Un entrepreneur par accident
Cyril Zimmermann se destinait initialement à la haute fonction publique. Après une école de commerce et des études d’histoire, il prépare le concours de l’ENA à Sciences Po, qu’il rate à deux reprises. Cet échec le pousse à prendre une voie radicalement opposée : l’entrepreneuriat, un univers qui lui offre une liberté totale. En 1996, quelques mois avant la fin de son cursus, il crée sa première société avec un ami. Il décrit cette bifurcation comme une réaction, une envie de réinventer son quotidien loin d’un parcours tout tracé.
« C’est l’échec au concours administratif qui finalement m’a fait me reposer la question et m’a fait finalement changer radicalement d’optique. »
Les débuts de la publicité en ligne
L’idée de départ de sa société, vendre de la publicité sur des CD-ROM, s’avère rapidement obsolète. Dès la fin de l’année 1996, l’évidence s’impose : le futur du multimédia, c’est Internet. Son associé se concentre sur la presse et la radio, tandis que Cyril Zimmermann développe l’activité de régie publicitaire digitale, qui deviendra Hi Média. Il démarche les premiers sites d’information comme ceux de Marianne ou des Inrockuptibles, puis des acteurs majeurs de l’époque tels que Caramail, jeuxvideo.com ou Boursorama. Il raconte une période où tout était à construire, où il fallait convaincre les annonceurs qu’Internet était un vrai média.
À l’époque, il n’y avait pas grand monde pour commercialiser la publicité sur ces nouveaux supports. Les premiers contrats se signent facilement, car les éditeurs « n’avaient rien à perdre ».
L’épreuve de la bulle internet
Après une première levée de fonds en 1999 auprès d’investisseurs comme Dassault Développement et Eurazeo, son conseil d’administration le pousse à saisir une fenêtre d’opportunité : coter la société en bourse. L’objectif est de lever des fonds pour survivre à l’éclatement de la bulle, que ses administrateurs jugent imminent. L’introduction se fait « au forceps » en juin 2000, alors que les marchés commencent déjà à chuter. Ce financement s’avérera crucial pour traverser la crise qui a suivi. L’entreprise passe de 180 salariés en 2001 à seulement 50 en 2003, et le cours de l’action est divisé par 90.
Cette période difficile a été suivie d’une phase de reconstruction et de croissance jusqu’en 2006.
Vingt ans de montagnes russes
Le parcours de Hi Média est fait de cycles intenses. Après le rebond post-bulle, Cyril Zimmermann connaît un nouveau sommet en 2006-2007, avant de faire ce qu’il qualifie d’erreur majeure : le rachat du réseau social américain Photolog en 2007. Il explique que le pari était trop risqué par rapport à la taille de son entreprise. Surtout, il n’avait pas anticipé deux révolutions technologiques : le lancement de l’iPhone par Apple, qui a bouleversé les usages de la photo, et l’explosion de Facebook, qui a capté l’essentiel de l’audience des réseaux sociaux. Cette expérience lui a appris à ne plus jamais engager sa société dans un pari d’une telle ampleur.
Malgré ces épreuves, il est l’un des rares entrepreneurs de sa génération à être toujours à la tête de l’entreprise qu’il a fondée.
Le combat pour les médias
Ce qui continue d’animer Cyril Zimmermann, c’est sa passion pour l’univers des médias et la recherche d’un modèle économique viable. Selon lui, l’équation permettant aux producteurs de contenu de couvrir leurs coûts n’est toujours pas résolue. Avec AdUX, il travaille à la création de formats publicitaires plus respectueux de l’utilisateur et plus efficaces, afin de mieux rémunérer les éditeurs. Il estime qu’un rééquilibrage de la valeur entre les plateformes de distribution comme les réseaux sociaux et les créateurs de contenu est inévitable. C’est, à ses yeux, la condition pour construire un écosystème médiatique sain et durable.
Son engagement se prolonge à travers la présidence de l’Acsel, le hub de la transformation digitale.
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Personnes : Patrick Robin, Rodolphe Pelosse, Olivier Gonzalez, Alexis Marcombe, Xavier Niel, Steve Jobs.
