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Florent Tallarico : portrait de l’armée de réserve

On croise les militaires de l'opération Sentinelle sans savoir qu'ils sont parfois chauffeur de bus ou avocat le reste de la semaine. C'est cette réserve opérationnelle méconnue que le photographe niçois Florent Tallarico a suivie pendant deux ans, avant d'en tirer le livre « Réserviste ». Portraitiste attaché au moyen format argentique, il raconte pourquoi il a choisi le noir et blanc, comment il s'est lui-même engagé dans la réserve, et ce qu'il a voulu transmettre en donnant un visage à ces citoyens en uniforme le temps d'un week-end.

Florent Tallarico, deux ans d'immersion photographique auprès des réservistes du 21e RIMA

Photographier ceux dont on ne parle pas

Florent Tallarico part d’un constat simple, formulé dès l’ouverture de l’épisode : les rayons regorgent de livres sur les commandos, la légion étrangère, les troupes de montagne ou les parachutistes, mais sur la réserve opérationnelle, « on en voit pas, on en parle pas ». Photographe portraitiste installé à Nice, il s’est lui-même engagé dans la réserve en 2016, quelques semaines seulement avant l’attentat de Nice, et c’est en réalisant des images pour la communication du 21e régiment d’infanterie de marine de Fréjus que l’idée du livre a germé. Pendant deux ans, il a suivi les réservistes des 6e et 7e compagnies, ces « doubles citoyens » qui, selon ses mots, partagent leur vie entre le monde civil et le monde militaire, du chauffeur de bus à l’avocat, et cherchent le juste équilibre entre vie professionnelle, vie familiale et engagement.

Le projet est aussi solidaire : Florent Tallarico reverse cinq euros par exemplaire vendu à l’association « 30 jours de mer », qui accompagne les blessés de guerre par la pratique de la voile.

Du droit à l’Hasselblad, la technique au service du sujet

Avant la photographie, il y a eu les études : une licence de communication à l’université de Nice, puis deux années de droit vite abandonnées. C’est en troisième année, auprès de deux professeurs photographes — Olivier Monge, de l’agence MYOP, et le plasticien Eric Bourret, qu’il prend soin de ne pas confondre avec le reporter Eric Bouvet — que Florent Tallarico retombe dans l’image, avant de se professionnaliser en 2014. Il travaille aussi bien en numérique qu’au moyen format argentique avec son Hasselblad, et défend une idée : le choix du support relève moins de la faisabilité que de la « philosophie » de l’appareil et du rapport au temps. « J’aime bien faire des photos floues », confie-t-il, tout en reconnaissant que l’exercice n’a pas sa place dans un reportage militaire, où l’institution attend de la netteté. Pour une image mûrement pensée de la mer à Nice, il raconte avoir mis « six mois à réfléchir à la photo » pour un déclenchement d’à peine une minute.

Ce goût du portrait en noir et blanc au studio se retrouve dans « Réserviste », entièrement traité en noir et blanc pour effacer, dit-il, tout marqueur temporel.

Dans les pages de Réserviste, de la mémoire à la boue

Feuilletant son livre à voix haute, Florent Tallarico s’arrête d’abord sur la seule photographie en couleur, page 6 : le portrait de François Chauvin, première classe né le 9 septembre 1926, parrain de la 6e compagnie et « un sacré bonhomme » décédé en avril 2021 à 94 ans. Ce vétéran de 1939-1945, deux fois décoré de la croix de guerre, blessé au lendemain de la traversée du Rhin puis engagé en Indochine, incarne la mémoire longue que le photographe a voulu inscrire dans l’ouvrage. Les pages suivantes déroulent le quotidien de l’instruction : l’origine du surnom de « marsouins » hérité des compagnies de la mer, les postes de surveillance, le stage de combat au corps à corps où l’auteur avoue avoir lui-même « vu les étoiles », le parcours mangrove dans la boue du centre d’entraînement amphibie de Fréjus, ou encore la nature dense de Villeneuve-Loubet, à dix minutes du centre-ville et pourtant méconnaissable. Il évoque aussi une marche et une mission de nuit accomplies, sans le savoir sur le moment, la clavicule cassée.

Il note au passage la mise en regard de deux images d’un même moniteur, « deux salles, deux ambiances » : écrasé sous une pyramide humaine dans l’une, meneur impitoyable dans l’autre.

Le livre au cœur de l’épisode

  • Réserviste — Florent Tallarico, ouvrage auto-édité (2020) réunissant des photographies en noir et blanc de la réserve opérationnelle du 21e RIMA. Lauréat du Prix du Nord 2020 ; cinq euros par exemplaire sont reversés à l’association « 30 jours de mer ».

