Une idée née sur les bancs de l’école
Céline Lazorthes retrace son parcours étudiant, qu’elle qualifie de « chaotique », entre classes préparatoires scientifiques, université et école de commerce. Très tôt, elle multiplie les expériences professionnelles en parallèle de ses études, touchant au développement web, au graphisme et à la gestion de projet. Un passage marquant chez Rap Digital pour le client ING Direct lui donne une première vision de la banque en ligne, tandis que son expérience chez Aika, la startup de Gilles Babinet, lui transmet la « flamme de l’entrepreneur ». C’est finalement lors de son master à HEC, en organisant un week-end d’intégration en novembre 2007, qu’elle fait face à la complexité de collecter de l’argent à plusieurs. L’idée de Leetchi est née.
« Il y a forcément un service qui permet de collecter et gérer de l’argent à plusieurs, en ligne. Il n’y en avait pas. »
De la conviction à la première levée
Après avoir refusé un poste chez Chausson Finance, Céline Lazorthes se lance pleinement dans son projet, soutenue par ses parents qui lui donnent douze mois pour réussir à se verser un salaire. Elle développe un premier prototype et le teste auprès de ses camarades de promotion. Convaincue du besoin, elle parle de son idée à tout le monde, une démarche qui l’amène à rencontrer son premier business angel, Oleg Tchelsov. Elle crée la société en mars 2009 et lève 100 000 euros pour financer le développement de la première version du site. Après 18 mois de travail, Leetchi est officiellement lancé le 19 novembre 2009.
« S’il y a quelqu’un qui te pique l’idée et l’exécute avant toi et mieux, c’est que t’es naze. »
La croissance virale et l’aventure humaine
Les débuts sont difficiles, avec très peu de clients. La stratégie de croissance repose alors sur deux piliers : la presse, pour évangéliser le marché et rassurer les utilisateurs, et le bouche-à-oreille. Le modèle de Leetchi se révèle naturellement viral : chaque créateur de cagnotte invite ses amis, qui découvrent le service et deviennent à leur tour de potentiels utilisateurs. L’aventure devient collective avec l’arrivée de son ami d’enfance Romain en mai 2010, qui apporte ses compétences financières. Céline Lazorthes insiste sur l’importance de la confiance et de l’environnement bienveillant au sein de l’entreprise, qui compte aujourd’hui de nombreux collaborateurs de la première heure et treize salariés associés au capital.
« Je crée une cagnotte, j’invite mes amis à participer et c’est le meilleur modèle de prescription. »
MangoPay, la banque des marketplaces
Le développement de Leetchi oblige l’entreprise à créer sa propre technologie pour gérer l’encaissement pour le compte de tiers, le cœur du métier bancaire. Cette expertise interne, combinée à l’obtention d’une licence d’établissement bancaire fin 2012 après deux ans d’efforts, donne naissance à un nouveau projet : MangoPay. Lancé en mai 2013, MangoPay est une solution de paiement en marque blanche destinée aux entreprises de la consommation collaborative, comme les marketplaces ou les plateformes de crowdfunding. Le service permet à ces plateformes de gérer les flux financiers entre leurs utilisateurs en toute conformité.
Le succès est immédiat et dépasse les frontières, porté par le bouche-à-oreille au sein de l’écosystème tech européen. « Honnêtement, ça a été un raz-de-marée », confie Céline Lazorthes.
L’aboutissement d’une aventure
En 2015, alors que l’entreprise est rentable et en pleine croissance, l’équipe envisage une importante levée de fonds pour accélérer son développement international. Alors qu’un accord est sur le point d’être signé avec un fonds d’investissement, leur partenaire bancaire historique, le Crédit Mutuel Arkéa, entre dans la danse avec une proposition de rachat. La décision est prise de privilégier ce partenaire industriel qui offre, au-delà du capital, un savoir-faire stratégique et une vision commune. La vente se conclut en sept semaines durant l’été 2015. Céline Lazorthes raconte avec émotion ce moment intense, partagé avec les treize salariés actionnaires, qui a marqué la reconnaissance de leur travail.
« C’était le moment où on te dit : tu l’as fait, tu l’as bien fait et vous y êtes arrivés. C’est pour ça que pour nous, c’était hyper beau. »
Les références de l’épisode
- Personnes : Gilles Babinet, Oleg Tchelsov, Ronan Lemoal, Xavier Niel, Jérémy Berébi.
