Un artiste qui n’avait « pas de plan B »
Né à Paris et élevé à Créteil dans une famille de fonctionnaires, Eddy de Pretto raconte une vocation que personne, chez lui, n’a encouragée : « Ni mon père ni ma mère m’a soutenu dans mes démarches artistiques dès le début. » Le théâtre, découvert enfant, lui est présenté comme un simple hobby. Sur les planches, pourtant, le gamin moqué au sport devient « le populaire » : la scène est très tôt une soupape et une revanche.
De cette période, il garde une certitude qui ne l’a jamais quitté : « There’s no plan B. »
Des Catacombes aux bateaux-mouches
Avant de vivre de la musique, il enchaîne les petits boulots : surveillant dans les Catacombes de Paris, vendeur de bières, puis crooner sur les bateaux-mouches, en costume, à reprendre les mêmes standards pour les touristes. Ce sont, dit-il, « mes premiers cachets pour vivre de la musique ». Avec une amie devenue sa manageuse, il fabrique des cartes de visite et démarche sans relâche les professionnels.
Un concert aux Trois Baudets, à Paris, réunissant environ deux cents personnes, provoque la bascule : le lendemain, les messages de managers et de labels affluent. Il signe alors son premier album, « Cure ».
« Kid », la masculinité mise à nu
En 2017, le titre « Kid » le révèle au grand public, porté par ses passages à la télévision, notamment dans « Quotidien ». La chanson agit comme une libération : Eddy de Pretto y défend une « masculinité plurielle », affranchie des codes imposés. Il raconte avoir longtemps eu peur du regard des autres, jusqu’à surveiller la position de ses jambes dans le métro.
Devenu une voix engagée, il assume ses prises de position sur la société, tout en reconnaissant qu’elles sont « méga impopulaires » à certains endroits : « Le soleil brille pour tout le monde. »
Tenir face aux insultes, garder les clés
Invité à chanter à l’église Saint-Eustache, il subit une vague de harcèlement et de menaces, qui débouche sur onze condamnations en justice. Il relève l’ironie du lieu, qui abrite une œuvre de l’artiste Keith Haring. Face aux commentaires, il dit s’être « blindé », conscient du biais qui fait retenir une insulte plutôt que des milliers de messages positifs.
Sa réponse, c’est l’indépendance : « C’est moi le label, c’est moi le producteur. » En 2021, il crée Otterped — « de Pretto » écrit à l’envers —, un label engagé dédié aux artistes de la communauté LGBT, qu’il décline en activités de tournée, d’édition et de production.
La scène comme « soi agrandi »
Sur scène, il se sent à sa vraie place : plus la salle est grande, plus il s’y sent « un soi agrandi, un monstre de soi-même ». Il cite Gad Elmaleh en modèle d’ancrage et de charisme, et décrit son travail d’échauffement et, surtout, de connexion avec le public. Longtemps « éternel insatisfait », monté « avec le verre à moitié vide », il dit avoir appris à accepter le présent plutôt qu’à courir après la suite.
Il évoque aussi sa méthode de création — insaisissable, qu’il « amadoue » plutôt qu’il ne la contrôle —, son rapport ambivalent à son physique (« je ne me suis réellement jamais trouvé très joli ») et ses premiers pas au cinéma, dans le long métrage « Peau d’homme ».
Eddy de Pretto nous recommande…
- « Peau d’homme » — Hubert et Zanzim, la bande dessinée dont il conseille la lecture.
- « Le mythe de la virilité » — Olivia Gazalé, un essai qu’il associe à sa réflexion sur la masculinité.
- « Le point de bascule » — Malcolm Gladwell, qu’il cite à propos de la mécanique du succès.
Pour aller plus loin
- Le site officiel d’Eddy de Pretto
- Eddy de Pretto sur Instagram
- Eddy de Pretto sur TikTok
- La chaîne YouTube d’Eddy de Pretto
Les références de l’épisode
- « Kid » — le titre qui révèle Eddy de Pretto au grand public en 2017.
- « Cure » — son premier album, triple disque de platine (environ 300 000 exemplaires).
- Otterped — le label indépendant qu’il fonde en 2021, dédié aux artistes de la communauté LGBT.
- « Quotidien » — l’émission de Yann Barthès, où son passage accélère sa notoriété.
- Église Saint-Eustache — l’église parisienne où il se produit, qui abrite une œuvre de Keith Haring.
- « Peau d’homme » — le long métrage de Léa Domenach, avec Catherine Deneuve et Pomme, dont il évoque le tournage.
- Charlotte Cardin — dont il cite le morceau « Feel Good » pour illustrer le rôle du bon moment.
- Charles Aznavour — figure d’un succès venu tardivement, qu’il donne en exemple.
- Gad Elmaleh — qu’il cite comme modèle pour occuper la scène.
Au fil de l’épisode
- 00:00:00 — De Jules César à chanteur
- 00:14:33 — Le feat rêvé et les morceaux avortés
- 00:23:53 — Le plus grand juge : lui ou son chat ?
- 00:30:53 — Comment canaliser sa créativité
- 00:38:10 — Monter sur scène contre vents et marées
- 00:45:26 — La masculinité au XXIe siècle
- 01:05:42 — Faire face au harcèlement et aux commentaires négatifs
- 01:11:08 — L’ascension avec des cartes de visite : des bateaux-mouches au grand écran
- 01:18:16 — Le point de bascule : un succès soudain mais préparé
- 01:28:48 — Être un éternel insatisfait
- 01:34:47 — La création de son propre label
- 01:41:20 — Bien occuper la scène : se créer une aura
- 01:47:10 — Les sources d’inspiration d’Eddy de Pretto
- 01:55:22 — Sa relation à son physique
FAQ
Qui est Eddy de Pretto ?
Eddy de Pretto est un chanteur et auteur-compositeur français, né à Paris et élevé à Créteil. Révélé en 2017 avec le titre « Kid », il mêle chanson, rap et électro dans des textes engagés sur la masculinité, l’amour et la santé mentale. Il est devenu une figure de la communauté LGBT.
Comment Eddy de Pretto a-t-il été révélé au grand public ?
Après des débuts comme crooner sur les bateaux-mouches et des cachets glanés dans les cafés-concerts, il est repéré à la suite d’un concert parisien. La sortie de « Kid » en 2017 et ses passages à la télévision, notamment dans « Quotidien », lui apportent un succès aussi rapide que retentissant.
Qu’est-ce que le label Otterped ?
Otterped est le label indépendant fondé par Eddy de Pretto en 2021. Son nom reprend « de Pretto » écrit à l’envers. Il produit exclusivement des artistes de la communauté LGBT et traduit sa volonté de garder le contrôle de sa carrière, en réunissant ses activités de tournée, d’édition et de production.
Que dit Eddy de Pretto sur la masculinité ?
Il défend une « masculinité plurielle », affranchie des codes imposés. Il raconte avoir longtemps craint d’être jugé pour ses manières, jusqu’à surveiller sa posture dans le métro. Avec « Kid », il fait de cette libération un manifeste, sans nier les tensions que le sujet suscite aujourd’hui dans la société.
Comment Eddy de Pretto occupe-t-il la scène ?
La scène est, dit-il, son meilleur moment : plus la salle est grande, plus il s’y sent « un soi agrandi ». Il évoque l’ancrage, la confiance et le charisme, cite Gad Elmaleh en modèle, et décrit son travail d’échauffement et de connexion avec le public, particulièrement en festival.
