir à la belle étoile
- 00:23:11 – L’éloge du voyage lent
- 00:33:22 – La pandémie et le carnaval de la Nouvelle-Orléans
- 00:39:29 – Le tri bouleversant de milliers de diapositives
- 00:43:04 – La naissance du livre 30 ans de voyage
- 00:45:52 – Les volcans du Danakil, en Éthiopie
- 00:51:27 – Le volcan Bromo, en Indonésie
- 00:56:12 – Le musée du génocide, au Cambodge
- 01:01:10 – Les aurores boréales à Tromsø
- 01:05:20 – Une passion pour Bruce Springsteen
- 01:10:15 – Le Yémen d’avant-guerre
- 01:13:48 – Les temples d’Angkor
- 01:16:14 – Un sommet de l’Himalaya au Népal
FAQ
Qui est Philippe Pons ?
Philippe Pons est un ancien cheminot de la SNCF, entré à 17 ans et devenu conducteur de train. Passionné de voyage depuis 1989, il a parcouru la planète en solo durant ses congés, appareil photo en main. À la retraite, il a rassemblé trente ans de photographies dans un livre autoédité, 30 ans de voyage.
Quel a été le premier voyage de Philippe Pons ?
Son premier grand voyage l’a conduit seul au Mexique et au Guatemala, autour de 1989-1990, grâce à deux mois de congés cumulés. Il l’a préparé pendant près d’un an, avec des livres et quelques notions d’espagnol, à une époque où internet et les blogs de voyage n’existaient pas encore.
Que raconte le livre 30 ans de voyage ?
Le livre compile trois décennies de photographies prises aux quatre coins du monde, de l’Éthiopie au Népal en passant par l’Indonésie et le Cambodge. Réalisé à partir de diapositives numérisées à la retraite, il est autoédité et mêle images et récits de voyage, avec une place importante donnée aux rencontres et aux émotions.
Comment Philippe Pons est-il passé de la diapositive au numérique ?
Amoureux de l’argentique, il a longtemps voyagé avec des dizaines de pellicules diapositives. Le déclic est venu d’un vendeur, au Canada, qui lui a demandé s’il avait entendu parler du numérique. Il s’y est mis peu à peu, avant de faire numériser plusieurs milliers de diapositives pour préparer son livre.
Quelle est la philosophie de voyage de Philippe Pons ?
Il défend un voyage lent : rester longtemps au même endroit, s’imprégner du quotidien, créer des liens et prendre le temps d’observer avant de photographier. Il rejette l’idée de « faire » un pays en le traversant vite, préférant de petits groupes de randonnée et des séjours prolongés qui permettent des portraits et des rencontres sincères.
