Du comptoir de pharmacie aux affûts de la faune sauvage
James Chevreuil n’a pas grandi un appareil photo à la main. Pharmacien de formation, diplômé en 1967, il n’a exercé que dix ans, dont sept en Afrique, au service de laboratoires qui l’envoient sillonner le Bénin, le Togo et le Cameroun. Installé à Cotonou puis à Douala, nommé directeur pour l’Afrique centrale, il fait la tournée des dispensaires de brousse et pousse toujours « le plus loin possible ». La photographie n’est alors qu’un carnet de voyage. Ce n’est que tardivement, « il y a moins d’une dizaine d’années », qu’il en fait une véritable passion.
De cette vie antérieure, il garde une certitude : il ne met pas en scène. « Quand je photographie des animaux, c’est du reportage », dit-il. Il guette la lumière, l’instant, l’angle, mais n’intervient jamais.
Sous l’eau, la rencontre avec les géants
Passé au numérique, James Chevreuil délaisse la macrophotographie pour les grands animaux marins. En Floride, lors de ce qu’il présente comme sa dernière plongée, un requin tigre de plus de 300 kilos glisse lentement vers lui : il doit poser la main sur son museau pour s’en écarter, rappelant qu’« on ne nourrit pas les requins, on les appâte par l’odeur ». Aux Tonga, à trente-cinq heures de voyage, il nage en apnée, les bouteilles étant interdites pour protéger les animaux, au milieu des baleines à bosse, jamais plus de cinq plongeurs à la fois. Il y entend un « chanteur », un mâle immobile la queue en l’air, dont le chant passe du pépiement aigu aux sons les plus rauques.
En mer de Cortez, au nord de La Paz, un jeune éléphant de mer d’environ 600 kilos le saisit par la taille et l’entraîne à cinq mètres de fond. « Je ne peux pas mieux le comparer à un chien qui chahute », résume-t-il.
« Les chevaux du vent », cinq ans au ras de l’eau
Le déclic vient d’une image de son ami Patrice Aguilar : cinq chevaux lancés de face dans l’eau. Dès 2016, James Chevreuil suit les cavalcades organisées par les manades de Camargue. Il en tire un livre, « Les chevaux du vent », fruit de cinq à six ans de terrain : cinquante et une séances notées et classées, près de quinze mille kilomètres parcourus depuis Marseille. Pour saisir les chevaux au ras des sabots avec un grand angle de 14 millimètres, il bricole un boîtier de protection fermé par une vitre de quinze centimètres de côté, car « quand tu reçois une giclée de sable mouillé, vaut mieux que ce soit sur la vitre que sur mon objectif ».
Refusé par les éditeurs, il choisit l’auto-édition : un financement participatif sur Ulule, atteint à près de 190 %, et un tirage qu’il assume. Le livre, en couleur, court sur quatre-vingt-seize pages et six chapitres, préfacé par Béranger Aubanel, héritier d’une lignée camarguaise attachée à Folco de Baroncelli.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- « Les chevaux du vent » — le livre de James Chevreuil sur les chevaux de Camargue (auto-édité, en couleur, quatre-vingt-seize pages).
- Patrice Aguilar — photographe, ami de l’invité, auteur d’images de chevaux camarguais en noir et blanc qui ont déclenché le projet.
- Béranger Aubanel — auteur de la préface du livre, héritier d’une famille camarguaise liée à Folco de Baroncelli.
- Folco de Baroncelli — marquis, écrivain et figure de la défense des traditions camarguaises.
- La Dombes — région d’étangs entre Lyon et Bourg-en-Bresse, terrain de ses affûts flottants.
- Chasseur d’images, Géo, Scuba People — revues ayant publié ses photographies.
- Montier-en-Der, Festival de la Somme — festivals de photographie animalière où il a présenté son travail.
- Ulule — plateforme de financement participatif utilisée pour éditer le livre.
Au fil de l’épisode
- 00:01:19 — Un ancien pharmacien devenu photographe : dix ans de métier, sept en Afrique.
- 00:02:12 — Le Bénin, le Togo, le Cameroun et la tournée des dispensaires de brousse.
- 00:07:03 — Les affûts flottants et les étangs de la Dombes.
- 00:12:45 — Le matériel : du téléobjectif de 500 mm au grand angle sous-marin.
- 00:16:50 — Face à un requin tigre de plus de 300 kilos, en Floride.
- 00:21:49 — En apnée au milieu des baleines à bosse, aux Tonga.
- 00:25:35 — La « danse » avec un jeune éléphant de mer en mer de Cortez.
- 00:33:17 — La genèse du livre « Les chevaux du vent ».
- 00:38:23 — Cinquante et une séances et quinze mille kilomètres pour un seul livre.
- 00:44:33 — L’auto-édition et le financement participatif sur Ulule.
- 00:51:25 — La préface de Béranger Aubanel et la tradition de la course camarguaise.
FAQ
Qui est James Chevreuil ?
James Chevreuil est un photographe animalier et naturaliste français. Ancien pharmacien ayant travaillé sept ans en Afrique centrale, il est venu tardivement à la photographie de nature, qu’il pratique aussi bien sur terre que sous l’eau. Il est l’auteur du livre « Les chevaux du vent », consacré aux chevaux de Camargue.
Qu’est-ce que le livre « Les chevaux du vent » ?
« Les chevaux du vent » est un livre photographique de James Chevreuil sur les chevaux de Camargue. En couleur, il compte quatre-vingt-seize pages réparties en six chapitres, avec une préface de Béranger Aubanel. Fruit de cinq à six ans de terrain, il a été auto-édité grâce à un financement participatif.
Qu’est-ce qu’un affût flottant ?
L’affût flottant est une technique de photographie animalière où le photographe progresse dans l’eau, dissimulé sous une toile portée par un flotteur. Ainsi camouflé au ras de la surface, il approche les oiseaux d’eau sans être vu et partage la vie intime de l’étang. James Chevreuil le pratique notamment dans la Dombes.
Comment James Chevreuil photographie-t-il sous l’eau ?
Sous l’eau, il abandonne le téléobjectif pour un grand angle de 14 à 15 millimètres et un flash, en s’approchant très près des animaux afin de limiter les particules en suspension. Il a ainsi photographié en apnée des baleines à bosse aux Tonga et croisé un requin tigre en Floride.
Pourquoi avoir choisi l’auto-édition ?
Refusé par les éditeurs classiques, James Chevreuil a auto-édité « Les chevaux du vent ». Il a lancé un financement participatif sur Ulule, atteint à près de 190 %, pour couvrir un tirage minimum de deux cents exemplaires. Ce choix lui a permis de garder la pleine maîtrise de son livre, notamment le parti pris de la couleur.
