De l’Alsace au choc africain
Alexandre Sattler a grandi en Alsace, à Colmar, avec la forêt et la montagne pour terrain de jeu. Ce goût de la nature le mène d’abord vers des études de guide nature et d’accompagnateur en moyenne montagne. Mais l’homme qu’il décrit à dix-huit ans est « complètement paumé », en quête de reconnaissance et de marques, poussé par une envie tenace d’aller voir « ce qui se passait ailleurs ». Fan de reggae et de son « apologie de l’Afrique », il trouve une association et part faire un projet humanitaire au Togo, sans avoir jamais quitté sa région natale.
Le voyage lui met, dit-il, « une claque monumentale » : face à des gens qui n’ont presque rien mais rayonnent d’une joie de vivre qu’il n’a pas, il voit ses croyances voler en éclats. Il rapporte de ce séjour une phrase d’un Togolais qu’il aime répéter — « Vous en Europe, vous avez la montre ; nous en Afrique, nous avons le temps » — et le sentiment d’une injustice profonde entre les passeports du Nord et ceux du Sud.
La photographie et le son, nés sur la route
La suite se construit hors des cases. Fasciné par les peuples premiers et leur lien à l’environnement, il lit Message des hommes vrais au monde des mutants de Marlo Morgan et décide de partir à la rencontre des Aborigènes. Une bourse Jeunesse et Sports finance le projet ; en Australie, il s’achète un van puis un premier appareil photo, parce qu’il doit « ramener quelque chose » de son voyage. La photographie de reportage naît ainsi d’une contrainte. Le son viendra par hasard, via un poste d’animateur dans une radio associative de Colmar, où il comprend que « le micro était un outil incroyable pour ouvrir plein de portes ».
De cette période, il tire une leçon qu’il place au cœur de sa pratique. À vingt-deux ans, dans l’Himalaya, il photographie un sadhou — l’un de ces hommes saints de l’hindouisme qui renoncent à toute possession — croisé dans une grotte. Il en fait une carte postale, vendue localement à Colmar au profit de son association. Sept ans plus tard, de retour au Népal, il retrouve le même homme… qui sort de son maigre sac la carte postale, déjà en sa possession. « Ce jour-là, j’ai pris conscience que la photographie avait du pouvoir », résume-t-il. Depuis, il ne fait plus d’image sans le consentement de la personne.
Des livres, une doyenne et un éloge du sourire
Photographe, Alexandre Sattler est aussi l’auteur de plusieurs livres photo — « Éclats de joie », « Ode à la bienveillance » — et de « La Doyenne du monde », né d’une image devenue iconique : le visage « parcheminé par l’empreinte du temps » d’une grand-mère photographiée dans les montagnes de l’État Shan, en Birmanie. Interpellé par la beauté que les gens trouvaient à ce visage très ridé, il s’interroge sur notre peur de vieillir et décide de repartir en Birmanie pour retrouver cette femme, lui donner un nom et une histoire. Il en rapporte un livre et un film documentaire.
L’entretien parcourt encore la Namibie, où il choisit de partir pendant la pandémie avec la carnettiste Stéphanie Ledoux, et la Jordanie, où il découvre Pétra presque déserte. Il annonce un prochain livre, « Éloge du sourire », pensé comme une réponse aux années de masques. Sa ligne de conduite, dit-il, tient en peu de mots : photographier la beauté des paysages comme celle des visages, parce qu’il aime croire « que l’homme est bon par essence, mais que c’est le système qui a tendance à le corrompre ».
Alexandre Sattler nous recommande…
- « Message des hommes vrais au monde des mutants » — Marlo Morgan, le livre sur les Aborigènes d’Australie qui a déclenché l’un de ses premiers grands voyages.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Gaïa Images — le nom d’auteur et le site d’Alexandre Sattler (« l’image et le son sont vecteurs d’émotions »).
- Regards d’ailleurs — l’association, puis la fondation qu’il a créées pour soutenir des projets et lever des fonds par l’image.
- « Éclats de joie » et « Ode à la bienveillance » — deux de ses livres photo humanistes.
- « La Doyenne du monde » — livre et film documentaire consacrés à une grand-mère de l’État Shan, en Birmanie.
- « Éloge du sourire » — son prochain livre, en préparation.
- Stéphanie Ledoux — carnettiste et illustratrice de voyage, avec qui il part en Namibie.
- Nomad Festival — le festival de Cergy-Pontoise où est enregistré l’entretien.
