De Goldman Sachs à la traversée de l’Afrique
Bertrand Altmayer se décrit comme un « bon élève qui surfe sur une vague » : prépa en internat, puis HEC. Recalé à la majeure entrepreneuriat, il choisit la majeure finance et se fait recruter par Goldman Sachs, en fusion-acquisition. Il raconte un rythme extrême — « vingt heures par jour », nuits et week-ends compris — puis un passage dans un fonds d’investissement à Londres, en pleine crise financière. Malgré une « prison dorée » très bien rémunérée, il ne se retrouve pas dans le fait de « faire de l’argent avec les initiatives des autres ».
Il démissionne et part plus de quatre mois en Afrique, du Cap jusqu’au Kenya. À son retour à Paris, il monte un restaurant avec des amis — sa première expérience concrète d’entrepreneur — avant de se décider à se lancer pour de bon.
Marcel, un VTC « bio » lancé face à Uber
L’idée le tient depuis 2005 : le manque chronique de taxis à Paris, et le modèle des minicabs londoniens comme Addison Lee. Le déclic vient d’une conversation avec son meilleur ami Benoît Richard : « niquer le monopole des taxis ». En 2013, ils fondent Class&Co et lancent Marcel, un VTC parisien qu’il présente comme « le seul service bio de VTC, respectueux et respectable ». Assumant d’être « un concurrent d’Uber », il choisit un positionnement différent : le B2B et la réservation à l’avance, pour une clientèle plus âgée que celle des applications grand public. Il raconte avoir réuni 850 000 euros d’intentions d’investissement à partir d’un simple PowerPoint, avant une levée d’un million d’euros en 2016.
Il revient sans détour sur la crise opérationnelle du « dispatch », ces nuits passées à affecter les chauffeurs pour ne jamais laisser un client sans voiture, et sur la leçon qu’il en tire : « vous êtes en train de monter une chaîne de McDo, mais vous faites les frites ».
De la techno Yuso au rachat par Renault
Derrière Marcel, l’équipe développe une technologie de gestion de flotte, revendue en marque blanche à d’autres transporteurs sous la marque Yuso (YusoFleet). Bertrand Altmayer la compare au rôle de Mangopay pour Leetchi : un moteur logiciel vendu à ceux qui veulent, eux aussi, concurrencer Uber, jusqu’au Brésil, aux États-Unis ou en Angleterre. Le développement s’appuie sur une filiale technique à Tunis. Les deux sociétés, réunies sous Class&Co, sont finalement rachetées par RCI Banque, la filiale financière de Renault — ce qu’il présente comme la première acquisition de startup du groupe.
Il partage enfin sa conviction sur l’avenir de la mobilité : la voiture autonome, la fin de la propriété automobile, et la bataille de tous les acteurs — constructeurs, loueurs, taxis — pour l’accès direct au client.
Pour aller plus loin
- Bertrand Altmayer sur LinkedIn
- Marcel, le service de VTC
- Yuso Fleet, la technologie de gestion de flotte
Les références de l’épisode
- Class&Co — la société fondée en 2013 avec Benoît Richard, maison mère de Marcel et Yuso.
- Marcel — le service de VTC parisien, positionné sur la réservation à l’avance et le B2B.
- Yuso (YusoFleet) — la technologie de gestion de flotte vendue en marque blanche.
- Goldman Sachs — la banque d’affaires où il a débuté en fusion-acquisition.
- HEC — son école.
- RCI Banque — la filiale de Renault qui a racheté Class&Co.
- Uber, Chauffeur Privé, Le Cab — les concurrents du marché du VTC.
- Addison Lee — la société de minicabs londoniens citée comme source d’inspiration.
Au fil de l’épisode
- Présentation de Bertrand Altmayer, de Marcel et de Yuso, et de leur rachat par Renault.
- Une jeunesse de bon élève, la prépa en internat et l’entrée à HEC.
- Recalé à la majeure entrepreneuriat, il bascule en finance et rejoint Goldman Sachs.
- La banque d’affaires, l’intensité du métier et la « prison dorée ».
- Le départ dans un fonds d’investissement à Londres, en pleine crise financière.
- La rupture et la traversée de l’Afrique pendant plus de quatre mois.
- Le retour à Paris, l’aventure du restaurant et le déclic entrepreneurial.
- La genèse de Marcel et la conversation décisive avec Benoît Richard.
- Le lancement, le positionnement « bio » et la différence avec Uber.
- Les levées de fonds et la mécanique de la valorisation.
- La crise du « dispatch » et la leçon « ne faites pas les frites ».
- La naissance de Yuso et le passage au modèle SaaS en marque blanche.
- La filiale technique de Tunis et l’organisation des équipes.
- Le rachat par RCI Banque et la vision de la mobilité de demain.
- Les conseils de fin : lancer son idée, et l’exécution qui prime sur l’idée.
FAQ
Qui est Bertrand Altmayer ?
Bertrand Altmayer est un entrepreneur français, diplômé d’HEC. Après des débuts en fusion-acquisition chez Goldman Sachs puis dans un fonds d’investissement à Londres, il cofonde en 2013 la société Class&Co avec Benoît Richard. Il y lance le service de VTC Marcel et la technologie Yuso, avant leur rachat par Renault.
Qu’est-ce que Marcel, le service de VTC ?
Marcel est un service de VTC parisien lancé en 2013 par Class&Co. Bertrand Altmayer le présente comme un VTC « bio », respectueux et respectable, misant sur la réservation à l’avance et une clientèle B2B plutôt que sur la course à la demande. C’est l’un des concurrents français d’Uber.
En quoi Marcel se différencie-t-il d’Uber ?
Selon Bertrand Altmayer, Marcel se distingue par son positionnement : la réservation à l’avance, une cible plus âgée et une clientèle professionnelle, là où les applications grand public misent sur la course immédiate. Il assume être « un concurrent d’Uber », tout en revendiquant un service plus « respectueux et respectable ».
Qu’est-ce que Yuso (YusoFleet) ?
Yuso, aussi appelé YusoFleet, est la technologie de gestion de flotte développée pour Marcel, puis vendue en marque blanche à d’autres transporteurs. Bertrand Altmayer la compare au rôle de Mangopay pour Leetchi : un moteur logiciel que d’autres acteurs utilisent pour concurrencer Uber, du Brésil aux États-Unis.
Pourquoi Renault a-t-il racheté Class&Co, Marcel et Yuso ?
Renault a racheté Class&Co, via sa filiale RCI Banque, pour se positionner sur les nouveaux services de mobilité. Bertrand Altmayer présente cette opération comme la première acquisition de startup du groupe, alors que constructeurs et loueurs cherchent tous à accéder directement au client à l’ère de la voiture autonome.
