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Décarboner l’aérien : vers un nouvel écosystème de compétences #4

Hydrogène, propulsion électrique, carburants durables, data : la transition écologique de l'aviation ne réussira pas sans une révolution parallèle des compétences. Ce quatrième épisode de la mini-série « Décarboner l'aérien », produite pour le GIFAS, explore la ressource la plus stratégique du secteur : les professionnels qui concevront et piloteront l'avion bas-carbone. Écoles d'ingénieurs, grands industriels et institutions y racontent comment ils réinventent métiers et formations, dans un contexte de pénurie de talents et de compétition mondiale. Une plongée dans une transformation aussi technologique qu'humaine, où l'innovation passe d'abord par l'intelligence collective.

Compétences, métiers et formations de l'aviation bas-carbone à l'horizon 2040

Les compétences, angle mort de la transition

Après les technologies et les infrastructures, ce quatrième volet de « Décarboner l’aérien » s’attaque à la ressource que le secteur juge la plus stratégique : les compétences humaines. Le constat posé en ouverture est sans détour : la transition écologique de l’aviation ne réussira pas sans une transition parallèle des savoir-faire, dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre qualifiée, de formations parfois éloignées des besoins industriels et de forte compétition mondiale sur les talents. Selon une étude GIFAS-BCG de 2023 citée dans l’épisode, 80 % des métiers de l’aéronautique devront évoluer dans les dix prochaines années pour intégrer les enjeux bas carbone, numériques et systémiques.

Nicolas Gourdain, professeur à l’ISAE-SUPAERO et spécialiste des interactions entre aviation, climat et énergie, invite à « penser la réponse de manière globale » : au-delà de la seule décarbonation, il englobe la biodiversité, la gestion des ressources et l’énergie, et attend des futurs ingénieurs qu’ils maîtrisent ces questions tout en faisant preuve d’innovation, technologique comme organisationnelle.

Former, financer, structurer une filière bas-carbone

Côté industriels, Thibault Le Guillou, spécialiste de l’acquisition de talents chez Airbus, distingue trois grandes familles de métiers : les savoir-faire de production (assemblage, contrôle qualité, chaîne d’approvisionnement), le numérique (données, intelligence artificielle, cloud, cybersécurité) et l’ingénierie (matériaux avancés, nouvelles propulsions, hydrogène). Pour bâtir ces profils, les écoles revoient leurs cursus : l’ISAE-SUPAERO et l’ENAC ont lancé dès 2022 des programmes dédiés à la transition environnementale, l’ISAE-SUPAERO créant en 2023 une option « aérospatial et environnement » avec Airbus, Safran ou Dassault, tandis que l’ENAC propose un master en transition énergétique du transport aérien. La propulsion hydrogène, attendue vers 2035-2045, exige un socle inédit : stockage cryogénique, sécurité en environnement confiné, nouveaux matériaux.

Reste à financer cette montée en compétences. Safran a lancé dès 2021 un vaste programme interne autour de Safran University, complété par une plateforme en ligne, la Sustainability Academy, que détaille Christine Buche-Andrieux, en charge de la décarbonation : plus de 200 modules ouverts aux 100 000 collaborateurs du groupe. Selon une estimation citée dans l’épisode, la requalification bas carbone de la seule filière française nécessiterait entre 800 millions et 1,2 milliard d’euros d’ici 2035, poussant les industriels à s’appuyer sur des dispositifs publics comme France 2030. Delphine Dijoud, qui pilote la partie technique du programme CFM RISE chez Safran, rappelle qu’en aéronautique enjeu économique et enjeu environnemental convergent, la réduction de consommation de carburant servant les deux.

Souveraineté, attractivité et sens du métier

La bataille des compétences est aussi géopolitique. Sébastien Jean, spécialiste de géoéconomie à l’IFRI, décrit trois approches contrastées : une Union européenne qui érige la transition écologique en ambition politique structurante, des États-Unis où elle est passée au second plan sous l’administration Trump, et une Chine qui en a fait le socle d’une stratégie industrielle offensive, désormais leader sur la plupart des technologies vertes. Or l’Europe forme des talents qu’elle peine à retenir : d’après un chiffre cité dans l’épisode, 35 % des diplômés aéronautiques français de niveau bac+5 en 2023 ont trouvé leur premier emploi à l’étranger. Pour Jérémy Caussade, président et cofondateur d’Aura Aero, la réponse passe par l’attractivité : « pour recruter des talents, il faut que nos secteurs soient attirants ».

C’est peut-être là le paradoxe optimiste de l’épisode : le défi climatique devient un puissant moteur d’engagement. Jean-Christophe Lambert, cofondateur d’Ascendance Flight Technologies, cite la décarbonation parmi les raisons qui font rejoindre son entreprise ; chez Thales, Denis Bonnet rappelle que l’impact d’un ingénieur qui retire une tonne de CO2 à un vol est « incommensurable » au regard des gestes du quotidien. Nicolas Gourdain y voit un « ciment » capable de rassembler mondes académique, économique et politique, pour que l’aviation reste « un vecteur de paix et de rencontre ».

