Du déminage de l’armée de terre au GIGN
Nicolas a 49 ans, il est marié, père de deux garçons et vit aujourd’hui à La Rochelle. Son parcours, il le qualifie lui-même d’« atypique ». Il s’engage dans l’armée de terre en 1997, avec une idée fixe : le déminage. La spécialité n’était pas ouverte à sa première tentative, alors il patiente une année — le temps de passer un BTS — avant d’être pris. Neuf ans plus tard, il bascule dans la gendarmerie mobile, six années qui le mènent au fil des DOM-TOM. Puis il rattrape un rêve d’adolescent, né en 1994 devant l’assaut du GIGN à Marignane : à 35 ans, à la limite d’âge et avec une dérogation, il tente sa « seule cartouche » aux tests du groupe et la réussit. Il y servira comme dépiégeur d’assaut — un démineur formé à intervenir au plus près de la menace — jusqu’en 2022.
Il décrit une sélection exigeante : un appel à volontaires, une semaine de tests, un prestage de quelques semaines, puis une formation d’un an dont ne sortent, dit-il, qu’une dizaine à une vingtaine de candidats par an. Au GIGN, il distingue trois grandes forces — intervention, protection, observation-recherche — et se souvient surtout d’une opération : la traque, en janvier 2015, des auteurs de l’attentat de Charlie Hebdo, qui s’achève par l’assaut de Dammartin-en-Goële. « On ne s’engage pas au GIGN pour rien », résume-t-il.
L’explosion, puis la reconstruction par le sport
Le tournant survient lors d’un entraînement, vers 2016. Nicolas lance une grenade qui explose prématurément et lui arrache plusieurs doigts de la main droite, sa main forte. Il raconte l’instant avec précision : la douleur, le garrot qu’il se pose seul, l’appel à ses camarades, l’hélicoptère, la première injection de morphine, l’opération à l’hôpital d’instruction des armées Percy. Puis le déni — la sensation des « membres fantômes » qui lui fait croire, au réveil, que sa main est intacte — avant l’acceptation, quand les chirurgiens déballent la main. « C’est ma main droite, c’est ma main forte, c’est fini », se dit-il alors. Il souligne combien le corps s’adapte vite : en une semaine, il réapprend à écrire de la main gauche ; plus tard, il tirera même à l’arme de poing de la main gauche.
La reconstruction s’appuie sur sa famille — en particulier son fils aîné, qu’il rassure en l’emmenant s’entraîner à la salle de sport du GIGN — puis sur le vélo. Repéré par la cellule des blessés de la gendarmerie, il découvre la reconstruction par le sport, rejoint l’équipe de France et participe aux Invictus Games, la compétition réservée aux militaires blessés créée par le prince Harry : à Sydney puis à La Haye, il rapporte trois médailles, dont deux en or sur la course sur route. Il rend enfin hommage aux associations qui l’ont entouré — l’ONAC-VG, la Fédération des Amputés de Guerre et Les Gueules Cassées, présentes dès le début — et lance un appel : ne pas garder le silence sur les blessures invisibles, ce syndrome post-traumatique qu’on décèle bien plus tard que les plaies.
Pour aller plus loin
- Le site de l’association Les Gueules Cassées
- Le GIGN sur le site de la Gendarmerie nationale
- La fondation des Invictus Games
- L’ONAC-VG (Office national des combattants et victimes de guerre)
Les références de l’épisode
- Le GIGN (Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale) et sa spécialité de dépiégeur d’assaut
- La prise d’otages du vol Air France 8969 (assaut du GIGN à Marignane, 1994)
- L’attentat de Charlie Hebdo et l’assaut de Dammartin-en-Goële (janvier 2015)
- Les Invictus Games, compétition pour militaires blessés créée par le prince Harry (éditions de Sydney et de La Haye)
- L’hôpital d’instruction des armées Percy, à Clamart
- Les associations d’accompagnement : Les Gueules Cassées (UBFT), la Fédération des Amputés de Guerre, l’ONAC-VG
- La cellule des blessés de la gendarmerie
Au fil de l’épisode
- La présentation de Nicolas : 49 ans, une famille, un parcours « atypique »
- L’engagement dans l’armée de terre en 1997 et l’attrait pour le déminage
- La bascule vers la gendarmerie mobile et le tour des DOM-TOM
- Le rêve du GIGN, né en 1994 devant l’assaut de Marignane
- Les tests de sélection et la formation du groupe
- Le quotidien d’un dépiégeur d’assaut et les trois grandes forces du GIGN
- L’opération de Dammartin-en-Goële, en janvier 2015
- L’explosion de la grenade à l’entraînement et l’amputation de la main droite
- L’instinct de survie, le garrot, l’hélicoptère et l’opération à Percy
- Le déni, les « membres fantômes » et l’acceptation
- Le soutien de la famille et le rôle du fils aîné
- La reconstruction par le sport, le vélo et la sélection en équipe de France
- Les médailles aux Invictus Games
- Le rôle des Gueules Cassées et l’appel à libérer la parole sur les blessures invisibles
FAQ
Qui est Nicolas, le démineur du GIGN ?
Nicolas est un ancien militaire de 49 ans, engagé dans l’armée de terre en 1997 comme démineur, puis gendarme mobile, avant d’intégrer le GIGN comme dépiégeur d’assaut jusqu’en 2022. Blessé à la main droite lors d’un entraînement, il témoigne de son parcours et de sa reconstruction dans le podcast « Gueules Cassées ».
Qu’est-ce qu’un dépiégeur d’assaut au GIGN ?
Le dépiégeur d’assaut est un spécialiste du déminage capable d’intervenir au plus près de la menace, pendant l’assaut. Comme l’explique Nicolas, il neutralise pièges et charges explosives en situation dégradée, en France comme à l’étranger. C’est l’une des spécialités du GIGN, qui combine expertise du déminage et engagement opérationnel.
Comment Nicolas a-t-il été blessé ?
Lors d’un entraînement, vers 2016, une grenade que Nicolas venait de lancer a explosé prématurément et lui a arraché plusieurs doigts de la main droite. Resté un temps seul, il s’est posé lui-même un garrot avant d’être évacué par hélicoptère et opéré à l’hôpital d’instruction des armées Percy. Cette blessure a mis fin à sa carrière opérationnelle.
Que sont les Invictus Games ?
Les Invictus Games sont une compétition sportive internationale réservée aux militaires blessés, créée par le prince Harry. Nicolas les compare à des « jeux paralympiques militaires ». Sélectionné en équipe de France en cyclisme, il y a remporté trois médailles, dont deux en or sur la course sur route, lors des éditions de Sydney et de La Haye.
Qu’est-ce que l’association Les Gueules Cassées ?
Les Gueules Cassées (Union des Blessés de la Face et de la Tête) est une association qui accompagne les blessés depuis plus d’un siècle. Nicolas raconte qu’elle l’a soutenu dès le début, notamment dans sa reconstruction par le sport, en finançant du matériel adapté comme un vélo. Elle agit aussi pour libérer la parole sur les blessures invisibles.
Qu’est-ce qu’une blessure invisible ?
Une blessure invisible désigne les séquelles psychiques d’un traumatisme, comme le syndrome de stress post-traumatique. Nicolas explique qu’elle est plus difficile à déceler qu’une blessure physique et se révèle souvent plus tard. Son message : ne pas garder cela pour soi et en parler dès que possible, car l’accompagnement existe.
