Du virus du voyage à l’écriture par la lumière
François Sidot se présente comme un ingénieur qui a eu « une vie bien remplie » avant de se consacrer pleinement à la photographie. De formation, il est ingénieur des Arts et Métiers, passé par l’industrie — l’imagerie médicale, puis les achats, un métier qui lui permettait de voyager. Car le voyage est chez lui une passion ancienne : « J’avais attrapé le virus du voyage à 17 ans », raconte-t-il, en évoquant un premier départ en sac à dos vers la Norvège, juste après la terminale. La photographie arrive au même moment : ses premières images, en noir et blanc, sont des paysages de son village lorrain, niché dans une vallée entourée de forêts à l’est de Metz, et il apprend à développer à la MJC du village. Suivent Madagascar en 1984 pour un reportage de deux mois sur le pays, sa faune et sa flore, puis deux années de coopération en Côte d’Ivoire comme professeur dans un lycée technique, et un retour vers la France en voiture à travers le Burkina Faso, le Mali, le Niger et l’Algérie. Longtemps fidèle à la diapositive, il bascule au numérique vers 2004-2005 et fait numériser une partie de ses archives.
Installé en Lorraine, « terre de photographes nature » qu’il partage avec Vincent Munier, François Sidot pratique au sein d’un club qui a remporté en 2021 la Coupe de France de photographie nature papier de la Fédération Photographique de France. Sa formule résume son rapport à l’image : « j’écris avec la lumière ».
Un mois d’expédition, de la mer de Ross à la péninsule
Le cœur de l’épisode, c’est l’Antarctique. Le voyage s’est décidé presque par hasard : un projet de photographie de cachalots à l’île Maurice ayant été annulé, François Sidot et un ami photographe allemand se rabattent à la dernière minute sur une croisière d’expédition vers le sud, avec une compagnie qu’ils avaient déjà éprouvée l’année précédente en Arctique, au large du Svalbard. Le bateau, avec une centaine de passagers à bord, part du sud de la Nouvelle-Zélande, descend « plein sud » sur près de 4000 kilomètres et arrive à proximité de la station française Dumont d’Urville, dans la mer de Ross. De là, l’expédition contourne le continent, avec des sorties quotidiennes à terre ou en zodiac, jusqu’à remonter la péninsule Antarctique en direction d’Ushuaïa. Le voyage se déroule de mi-février à mi-mars, à la fin de l’été austral. Ce qui le frappe le plus, ce sont des animaux qui n’ont jamais été chassés : « les animaux n’ont pas peur de l’homme », explique-t-il, décrivant des manchots venant toucher la chaussure des visiteurs et des phoques que l’on approche à quelques mètres. « On était un animal parmi eux », résume-t-il.
La faune est au rendez-vous : manchots empereurs, phoques rassemblés par dizaines sur l’île Franklin, orques et baleines. Le froid, lui, reste gérable pour un Lorrain : jusqu’à -12 degrés dans la mer de Ross, entre 0 et +5 degrés sur la péninsule, avec des batteries de rechange gardées au chaud dans les poches.
Fabriquer un beau livre, de la maquette au tirage
Au retour, il faut trier plusieurs milliers d’images ; un an plus tard, François Sidot estime avoir « suffisamment de matière » et se lance dans l’autoédition, une voie qu’il voit se répandre dans les festivals nature comme Montier-en-Der ou Namur. Ne maîtrisant ni la mise en page ni le logiciel InDesign, il confie cette étape au photographe Guillaume Billy, à qui il transmet une maquette d’environ 120 à 130 photographies, augmentée de 40 images supplémentaires dans lesquelles piocher. Après plusieurs allers-retours, le livre prend forme : couverture rigide, textes en français et en anglais — l’introduction est signée par son frère, grand voyageur, et la traduction confiée à un tiers. Côté fabrication, l’ancien acheteur met les imprimeurs en concurrence et retient un atelier belge, à Liège, pour son rapport qualité-prix ; il assiste même au tirage pour signer le bon à tirer. Le livre paraît à 500 exemplaires, sans numéros de page, avec des vignettes récapitulatives en fin d’ouvrage et 105 photographies.
Aux photographes tentés par l’aventure, il conseille d’« avoir la matière » et des images « d’une qualité irréprochable », de se former à la mise en page et d’anticiper la diffusion. Son premier livre, financé sur fonds personnels, il le voit d’abord comme « un investissement » et « une satisfaction personnelle » plutôt qu’une source de revenus.
