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Apsatou Bagaya, femme photographe pionnière au Niger

Apsatou Bagaya est l'une des rares femmes photographes professionnelles du Niger. Ancienne comptable, elle raconte comment un studio ouvert dans un parc d'attractions de Cotonou, avec presque rien en poche, l'a menée vers la photographie d'auteur. De retour à Niamey en 2013, sur le conseil du photographe belge Jean-Dominique Bertin de « chercher l'inspiration chez soi », elle construit une œuvre documentaire sur les femmes, la ville et la mémoire. Un échange franc sur la place fragile de la photographie au Niger, le regard des familles et son envie de faire un livre.

Apsatou Bagaya, pionnière de la photographie d'auteur au Niger

De la comptabilité à la photographie

Apsatou Bagaya n’était pas destinée à devenir photographe. Formée à la comptabilité pour satisfaire ses parents, elle raconte s’être ennuyée dans ce métier au point de démissionner à plusieurs reprises. C’est un troisième poste, plus polyvalent, au sein de l’association béninoise Élan Vital, qui la met au contact de l’audiovisuel : transcriptions de vidéos, manipulation du matériel d’un studio. « C’est comme ça que j’ai appris », résume-t-elle. Elle finit par se former dans un centre de photographie, puis ouvre son propre studio en 2006.

Née au Niger, elle avait quitté le pays vers huit ans pour vivre au Bénin, puis au Togo, où elle passe une vingtaine d’années — au prix d’une longue rupture avec sa famille.

Un studio né de presque rien

Le vrai commencement, c’est un parc d’attractions à Cotonou. Sans argent pour payer l’emplacement réclamé, elle négocie pied à pied avec les responsables et démarre grâce à un ami qui lui prête de quoi se lancer. Elle installe une table, un carnet de reçus acheté au marché, et photographie les enfants qui viennent jouer. « Le plus important pour moi, c’est la belle image », dit-elle : lumière, cadrage, expression de l’enfant, et la confiance des parents. L’activité grandit jusqu’à employer plusieurs personnes et s’équiper d’un laboratoire de développement.

C’est un client, réclamant un vrai reçu d’entreprise, qui la pousse à passer à la chambre de commerce et à créer officiellement sa société — une structure qu’elle a ensuite recréée au Niger et dont elle tient toujours la comptabilité.

Rentrer chez soi pour trouver son regard

Le tournant a lieu en 2012, lors d’un workshop à la Fondation Zinsou, où elle rencontre le photographe belge Jean-Dominique Bertin. C’est lui qui lui fait découvrir qu’« on pouvait s’exprimer à travers la photo », l’emmène exposer aux biennales de Bamako et de Dakar, et lui donne un conseil décisif : rentrer au pays pour y trouver l’inspiration. Elle revient au Niger en 2013, s’y marie, met la photographie de côté deux ans, puis s’y consacre pleinement à partir de 2015. Ce retour, dit-elle, l’a surtout reliée à sa famille et à son peuple, et lui a rendu une sensibilité qu’elle n’aurait « pas pu trouver » au Bénin.

Naissent alors ses séries d’auteur : « Totem », des femmes voilées photographiées de dos à l’université, exposée à la Biennale de Bamako ; un travail sur le bonnet traditionnel Kaguya ; et surtout une série de portraits de femmes Wai, victimes d’une forme d’esclavage, qui lui vaut un deuxième prix (prix d’art Leslie, 2019). Sollicitée par des ONG comme la GIZ ou Concern, elle interroge aussi, avec franchise, la place encore fragile de la photographie au Niger en 2022 — un métier peu reconnu, plus difficile encore à faire admettre quand on est une femme. Elle évoque le regard sceptique des familles, ce fameux syndrome de l’imposteur qui empêche longtemps de se dire « photographe », et son rêve d’un livre, « Regard sur Niamey », qu’elle envisage de publier, au besoin en auto-édition.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Jean-Dominique Bertin — photographe belge, mentor rencontré en 2012, qui l’invite aux biennales de Bamako et de Dakar
  • Fondation Zinsou (Bénin) — lieu du workshop déterminant de 2012
  • Biennale de Bamako — où est exposée sa série « Totem »
  • Biennale de Dakar
  • Série « Totem » — femmes voilées photographiées de dos à l’université
  • Femmes Wai — série de portraits primée (prix d’art Leslie, 2019)
  • Bonnet Kaguya — coiffe traditionnelle au cœur d’une de ses séries
  • Centre culturel français de Niamey — lieu de ses expositions
  • GIZ, Concern — ONG et coopérations pour lesquelles elle travaille
  • Association Élan Vital (Bénin) — où elle découvre l’audiovisuel

Au fil de l’épisode

  • 00:25 — Depuis le Centre culturel français de Niamey, retrouvailles dix ans après
  • 01:37 — Les débuts en 2006 et les photos au parc d’attractions
  • 02:17 — 2012 : le workshop à la Fondation Zinsou et la rencontre avec Jean-Dominique Bertin
  • 03:26 — Le conseil décisif : rentrer chez soi pour trouver l’inspiration
  • 04:38 — Les premières séries d’auteur et « Totem », les femmes voilées
  • 05:41 — Le bonnet Kaguya, les femmes Wai et un deuxième prix en 2019
  • 08:06 — De la comptabilité à la photographie
  • 10:28 — L’ouverture du studio et l’apprentissage du métier
  • 15:18 — Du carnet de reçus à la création d’une véritable entreprise
  • 17:40 — Ses clients au Niger et le travail avec les ONG
  • 20:05 — Quelle place pour la photographie au Niger en 2022 ?
  • 25:29 — « Photographe professionnel » et le syndrome de l’imposteur
  • 27:15 — Le rêve d’un livre photo et la question de l’auto-édition

FAQ

Qui est Apsatou Bagaya ?

Apsatou Bagaya est une photographe nigérienne installée à Niamey, l’une des rares femmes photographes professionnelles du Niger. Ancienne comptable reconvertie, elle a d’abord tenu un studio au Bénin avant de rentrer au pays en 2013 pour développer une photographie documentaire d’auteur centrée sur les femmes et sur sa ville.

Comment Apsatou Bagaya est-elle devenue photographe ?

Formée à la comptabilité, elle découvre l’audiovisuel dans une association béninoise, se forme dans un centre de photographie, puis ouvre en 2006 un studio dans un parc d’attractions de Cotonou. Elle bascule vers la photographie d’auteur en 2012, après un workshop à la Fondation Zinsou et sa rencontre avec le photographe Jean-Dominique Bertin.

Quelles sont les séries photographiques d’Apsatou Bagaya ?

Elle a notamment réalisé « Totem », sur les femmes voilées photographiées de dos à l’université, exposée à la Biennale de Bamako ; un travail sur le bonnet traditionnel Kaguya ; et une série de portraits de femmes Wai, victimes d’une forme d’esclavage, qui lui a valu un deuxième prix en 2019.

Pourquoi Apsatou Bagaya est-elle rentrée au Niger ?

Le photographe belge Jean-Dominique Bertin lui a conseillé de chercher l’inspiration chez elle, dans son pays. Rentrée en 2013, elle explique que ce retour l’a reliée à sa famille et à son peuple après une longue rupture, et lui a rendu la sensibilité nécessaire à son travail d’auteur.

Quelle est la place de la photographie au Niger ?

Selon Apsatou Bagaya, la photographie reste, en 2022, un métier encore peu reconnu au Niger, où l’art est plutôt associé à la peinture ou à la sculpture. La reconnaissance progresse peu à peu grâce aux expositions, mais s’imposer demeure plus difficile encore lorsqu’on est une femme.

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