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#153 Alix de Sagazan – Ab Tasty – Progresser et faire progresser tes clients

Cofondatrice et co-CEO d'AB Tasty, Alix de Sagazan a fait d'une petite agence parisienne le leader mondial de l'optimisation de l'expérience client. Au micro de Génération Do It Yourself, elle retrace dix ans d'aventure : l'invention d'un éditeur qui redonne la main aux équipes marketing, les premiers clients arrachés, quatre levées de fonds et l'ouverture des bureaux de New York à Singapour. Un récit sans filtre sur le test and learn, le duo de fondateurs et la confiance en soi, où chaque échec devient un apprentissage.

Alix de Sagazan, cofondatrice d'AB Tasty : du A/B testing à l'expansion mondiale

De l’agence Liwio au leader du test A/B

Avant AB Tasty, il y a une amitié d’enfance et une agence. Alix de Sagazan raconte avoir retrouvé Rémi Aubert, ami de colonies de vacances, alors que tous deux travaillaient dans le digital. En 2010, le duo lance une agence, Liwio, spécialisée dans l’analyse d’audience et la conversion de trafic. Pour financer les premiers salaires, ils font tourner en parallèle un comparateur de prix en affiliation qui leur rapporte environ 300 000 euros sur deux ans — un « business angel » improvisé, avant que Google ne finisse par le tuer. Elle ne cache aucun des ratés de cette période : un tableau de bord transformé en usine à gaz, du scraping de prix qui lui vaut des insultes sur les réseaux, des missions d’agence mal vendues.

Le déclic vient d’un week-end séminaire : il faut arrêter le conseil et construire un produit. En 2013, l’agence est abandonnée, les missions cédées aux concurrents, et la société se rebaptise AB Tasty pour se consacrer à 100 % au logiciel.

Redonner la main aux équipes marketing

Le principe d’AB Tasty tient en une promesse : permettre aux équipes marketing de tester et de personnaliser un site web sans dépendre des développeurs. « En 5 minutes », un code s’installe sur le site, puis un éditeur — qu’Alix compare à un PowerPoint — pose des modifications par-dessus les pages et mesure ce qui marche. C’est le cliché de l’A/B testing : montrer deux versions d’un bouton ou d’une page à parts égales, laisser les utilisateurs trancher, et valider par la donnée plutôt que par l’intuition. « Arrête de deviner et tu valides tout avec de la data », résume-t-elle. Avec le temps, la société bascule d’ailleurs davantage vers la personnalisation que vers le test pur.

Son obsession : passer du statut de gadget à celui d’outil indispensable. « On est devenu totalement essentiel. Ce n’est pas un nice to have, c’est vraiment un must-have », insiste-t-elle. Une bascule illustrée par le premier confinement de mars 2020, où les clients enchaînent en trois semaines un volume record de bannières, messages et redirections.

Des premiers clients au SaaS qui tourne

Le premier client, Photobox, se signe dans les larmes de joie. Puis vient Bouygues Telecom à l’été 2012, via sa cellule innovation, pour un contrat qui grimpe jusqu’à 10 000 euros par mois. Etam, Cdiscount suivent — des enseignes toujours clientes des années plus tard. Alix raconte un pricing bricolé « en live », changé sur le site pendant les rendez-vous, avant que le modèle ne se structure. AB Tasty finit par revendiquer 900 clients dans le monde et environ 230 collaborateurs, servant aussi bien des grands comptes comme LVMH, Hermès ou L’Oréal que des PME.

La clé, selon elle, est le customer success : entrer dans les process du client pour ne plus jamais en sortir. C’est cette rétention qui transforme un abonnement en revenu récurrent solide.

Quatre levées de fonds et une conquête internationale

AB Tasty enchaîne les tours de table : un amorçage d’un million d’euros en 2014, alors que la société est déjà rentable et compte douze personnes, une série A de cinq millions début 2016, une série B en 2017, puis une série C de 40 millions de dollars — soit 64 millions levés au total. Alix en tire une méthode : bien cibler ses investisseurs, s’entraîner sur des fonds qu’on ne veut pas, soigner son deck, sa data room et ses unit economics, et traiter la levée « comme un marathon » de deux mois sans se laisser détourner du business.

Côté international, la recette est constante : signer d’abord des clients depuis Paris, puis envoyer une petite équipe go-to-market — un vendeur, un marketeur, un customer success — porteuse de la culture maison. Rémi Aubert part aux États-Unis fin 2016, épaulé par un programme de Business France ; suivront Singapour et l’Asie-Pacifique. Le marché britannique reste, dit-elle, le plus dur à craquer. Son enseignement rétrospectif : « une fois que tu as craqué le marché anglais, tu es capable de craquer tous les marchés », et si c’était à refaire, elle irait directement viser l’immense marché américain.

Diriger à deux, apprendre de chaque échec

Alix de Sagazan dirige AB Tasty en binôme avec Rémi Aubert, sous le titre de co-CEO : à lui le produit, la tech et la R&D en France, à elle le business et l’international depuis New York, où elle vit depuis deux ans. Deux points téléphoniques ritualisés par jour, un coach qui les accompagne depuis six ans et des décisions prises à deux structurent ce duo. Elle parle aussi sans détour de la condition des femmes entrepreneures et de la confiance en soi, elle qui estime avoir raté des occasions par manque d’assurance : « aie confiance en toi », conseillerait-elle à la jeune femme qu’elle était.