- Bourse Jeunesse et Sports — le dispositif qui a financé son voyage en Australie.
- Tipeee — la plateforme de soutien mentionnée en fin d’épisode.
Au fil de l’épisode
- 00:01:11 — Enfance en Alsace, à Colmar, et études de guide nature et accompagnateur en montagne.
- 00:02:47 — Le vrai point de départ : un jeune « complètement paumé » à dix-huit ans.
- 00:03:35 — Le reggae, le rêve d’Afrique et un premier projet humanitaire au Togo.
- 00:04:16 — Le choc du Togo : la joie de vivre malgré le dénuement, « vous avez la montre, nous avons le temps ».
- 00:08:07 — La fascination pour les peuples premiers et la lecture de Marlo Morgan.
- 00:08:51 — Une bourse Jeunesse et Sports et le départ en Australie à la rencontre des Aborigènes.
- 00:09:49 — L’achat d’un premier appareil photo : la photographie comme contrainte devenue métier.
- 00:10:47 — Le hasard d’un poste en radio à Colmar et la découverte du son.
- 00:14:18 — L’anecdote du sadhou rencontré dans l’Himalaya à vingt-deux ans.
- 00:17:33 — La carte postale et la création de l’association Regards d’ailleurs.
- 00:18:15 — Sept ans plus tard : le sadhou avait déjà la carte postale dans sa grotte.
- 00:19:33 — Le pouvoir de l’image et l’importance du consentement.
- 00:22:42 — Ses livres photo et la genèse de « La Doyenne du monde ».
- 00:23:50 — L’image iconique d’une grand-mère de l’État Shan, en Birmanie.
- 00:25:14 — Le retour en Birmanie pour retrouver cette femme et lui donner un nom.
- 00:29:42 — La Namibie pendant la pandémie, avec Stéphanie Ledoux.
- 00:33:22 — La Jordanie et Pétra presque déserte.
- 00:35:33 — Le prochain livre, « Éloge du sourire ».
- 00:37:17 — Sa vision : photographier la beauté et croire l’homme bon par essence.
- 00:38:03 — Les citations posées sur ses cartes postales.
FAQ
Qui est Alexandre Sattler ?
Alexandre Sattler est un photographe voyageur et preneur de son français, originaire d’Alsace. Ancien candidat au métier de guide nature, il parcourt le monde depuis une vingtaine d’années — Afrique, Asie, Maghreb — pour photographier les peuples et les paysages. Il se définit comme un photographe humaniste, « vecteur d’émotions », et publie ses images sous le nom Gaïa Images.
Quels sont les livres photo d’Alexandre Sattler ?
Dans l’épisode, Alexandre Sattler cite plusieurs de ses livres : « Éclats de joie », « Ode à la bienveillance » et « La Doyenne du monde », accompagné d’un film documentaire. Il a aussi auto-édité des ouvrages plus anciens et prépare un nouveau livre intitulé « Éloge du sourire ».
Que raconte le livre « La Doyenne du monde » ?
« La Doyenne du monde » part d’un portrait d’une très vieille femme photographiée dans les montagnes de l’État Shan, en Birmanie. Frappé par la beauté de ce visage marqué par le temps, Alexandre Sattler est retourné en Birmanie pour retrouver cette dame, lui donner un nom et une histoire. Le projet a donné un livre et un film documentaire.
Qu’est-ce que l’association Regards d’ailleurs ?
Regards d’ailleurs est l’association fondée par Alexandre Sattler, prolongée par une fondation du même nom. Son objet est d’aider les ONG à communiquer grâce à son savoir-faire d’image et de son, et de lever des fonds pour des projets, notamment par la vente d’images et de cartes postales.
Comment Alexandre Sattler est-il devenu photographe ?
Alexandre Sattler s’est mis à la photographie lors d’un voyage en Australie, financé par une bourse Jeunesse et Sports pour aller à la rencontre des Aborigènes. Devant ramener des images pour un projet de conférence-diaporama, il s’achète son premier appareil. La photographie de reportage naît ainsi d’une contrainte, avant de devenir son métier.
Qu’est-ce qu’un sadhou ?
Un sadhou est, dans l’hindouisme, un homme saint qui renonce volontairement à la vie matérielle pour se consacrer à une vie spirituelle et à une quête d’éveil. Alexandre Sattler raconte en avoir rencontré un dans l’Himalaya, au Népal, une rencontre qui a durablement marqué son rapport à l’image.