- Entreprises et organisations : Leetchi, MangoPay, Shopify, Epita, HEC, Télécom Paris, Rap Digital, ING Direct, Aika, Chausson Finance, BPI (ex-OSEO), Crédit Mutuel Arkea, Fotolia, 360 Capital Partners.
- Startups citées : Frishti, Le Slip Français, Pumpkin, Wallapop.
- Outils : AdWords, Slack, Jira, Trello, Bootyfy.
- Lieux : Ostréa (restaurant).
Au fil de l’épisode
- Le parcours étudiant de Céline Lazorthes, entre les mathématiques, l’informatique et le commerce.
- Ses premières expériences professionnelles et sa rencontre avec la banque en ligne via ING Direct.
- L’influence de Gilles Babinet, qui l’encourage à entreprendre.
- La naissance de l’idée de Leetchi lors d’un week-end d’intégration à HEC en novembre 2007.
- Le soutien de ses parents, qui lui donnent un an pour lancer son projet.
- La création d’un premier prototype pour tester et valider le concept.
- La rencontre avec Oleg Tchelsov, son premier business angel.
- La création de la structure juridique en mars 2009 et la première levée de 100 000 euros.
- Le lancement du site le 19 novembre 2009 et les premiers jours sans aucun client.
- La stratégie de croissance basée sur la presse et la viralité du service.
- Le fait d’être une jeune femme entrepreneure : avantages et inconvénients.
- L’arrivée de son associé Romain, un ami d’enfance, en mai 2010.
- La décision d’ouvrir le capital à treize collaborateurs.
- La création de MangoPay, la solution de paiement B2B issue de la technologie de Leetchi.
- L’obtention de la licence d’établissement bancaire fin 2012, un processus de deux ans.
- Le projet de levée de fonds de 15 millions d’euros en 2015.
- La proposition de rachat par le Crédit Mutuel Arkéa, partenaire historique.
- Le déroulement de la vente en sept semaines, une période intense et riche en émotions.
- L’« Opération Minuti », nom de code du projet de cession.
- Le partage du succès avec les salariés actionnaires.
- Son mode de management basé sur la confiance, l’autonomie et la bienveillance.
- Sa discipline personnelle : sport, méditation et déconnexion le samedi.
- Ses autres activités : business angel, investisseuse et co-fondatrice d’un restaurant.
FAQ
Qui est Céline Lazorthes ?
Céline Lazorthes est une entrepreneure française, principalement connue pour avoir fondé Leetchi, le service de cagnottes en ligne, et MangoPay, une solution de paiement pour les marketplaces. Dans cet épisode, elle se présente également comme business angel, investissant dans une quinzaine de startups, et comme une femme engagée pour encourager l’entrepreneuriat féminin et accompagner les étudiants.
Comment est née l’idée de Leetchi ?
L’idée de Leetchi est née d’une expérience personnelle vécue par Céline Lazorthes en novembre 2007, alors qu’elle était étudiante à HEC. En organisant un week-end d’intégration, elle a été confrontée à la difficulté de collecter l’argent auprès de tous les participants. Face à cette « galère », elle a cherché un service en ligne pour simplifier le processus et, n’en trouvant aucun, a décidé de le créer elle-même.
Qu’est-ce que MangoPay ?
MangoPay est une solution de paiement destinée aux entreprises, créée par l’équipe de Leetchi. Il s’agit d’un service en marque blanche qui permet aux plateformes de consommation collaborative (marketplaces, crowdfunding) de gérer l’encaissement pour le compte de tiers. Concrètement, MangoPay permet à une plateforme d’encaisser l’argent d’un acheteur, de le conserver de manière sécurisée, puis de le reverser au vendeur en prélevant sa commission.
Pourquoi Céline Lazorthes a-t-elle vendu Leetchi au Crédit Mutuel Arkéa ?
En 2015, l’entreprise cherchait à lever des fonds pour accélérer sa croissance internationale. Le Crédit Mutuel Arkéa, qui était leur partenaire bancaire depuis le début, a alors proposé de racheter la société. Céline Lazorthes et ses associés ont choisi cette option car elle offrait plus qu’un simple apport financier : un partenariat industriel solide, un savoir-faire technologique et une confiance mutuelle, garantissant le développement du projet dans le respect de sa culture.