Reste un fil rouge, érigé en mantra maison : « je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends. » Une devise qui résume dix ans d’itérations, d’échecs assumés et de progression continue — pour elle comme pour ses clients.

Alix de Sagazan nous recommande…

  • « Petit traité de vie intérieure » — Frédéric Lenoir, un livre qui l’a marquée et qu’elle fait découvrir à ses équipes.
  • « The Hard Thing About Hard Things » — Ben Horowitz, un classique de l’entrepreneuriat qu’elle cite parmi ses références.
  • « Who: The A Method for Hiring » — Geoff Smart et Randy Street, sur l’art de recruter les bonnes personnes.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • AB Tasty — l’entreprise d’A/B testing et de personnalisation cofondée par l’invitée.
  • Liwio — l’agence d’origine, devenue AB Tasty.
  • Photobox — tout premier client de l’outil.
  • Bouygues Telecom — client signé dès 2012 via sa cellule innovation.
  • Etam et Cdiscount — parmi les premiers clients fidèles.
  • LVMH, Hermès et L’Oréal — grands comptes cités.
  • Petit Bambou — application de méditation évoquée dans l’épisode.
  • Business France — programme d’accompagnement pour l’implantation aux États-Unis.
  • Google Analytics et Google Website Optimizer — outils sur lesquels Alix s’est formée à ses débuts.

Au fil de l’épisode

  • Présentation d’Alix de Sagazan et vue d’ensemble d’AB Tasty.
  • L’A/B testing expliqué simplement : deux versions, la donnée qui tranche.
  • Le fonctionnement du produit : l’éditeur, les campagnes, la personnalisation.
  • La rencontre avec Rémi Aubert et les débuts dans le digital.
  • La création de l’agence Liwio et le comparateur de prix qui finance les débuts.
  • Les échecs des premières années et le déclic vers le SaaS.
  • L’invention de l’éditeur et les tout premiers clients.
  • Le pivot de 2013 : abandon de l’agence, focus produit.
  • Devenir un outil « must-have » ; le pic d’activité du confinement.
  • Les quatre levées de fonds, de l’amorçage à la série C.
  • Le déploiement international : Europe, États-Unis, Asie-Pacifique.
  • Le recrutement aux États-Unis et les chocs culturels par pays.
  • Le modèle de direction à deux, en co-CEO.
  • La vie à New York, les femmes entrepreneures et la confiance en soi.
  • Rituels de progression, lectures et mantra final.

FAQ

Qui est Alix de Sagazan ?

Alix de Sagazan est une entrepreneuse française, cofondatrice et co-CEO d’AB Tasty. Diplômée d’école de commerce, elle a débuté dans le digital avant de lancer, avec Rémi Aubert, l’agence Liwio en 2010, transformée en AB Tasty en 2013. Au moment de l’enregistrement, elle vit à New York où elle pilote le développement international de l’entreprise.

Qu’est-ce qu’AB Tasty ?

AB Tasty est une entreprise française de logiciel en mode SaaS, spécialisée dans l’A/B testing, l’expérimentation et la personnalisation de l’expérience client. Son outil permet aux équipes marketing de modifier et de tester un site web sans développeur. Fondée en 2010 sous le nom de Liwio, elle revendique dans l’épisode 900 clients et environ 230 collaborateurs à travers le monde.

Qu’est-ce que l’A/B testing ?

L’A/B testing consiste à présenter deux versions d’une même page ou d’un même élément — un bouton, un visuel, un texte — à des parts égales de visiteurs, puis à mesurer laquelle obtient les meilleurs résultats. L’objectif est de décider par la donnée plutôt que par l’intuition. C’est le cœur historique du métier d’AB Tasty, aujourd’hui complété par la personnalisation.

Comment AB Tasty s’est-il développé à l’international ?

Selon Alix de Sagazan, AB Tasty signe d’abord des clients depuis Paris, puis envoie sur place une petite équipe go-to-market porteuse de sa culture. L’entreprise s’implante ainsi en Europe, aux États-Unis — où Rémi Aubert part fin 2016 avec l’appui de Business France — puis en Asie-Pacifique depuis Singapour. Elle décrit le marché britannique comme le plus difficile à conquérir.

Combien AB Tasty a-t-il levé de fonds ?

Dans l’épisode, Alix de Sagazan détaille quatre tours de table : un amorçage d’un million d’euros en 2014, une série A de cinq millions début 2016, une série B en 2017 et une série C de 40 millions de dollars, pour un total d’environ 64 millions levés. Elle insiste sur la préparation, les unit economics et le risque de se déconcentrer du business.

Comment Alix de Sagazan et Rémi Aubert dirigent-ils AB Tasty à deux ?

Ils fonctionnent en co-CEO, avec une répartition claire : Rémi Aubert supervise le produit, la technologie et la R&D en France, tandis qu’Alix de Sagazan pilote le business et l’international depuis New York. Deux points téléphoniques quotidiens, des décisions prises ensemble et l’accompagnement d’un coach depuis six ans structurent, dit-elle, ce binôme de fondateurs.

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