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#229 – Frédéric Montagnon – Arianee – Le WEB3 pour se réapproprier Internet

Fondateur d'Arianee, entrepreneur et investisseur, Frédéric Montagnon a découvert la crypto à New York en 2012, en lisant le white paper de Bitcoin. Dans cet entretien-fleuve de près de trois heures, il transforme le web3 en une masterclass accessible : blockchain, NFT, DAO, finance décentralisée, tokenisation du monde. Son fil rouge n'est pas la spéculation mais la souveraineté numérique, cette idée qu'on peut se réapproprier Internet et posséder à nouveau son identité en ligne. Un conseil revient sans cesse : ne pas juger de loin, mais tester par soi-même.

Frédéric Montagnon, le web3 pour se réapproprier Internet et gagner en souveraineté numérique

Un entrepreneur qui a grandi avec Internet

Frédéric Montagnon se présente comme un ingénieur de 45 ans, entrepreneur depuis une vingtaine d’années et investisseur depuis une dizaine. Passionné de technologie « depuis tout petit » et de musique, il raconte avoir monté sa première société autour de tables de mixage audio puis vidéo, pensées pour le marché de niche des VJ et fabriquées au Vietnam. Pour vendre ce matériel impossible à promouvoir par la publicité, il crée le forum Studio at Home, plus tard revendu à AudioFanzine : c’est là qu’il apprend le référencement et le web communautaire, au moment où le web 2.0 émerge. Suivront Over-blog puis Teads, montés avec son associé Julien Romanetto.

En 2012, il part s’installer à New York, où il vivra près de sept ans avant de rentrer dans le sud de la France, peu avant les confinements.

La crypto découverte par la gouvernance, pas par l’argent

C’est à New York, en 2012, que Frédéric Montagnon découvre Bitcoin. Il raconte s’être rendu à un meetup naissant après avoir « juste lu le white paper de Bitcoin », et avoir été frappé non par la promesse financière mais par la question de la gouvernance. Il y croise des communautés pour qui « Bitcoin, c’est de la souveraineté, c’est de la liberté » : ne plus dépendre d’une banque centrale. Son point de départ, insiste-t-il, n’était pas la monnaie — « je ne savais pas ce que c’était qu’une monnaie » — mais la façon dont une technologie peut redistribuer le pouvoir.

De cette période date sa conviction que le sujet dépasse la spéculation : ce qui se joue, c’est l’architecture même d’Internet.

Blockchain, minage et écologie : remettre les faits à l’endroit

Une bonne partie de l’entretien est une pédagogie de la blockchain. Frédéric Montagnon la décrit comme un fichier auquel on ajoute des blocs chaînés, chacun dépendant de tous les précédents, et distribué entre de nombreux participants : « plus tu as de monde sur une blockchain, plus elle est sécurisée ». Il distingue trois façons de la faire fonctionner : la preuve de travail (proof of work) de Bitcoin, énergivore ; la preuve d’enjeu (proof of stake) vers laquelle Ethereum migre ; et la preuve d’autorité (proof of authority) qu’il a retenue pour Arianee. Sur l’écologie, il refuse les raccourcis : le minage migre vers l’électricité la moins chère, donc souvent renouvelable, et il dit détenir une participation dans une mine alimentée par un barrage au nord de Montréal.

Il rappelle enfin que des fonds considérables affluent — il cite Paradigm et Andreessen Horowitz — et en tire une conclusion simple : « ça va arriver de toute façon ».

Se réapproprier Internet : la promesse du web3

« La définition du web3, c’est comment est-ce qu’on se réapproprie Internet ? » Pour Frédéric Montagnon, le réseau aurait dû rester décentralisé mais s’est recentralisé autour de quelques acteurs — Google, Facebook — dont les intérêts ne sont pas alignés avec ceux des utilisateurs. La réponse tient en un mot : la souveraineté numérique, « pour les individus d’abord, mais pour les entreprises et pour les États ». Il décrit un monde « tokenisé » où le wallet devient à la fois un navigateur et un graphe social possédé par l’utilisateur, contenant ses preuves de propriété. Il explique au passage la finance décentralisée — les prêts collatéralisés sur une plateforme comme Aave — et les DAO, ces organisations où les smart contracts alignent les intérêts et où la menace du fork sert de garde-fou.