- Entreprises et marques : Hi Média (AdUX), HiPay, HiCab, Acsel, Dassault Développement, Eurazeo, JP Morgan, Microsoft, Yahoo, Google, Apple, Facebook, Twitter, AOL, Melty, 3W Régie, Démotivateur, Shopify, Compto.
- Médias et sites : Marianne, Les Inrockuptibles, jeuxvideo.com, Caramail, Boursorama, Le Figaro, Photolog.
Au fil de l’épisode
- Ses débuts : des études à Sciences Po pour préparer l’ENA à la création d’entreprise après un échec au concours.
- La naissance de sa société en 1996, avec une première idée autour de la publicité sur CD-ROM.
- Le pivot rapide vers Internet et la création d’une des premières régies publicitaires digitales en France.
- La signature des premiers contrats avec des médias pionniers comme Marianne et Les Inrockuptibles.
- La séparation des activités avec son associé de départ pour se consacrer pleinement au digital.
- La première levée de fonds en 1999, en pleine euphorie de la bulle internet.
- La décision stratégique d’introduire Hi Média en bourse en juin 2000 pour anticiper le krach.
- La traversée du désert de 2001 à 2003, où l’entreprise a dû se restructurer drastiquement.
- Le rebond de l’activité jusqu’à un pic de valorisation en 2006-2007.
- L’acquisition de Photolog en 2007, qu’il considère comme sa plus grande erreur stratégique.
- L’impact imprévu du lancement de l’iPhone et de l’explosion de Facebook sur cet investissement.
- Sa longévité à la tête de son entreprise, une rareté parmi les entrepreneurs de sa génération.
- Le rôle de Hi Média / AdUX comme une « école » pour de nombreux cadres du secteur digital français.
- Son analyse du modèle économique fragile des médias en ligne.
- Sa vision d’un nécessaire rééquilibrage de la valeur entre les plateformes et les producteurs de contenu.
- Son organisation de vie entre Marseille, où il habite, et Paris, où il travaille plusieurs jours par semaine.
- Ses autres activités, notamment la création d’une société de mototaxis et son investissement dans le média Démotivateur.
- Son conseil à l’entrepreneur qu’il était il y a 20 ans : « Passe la nuit dessus et prends la décision demain. »
FAQ
Qui est Cyril Zimmermann ?
Cyril Zimmermann est un entrepreneur français, pionnier du secteur numérique. Il est le fondateur de la société Hi Média, devenue AdUX, qu’il a créée en 1996. Il est connu pour avoir introduit son entreprise en bourse en juin 2000, juste avant l’éclatement de la bulle internet, et pour être resté à sa tête pendant plus de vingt ans. Il est également président de l’Acsel, une association dédiée à l’économie numérique.
Qu’est-ce que Hi Média / AdUX ?
Hi Média, aujourd’hui AdUX, est une entreprise spécialisée dans la publicité digitale. Fondée à l’origine comme une régie publicitaire pour les premiers sites internet, elle a évolué pour développer des technologies publicitaires et des solutions de paiement en ligne (HiPay). Aujourd’hui, AdUX se concentre sur la création de formats publicitaires innovants et mieux acceptés par les internautes, dans le but d’améliorer la monétisation des éditeurs de contenu.
Pourquoi Cyril Zimmermann a-t-il introduit sa société en bourse en 2000 ?
L’introduction en bourse a été une décision stratégique prise début 2000 sur les conseils de son conseil d’administration. Ses membres avaient anticipé la fin de l’euphorie boursière et l’éclatement imminent de la bulle internet. L’opération visait à lever les fonds nécessaires pour permettre à l’entreprise de survivre à la crise économique qui s’annonçait, une stratégie qui s’est avérée payante.
Quelle est la plus grande erreur de Cyril Zimmermann selon lui ?
Il considère que sa plus grande erreur a été l’acquisition du réseau social américain Photolog en 2007. Il explique que le problème n’était pas l’actif en lui-même, mais le fait que ce pari était démesuré par rapport à la taille de son entreprise. L’opération a été rendue encore plus difficile par l’arrivée de l’iPhone et la croissance explosive de Facebook, qui ont radicalement changé le marché et les usages.
