Wave Storia se consulte en mode portrait sur téléphone.
Merci de retourner votre appareil.

Proposer un podcast Produire mon podcast
Wave Storia

#32 Fabrice Grinda FJ Labs – Nerd, major de promo à Princeton, et entrepreneur bouillant

Fabrice Grinda, c'est le serial entrepreneur français que peu connaissent chez nous et que beaucoup admirent ailleurs. Major de promo à Princeton, passé par McKinsey, il a bâti puis vendu trois entreprises — Aucland, Zingy et OLX — avant de fonder FJ Labs, l'un des fonds les plus actifs au monde. Dans cet entretien fleuve avec Matthieu Stefani, il raconte sans filtre ses refus légendaires, ses années à deux dollars par jour, sa vision du bonheur et sa manière très personnelle de « hacker » sa propre vie.

Fabrice Grinda, serial entrepreneur des marketplaces et investisseur en startups

Le nerd de Nice qui rêvait de Princeton

Fabrice Grinda se présente lui-même comme un « nerd ». Enfant à Nice, élève au lycée Masséna, il saute des classes, obtient son premier ordinateur à dix ans et monte très tôt ses premiers montages informatiques, loin des cours de récréation. « J’étais vraiment Sheldon à l’époque », résume-t-il, décrivant un adolescent timide, sans amis ni petite amie, qui prend Steve Jobs et Bill Gates pour modèles.

Son pari : Princeton. Admis malgré un anglais encore fragile, il y étudie tout — économie, mathématiques, mais aussi chimie, mandarin ou histoire ancienne — et en sort major de promo à vingt et un ans. Dès dix-sept ans, il avait déjà monté une première entreprise d’export de matériel informatique des États-Unis vers l’Europe, pensée pour être rentable dès le premier jour et financer ses études.

McKinsey, Aucland et le refus qui coûte quinze millions

Après Princeton, Fabrice Grinda rejoint le cabinet de conseil McKinsey. Il y fait un constat qui le marquera durablement : entouré de gens brillants, il est souvent le plus intelligent de la pièce, et pourtant celui qui réussit le moins. « Pour réussir dans la vie, ce n’est pas qu’une question de QI, explique-t-il : c’est une question d’empathie, de capacité à communiquer à l’oral comme à l’écrit, à travailler en équipe. » Il quitte le cabinet pour se lancer.

Naît alors Aucland, un site d’enchères calqué sur le modèle d’eBay, lancé en 1999. Très vite, eBay lui propose de le racheter pour vingt millions de dollars. Fabrice Grinda détient alors 75 % de la société, a vingt-quatre ans et pourrait empocher quinze millions. Il refuse : « Je n’avais pas fait ça pour l’argent. » Il lève ensuite des fonds auprès d’Europ@web, le fonds de Bernard Arnault, mais la bulle Internet éclate, la société est cédée puis s’effondre, et il ne gagne presque rien. Un échec cuisant, dont il tirera l’énergie de tout recommencer.

Zingy : deux dollars par jour avant les cent millions

Sa revanche s’appelle Zingy, fondée à New York en 2001. L’idée : vendre des sonneries et des contenus pour téléphones mobiles aux opérateurs américains, en important un modèle qui cartonnait déjà ailleurs dans le monde. Les débuts sont brutaux. « Je travaillais 100 heures par semaine, j’avais 26 ans et je vivais avec littéralement 2 dollars par jour à New York pendant deux ans », raconte-t-il, dormant sur le canapé de son propre bureau. Il rate la paie de ses salariés pendant quatre mois et demi : l’équipe fond de vingt-sept à sept personnes.

Puis tout bascule. « On a fait 1 million de dollars les neuf premiers mois de 2003, 4 millions les trois derniers, 50 millions l’année d’après, puis 200 millions en 2005. » L’entreprise passe de sept à deux cent cinquante employés en douze mois et devient rentable. Fabrice Grinda finit par la revendre pour quatre-vingts millions de dollars, en empochant environ vingt-six. Sa leçon est ailleurs : « Le vrai jour de célébration, ce n’est pas le jour où j’ai gagné 26 millions, c’est le jour où on est devenu profitable et où j’ai pu payer mes employés. »

OLX, FJ Labs et l’art de hacker sa propre vie

Avec OLX, lancé en 2006, Fabrice Grinda vise plus grand encore : bâtir « le bon coin du reste du monde ». Le site de petites annonces devient l’un des vingt plus gros sites de la planète, avec quelque trois cents millions de visiteurs par mois, dominant les marchés émergents d’Amérique latine, d’Europe de l’Est, d’Afrique et d’Asie. Après une guerre commerciale féroce contre le norvégien Schibsted, il revend OLX au groupe sud-africain Naspers. Depuis, avec FJ Labs, il conjugue fonds d’investissement et studio de start-up : la structure a investi dans plus de quatre cents jeunes pousses et créé huit entreprises.