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Olivier Monge, photographe de l’agence MYOP
  • Eric Bourret, photographe plasticien
  • Eric Bouvet, reporter photographe
  • Le Hasselblad, appareil moyen format argentique
  • Le 21e régiment d’infanterie de marine (21e RIMA), à Fréjus
  • Le 3e régiment d’artillerie de marine, au camp de Canjuers
  • François Chauvin, parrain de la 6e compagnie, vétéran de 1939-1945 et d’Indochine
  • Le colonel de Crèvecœur et la bataille de Hué (1947), en Indochine
  • L’hélicoptère NH90 Caïman et l’aviation légère de l’armée de terre (ALAT), base du Luc
  • Le cardinal de Richelieu et les compagnies de la mer, à l’origine des « marsouins »
  • L’opération Sentinelle
  • Le Prix du Nord 2020, décerné dans le cadre de la réserve (UNOR)
  • L’association « 30 jours de mer », soutien aux blessés de guerre

Au fil de l’épisode

  • 00:00:00 — Le constat de départ : la réserve, grande absente des livres photo
  • 00:00:54 — Présentation de Florent Tallarico et du livre « Réserviste »
  • 00:02:03 — L’association « 30 jours de mer » et la voile comme thérapie
  • 00:06:36 — Du Canon argentique aux études à l’université de Nice
  • 00:07:03 — Les professeurs Olivier Monge (MYOP) et Eric Bourret
  • 00:11:54 — Les séries artistiques et le goût du flou
  • 00:15:19 — Argentique, numérique et philosophie du moyen format
  • 00:20:35 — La toute première photo, au mariage de son frère
  • 00:24:19 — L’entrée dans le milieu militaire et l’engagement en 2016
  • 00:30:36 — Page 6 : le portrait de François Chauvin
  • 00:39:06 — Page 28 : la formation initiale et l’origine des « marsouins »
  • 00:43:08 — Page 31 : la caporal-chef, professeure et monitrice de combat
  • 00:48:53 — Page 55 : le stage CAMO et l’hélicoptère NH90
  • 00:52:41 — Pages 66 à 72 : le parcours mangrove et le combat amphibie à Fréjus
  • 00:57:06 — Page 82 : « deux salles, deux ambiances »
  • 01:04:38 — Le tirage d’art imprimé à Strasbourg
  • 01:05:24 — Villeneuve-Loubet, la nature aux portes de la ville
  • 01:07:06 — Page 133 : la marche et la mission de nuit
  • 01:11:04 — Conclusion et rendez-vous pour l’épisode sur l’auto-édition

FAQ

Qui est Florent Tallarico ?

Florent Tallarico est un photographe auteur installé à Nice. Formé en droit et en communication, il découvre la photographie adolescent puis se professionnalise en 2014. Portraitiste travaillant au moyen format argentique comme en numérique, il est aussi réserviste et a publié en 2020 « Réserviste », un livre consacré à la réserve opérationnelle du 21e régiment d’infanterie de marine.

De quoi parle le livre « Réserviste » ?

« Réserviste » est un livre photo en noir et blanc né de deux ans d’immersion auprès des réservistes des 6e et 7e compagnies du 21e RIMA de Fréjus. Il documente leur quotidien d’instruction et de mission, met en lumière ces citoyens partagés entre vie civile et engagement militaire, et rend hommage à des figures comme le vétéran François Chauvin.

Pourquoi le livre est-il entièrement en noir et blanc ?

Florent Tallarico explique avoir choisi le noir et blanc pour ne pas inscrire de marqueur temporel dans ses images. Il voulait que les activités montrées — l’entraînement, la surveillance, le combat — restent intemporelles, indépendamment de l’équipement visible, afin que les générations futures puissent s’y reconnaître. Une seule photographie, en page 6, échappe à ce parti pris et reste en couleur.

Qu’est-ce que la réserve opérationnelle ?

La réserve opérationnelle réunit des civils volontaires qui consacrent une partie de leur temps à l’armée, souvent sur leurs congés ou lors de week-ends d’instruction. Selon Florent Tallarico, on les retrouve notamment dans l’opération Sentinelle, aux côtés des militaires d’active. Ils exercent des métiers très variés, du chauffeur de bus à l’avocat, tout en s’engageant au service de la nation.

À quoi sert l’association « 30 jours de mer » ?

« 30 jours de mer » est une association qui vient en aide aux blessés de guerre, physiques comme psychiques. Localisée dans la région marseillaise, elle propose des cours de voile réguliers puis, à terme, des navigations plus ambitieuses. L’objectif est d’aider ces militaires à se reconstruire en se concentrant sur la navigation. Florent Tallarico lui reverse cinq euros par livre vendu.

Pourquoi les fantassins de marine sont-ils appelés « marsouins » ?

Dans l’épisode, Florent Tallarico rappelle que l’infanterie de marine hérite des compagnies de la mer créées au XVIIe siècle sous le cardinal de Richelieu. Embarqués pour protéger les navires, ces soldats ne servaient pas au gréement ; le surnom de « marsouins » viendrait des bancs de ces animaux qui suivaient les bâtiments pour grignoter les restes, comme les soldats à bord.

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