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • ISAE-SUPAERO — grande école d’ingénieurs aéronautiques (Toulouse), pilote de programmes sur la transition environnementale de l’aviation.
  • ENAC — École nationale de l’aviation civile, master en transition énergétique du transport aérien.
  • ONERA et INSA Toulouse — partenaires cités pour les filières d’ingénieurs sur les avions bas carbone.
  • Airbus, Safran, Thales, Dassault — grands industriels engagés dans la formation aux métiers de l’aviation décarbonée.
  • Air Liquide et ArianeGroup — cités pour les modules croisés sur l’hydrogène.
  • Aura Aero et Ascendance Flight Technologies — start-up françaises de l’aviation décarbonée.
  • IFRI — Institut français des relations internationales.
  • GIFAS — soutien de la mini-série, représentant l’industrie aéronautique et spatiale française.
  • Programme CFM RISE — programme technologique de Safran (avec General Electric) pour des moteurs plus sobres.
  • Safran University et Sustainability Academy — dispositifs de formation interne de Safran.
  • France 2030 — plan d’investissement public mobilisé pour la formation.
  • EASA — Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne, évoquée pour la certification de métiers liés à l’hydrogène.
  • Étude GIFAS-BCG (2023) — 80 % des métiers de l’aéronautique appelés à évoluer d’ici dix ans.
  • Corsair — compagnie citée pour un test d’optimisation des trajectoires avec Thales.
  • Sopra Steria — partenaire du Podcast de l’Aviation.

Au fil de l’épisode

  • 00:00 — Les compétences humaines, ressource stratégique de la transition écologique de l’aviation.
  • 01:47 — Étude GIFAS-BCG 2023 : 80 % des métiers de l’aéronautique devront évoluer.
  • 02:42 — Nicolas Gourdain (ISAE-SUPAERO) : penser la transition de manière globale.
  • 04:00 — Thibault Le Guillou (Airbus) : les trois grandes familles de métiers.
  • 06:08 — Les nouvelles filières de formation (ISAE-SUPAERO, ENAC) et l’expertise hydrogène.
  • 07:39 — Denis Bonnet (Thales) : optimiser les trajectoires, un laboratoire à Singapour.
  • 10:14 — Bruno Ficheux (Airbus) : les cycles longs de l’aviation et l’accélération en cours.
  • 11:44 — Le financement de la montée en compétences.
  • 12:56 — Christine Buche-Andrieux (Safran) : la Sustainability Academy.
  • 14:41 — Estimation du coût de la requalification et dispositifs publics (France 2030).
  • 14:55 — Delphine Dijoud (Safran) : convergence des enjeux économiques et environnementaux.
  • 16:29 — Compétences bas carbone et souveraineté industrielle.
  • 17:21 — Sébastien Jean (IFRI) : Union européenne, États-Unis et Chine face à la transition.
  • 20:38 — Fuite des diplômés et attractivité : Jérémy Caussade (Aura Aero).
  • 22:42 — Jean-Christophe Lambert (Ascendance) : trois raisons de rejoindre le secteur.
  • 23:22 — Le rôle des managers dans la transformation.
  • 24:39 — Denis Bonnet (Thales) : l’impact individuel de l’ingénieur.
  • 25:32 — Nicolas Gourdain (ISAE-SUPAERO) : le défi environnemental comme ciment.
  • 26:43 — Horizon 2050 : hybridation des métiers, montée des fonctions transverses, formation continue.
  • 29:14 — Vers l’épisode 5 : Europe, États-Unis, Chine, qui pilotera la décarbonation ?

FAQ

Pourquoi la décarbonation de l’aviation dépend-elle des compétences ?

Parce que les technologies bas carbone — hydrogène, propulsion électrique, carburants durables, data — exigent des savoir-faire nouveaux et parfois rares. Selon une étude GIFAS-BCG de 2023 citée dans l’épisode, 80 % des métiers de l’aéronautique devront évoluer d’ici dix ans. Sans cette transition des compétences, l’innovation et la production de l’avion décarboné risquent d’être freinées.

Quels nouveaux métiers émergent dans l’aéronautique bas carbone ?

L’épisode décrit des profils liés à la propulsion hydrogène (stockage cryogénique, sécurité, matériaux), à la data appliquée à la maintenance et au vol, à l’analyse du cycle de vie et à la certification environnementale. Se développent aussi des métiers d’interface : chef de projet durabilité ou ingénieur certification, capables de naviguer entre ingénierie, environnement et régulation.

Quelles formations préparent à l’aviation décarbonée ?

L’ISAE-SUPAERO et l’ENAC ont lancé dès 2022 des programmes dédiés à la transition environnementale. L’ISAE-SUPAERO a créé en 2023 une option « aérospatial et environnement » avec Airbus, Safran et Dassault ; l’ENAC propose un master en transition énergétique du transport aérien. Les industriels développent en parallèle des chaires et des plateformes de formation continue.

Qu’est-ce que le programme CFM RISE ?

C’est un programme technologique de Safran, mené avec General Electric au sein de CFM, visant des moteurs plus sobres en carburant et donc en émissions de CO2. Dans l’épisode, Delphine Dijoud, qui en pilote la partie technique, souligne qu’en aéronautique la réduction de consommation sert à la fois l’objectif économique et l’objectif environnemental.

Comment l’Europe se situe-t-elle face aux États-Unis et à la Chine ?

Selon Sébastien Jean (IFRI), l’Union européenne a fait de la transition écologique une ambition politique structurante, là où les États-Unis l’ont reléguée au second plan et où la Chine en a fait le socle d’une stratégie industrielle, devenant leader sur la plupart des technologies vertes. L’Europe forme des talents mais peine à les retenir.

Qui intervient dans cet épisode ?

Cet épisode documentaire donne la parole à plusieurs voix : Nicolas Gourdain (ISAE-SUPAERO), Thibault Le Guillou et Bruno Ficheux (Airbus), Denis Bonnet (Thales), Christine Buche-Andrieux et Delphine Dijoud (Safran), Sébastien Jean (IFRI), Jérémy Caussade (Aura Aero) et Jean-Christophe Lambert (Ascendance Flight Technologies). Il n’y a pas d’invité unique mais une table ronde d’experts.

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