Mais l’entretien vaut surtout pour sa philosophie de vie. Fabrice Grinda explique qu’une fois riche, on devient « prisonnier » de ses possessions — « ces choses nous détiennent » — et qu’il faut raisonner non en coût mais en ce qui maximise le bonheur à chaque instant. Il externalise tout ce qu’il peut, s’envoie un email tous les six mois pour évaluer où il en est, et applique jusqu’à sa vie amoureuse les mêmes stratégies de « hacking » qu’à ses entreprises. « J’outsource tout ce que je peux dans la vie », résume-t-il.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Aucland — le site d’enchères français fondé par Fabrice Grinda en 1999.
  • Zingy — son entreprise américaine de contenus mobiles (sonneries, logos).
  • OLX — la marketplace mondiale de petites annonces qu’il a bâtie.
  • FJ Labs — sa structure actuelle d’investissement et de création de start-up.
  • McKinsey & Company — le cabinet de conseil où il a débuté sa carrière.
  • Princeton — l’université américaine dont il est sorti major de promo.
  • eBay — le pionnier des enchères en ligne, qui a proposé de racheter Aucland.
  • Europ@web — le fonds Internet de Bernard Arnault, investisseur d’Aucland.
  • Naspers — le groupe sud-africain qui a racheté OLX.
  • Alibaba — l’un de ses investissements marquants, multiplié par vingt.
  • Matthieu Stefani — le fondateur du podcast Génération Do It Yourself, qui mène l’entretien.

Au fil de l’épisode

  • Qui est Fabrice Grinda, ce serial entrepreneur français plus connu à l’étranger qu’en France.
  • Une enfance de « nerd » à Nice : classes sautées, premier ordinateur à dix ans, timidité.
  • Le pari Princeton et la sortie major de promo à vingt et un ans.
  • Sa toute première entreprise à dix-sept ans, pour financer ses études.
  • La découverte d’Internet sur le campus et la conviction que tout allait s’y jouer.
  • Le passage par McKinsey et la révélation : le QI ne suffit pas, l’empathie et la communication comptent davantage.
  • La création d’Aucland et le refus de l’offre de rachat d’eBay à vingt millions de dollars.
  • La levée de fonds auprès du fonds de Bernard Arnault, puis l’éclatement de la bulle Internet.
  • Le lancement de Zingy et les débuts à deux dollars par jour, à dormir au bureau.
  • Les payes ratées, l’équipe qui fond, puis l’explosion du chiffre d’affaires jusqu’à deux cents millions.
  • La revente de Zingy et la vraie définition du succès selon lui : la rentabilité, pas le chèque.
  • OLX, « le bon coin du reste du monde », et la guerre commerciale contre Schibsted.
  • La revente à Naspers et la naissance de FJ Labs, entre fonds et studio de start-up.
  • Sa philosophie : l’argent, les possessions qui « nous détiennent », et le bonheur avant tout.
  • Ses méthodes d’optimisation : externalisation, email tous les six mois, vie amoureuse « hackée ».

FAQ

Qui est Fabrice Grinda ?

Fabrice Grinda est un entrepreneur et investisseur français né à Nice. Major de promo à Princeton, ancien consultant chez McKinsey, il a fondé et revendu trois entreprises — Aucland, Zingy et OLX — avant de créer FJ Labs, une structure qui a investi dans plus de 400 start-up et en a créé huit.

Qu’est-ce que FJ Labs ?

FJ Labs est la structure d’investissement fondée par Fabrice Grinda. À la fois fonds de capital-risque et studio de start-up, elle investit dans de nombreuses jeunes pousses chaque année et en crée elle-même. Au moment de l’entretien, Fabrice Grinda indique avoir investi dans plus de 400 start-up et créé 8 entreprises.

Pourquoi Fabrice Grinda a-t-il refusé l’offre de rachat d’eBay ?

Au tout début d’Aucland, eBay lui a proposé 20 millions de dollars. Il détenait alors 75 % de la société et aurait empoché environ 15 millions. Il a refusé, expliquant qu’il n’avait pas lancé cette aventure pour l’argent. La bulle Internet a ensuite éclaté et il n’a presque rien gagné.

Qu’est-ce que Zingy ?

Zingy est l’entreprise américaine de contenus mobiles (sonneries, logos) fondée par Fabrice Grinda en 2001. Après des débuts très difficiles, où il a raté la paie pendant des mois et vécu avec deux dollars par jour, l’entreprise a explosé — de 1 à 200 millions de dollars de chiffre d’affaires — avant d’être revendue quatre-vingts millions.

Quelle est la philosophie de vie de Fabrice Grinda ?

Fabrice Grinda défend l’idée que l’argent ne fait pas le bonheur et que les possessions finissent par nous posséder. Il externalise tout ce qu’il peut, s’envoie un email tous les six mois pour réévaluer sa vie, et applique à son quotidien comme à ses relations les méthodes de test qu’il utilise en entreprise.

Épisodes similaires
Pochette de l'épisode de Génération Do It Yourself consacré à Édouard Philippe, candidat à la présidentielle 2027
Génération Do It Yourself #546 – Présidentielle 2027 – Édouard Philippe – Le courage politique et l’addiction française à la dépense publique
Édouard Philippe passe au crible la dette, l'école, l'IA et les retraites, à un an de la présidentielle 2027.
6 juin 2026 · 2 h 34
Épisode 546
Écouter l'épisode
Alice Bentinck, invitée du podcast Génération Do It Yourself, partage son expérience sur la création de startups.
Génération Do It Yourself #526 – VF – Alice Bentinck – Entrepreneurs First – Maîtriser l’art de s’associer
Alice Bentinck (Entrepreneurs First) révèle comment trouver le cofondateur idéal et éviter les erreurs qui tuent les startups. Indispensable.
28 février 2026 · 2 h 08
Épisode 526
Écouter l'épisode
Que souhaitez-vous écouter maintenant ?
Choisissez un mot-clé, appuyez sur Entrée pour parcourir les épisodes.