Pour aller plus loin
- Le site officiel de François Sidot, photographe de nature et animalier
- La page Facebook de François Sidot
Les références de l’épisode
- Antarctique 120 degrés — le livre photo auto-édité de François Sidot (105 photographies, textes en français et en anglais).
- Guillaume Billy — photographe qui a assuré la mise en page du livre.
- Vincent Munier — photographe animalier originaire des Vosges, cité comme figure de la photographie nature lorraine.
- Le Sun Trip — course de vélo solaire au départ de Lyon, source d’inspiration du vélo de François Sidot.
- Station Dumont d’Urville — base scientifique française en Antarctique, longée pendant l’expédition.
- Station McMurdo — principale base scientifique américaine en Antarctique, évoquée par l’invité.
- Fédération Photographique de France — organisatrice de la Coupe de France de photographie nature remportée par son club en 2021.
- Festival Voyage à Maxéville — festival organisé par Denis Aubry, lieu de l’enregistrement de l’épisode.
Au fil de l’épisode
- 00:00:20 — Présentation de François Sidot, ingénieur devenu photographe de nature
- 00:01:39 — Le « virus du voyage » attrapé à 17 ans, la Norvège en sac à dos
- 00:03:03 — L’enregistrement au festival Voyage à Maxéville et la conférence vélo
- 00:04:32 — La Lorraine, terre de photographes nature, et la Coupe de France 2021
- 00:06:23 — Madagascar en 1984, les diapositives et les diaporamas sonorisés
- 00:07:52 — Deux années de coopération en Côte d’Ivoire
- 00:12:19 — Le tour de France à vélo solaire, inspiré du Sun Trip
- 00:15:13 — 2900 kilomètres en un mois, tout illustré au smartphone
- 00:17:58 — Du Canon au Sony, et le moyen format Pentax
- 00:22:16 — Le livre Antarctique 120 degrés et l’origine du titre
- 00:26:15 — Comment le voyage en Antarctique s’est décidé
- 00:27:34 — L’année précédente en Arctique, au large du Svalbard
- 00:33:09 — La rencontre avec une faune sans peur de l’homme
- 00:35:31 — Manchots empereurs, orques et baleines
- 00:36:12 — Gérer le froid et le matériel photo par -12 degrés
- 00:39:32 — Le tri des images et la décision d’auto-éditer
- 00:40:31 — La mise en page confiée à Guillaume Billy
- 00:42:25 — Le choix d’un imprimeur en Belgique
- 00:47:40 — Des conseils pour auto-éditer son premier livre photo
- 00:50:21 — Offset, tirage et financement du livre
- 00:54:14 — L’engagement écologique et le vélo solaire
FAQ
Qui est François Sidot ?
François Sidot est un photographe de nature et animalier installé dans la région de Metz, en Lorraine. Ingénieur des Arts et Métiers de formation, il a travaillé dans l’imagerie médicale et les achats avant de se consacrer à la photographie et aux grands voyages. Il pratique la faune, le paysage et la photographie sous-marine.
De quoi parle le livre Antarctique 120 degrés ?
C’est le premier livre auto-édité de François Sidot, consacré à un mois d’expédition en Antarctique, de la mer de Ross à la péninsule. Bilingue français-anglais, il rassemble 105 photographies de paysages glacés et d’une faune sans crainte de l’homme : manchots empereurs, phoques, orques et baleines croisés au fil du voyage.
Que signifie le titre « 120 degrés » ?
Le chiffre n’a rien à voir avec la température. Parti du sud de la Nouvelle-Zélande, François Sidot a contourné le continent antarctique sur 120 degrés de longitude avant de remonter vers Ushuaïa. Cela représente environ un tiers d’un tour complet de l’Antarctique, d’où ce titre choisi pour le livre.
Comment a-t-il auto-édité son livre ?
Après un an de tri, il confie la mise en page au photographe Guillaume Billy, faute de maîtriser InDesign. Ancien acheteur, il met les imprimeurs en concurrence et retient un atelier belge, à Liège. Le livre paraît à 500 exemplaires, en couverture rigide, financé sur ses fonds personnels.
Quelle faune a-t-il photographiée en Antarctique ?
François Sidot décrit une faune qui n’a jamais été chassée et ne fuit pas l’homme. Il a photographié des manchots empereurs, des phoques rassemblés par dizaines sur l’île Franklin, des orques en chasse et des baleines. Les guides veillaient toutefois à ce que les visiteurs gardent leurs distances.