Son fil rouge : « notre identité en ligne a une valeur énorme, donc il faut qu’on la possède ». Et son conseil, répété comme en 1995 : prends-toi une connexion — autrement dit, crée ton wallet et teste par toi-même.

Arianee, le passeport numérique des objets de luxe

La dernière partie est consacrée à Arianee, née il y a un peu plus de quatre ans. Frédéric Montagnon la présente comme un protocole sans entité centrale, porté par une association loi 1901 et un consortium d’une cinquantaine de membres, fonctionnant en preuve d’autorité. L’idée : donner à chaque objet réel un passeport numérique, d’abord dans l’horlogerie et le luxe, pour certifier l’origine, faciliter la seconde main, lutter contre le marché gris et protéger la vie privée du propriétaire. Il cite des maisons comme Richemont, Breitling ou Vacheron Constantin, et mentionne une levée de huit millions d’euros réalisée en début d’année. Quant au métavers, il balaie le fantasme : « on y est déjà », puisqu’on passe déjà l’essentiel de son temps devant un écran.

Il termine sur une leçon d’humilité : une anecdote de clés perdues qui bloquent 25 000 ethers, achetés très tôt quand la cryptomonnaie valait 0,25 dollar. « Je me suis payé un cours de sécurité informatique », résume-t-il.

Frédéric Montagnon nous recommande…

  • « Le Miracle Spinoza. Une philosophie pour éclairer notre vie » — Frédéric Lenoir. L’invité confie aimer l’idée que le bonheur consiste aussi à savoir continuer de désirer ce que l’on possède déjà.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Over-blog, Teads et Arianee, les sociétés cofondées par Frédéric Montagnon
  • Julien Romanetto, son associé de longue date
  • Bitcoin et Ethereum, les deux principales blockchains évoquées
  • Le white paper de Bitcoin, texte fondateur qu’il a lu dès le départ
  • Aave, plateforme de finance décentralisée citée pour les prêts collatéralisés
  • Uniswap et SushiSwap, plateformes d’échange décentralisées
  • Metamask, portefeuille et porte d’entrée du web3
  • Coinbase, plateforme d’échange de cryptomonnaies
  • CryptoPunks et Friends With Benefits, exemples de communautés et de NFT
  • Unlock Protocol, le projet de Julien Genestoux
  • Société Générale Forge, l’initiative crypto d’une banque française
  • Paradigm et Andreessen Horowitz (a16z), fonds d’investissement du secteur
  • La loi Pacte et le statut PSAN, cadre réglementaire français des acteurs crypto
  • « 21 millions », la newsletter crypto
  • Napster et la loi de Moore, points de comparaison historiques

Au fil de l’épisode

  • 00:13:02 — La transition du web1 au web2
  • 00:32:45 — Définitions : blockchain, crypto et écologie
  • 00:53:24 — Comment se réapproprier Internet
  • 01:41:44 — La souveraineté numérique
  • 02:06:06 — La genèse d’Arianee
  • 02:23:23 — Le Web 3.0 est là

FAQ

Qui est Frédéric Montagnon ?

Frédéric Montagnon est un entrepreneur et investisseur français, ingénieur de formation. Il a cofondé plusieurs sociétés, dont Over-blog et Teads, avant de fonder Arianee, un protocole blockchain dédié aux passeports numériques d’objets. Il a découvert la crypto à New York en 2012 et s’est depuis spécialisé dans le web3 et la souveraineté numérique.

Qu’est-ce qu’Arianee ?

Arianee est un protocole blockchain fondé par Frédéric Montagnon il y a un peu plus de quatre ans. Porté par une association loi 1901 et un consortium de marques, il attribue à des objets réels — montres, produits de luxe — un passeport numérique qui certifie leur origine, facilite la revente d’occasion et protège les données du propriétaire. Il fonctionne en preuve d’autorité.

Qu’est-ce que le web3 selon Frédéric Montagnon ?

Pour Frédéric Montagnon, le web3 est avant tout une manière de se réapproprier Internet. Là où le web actuel est dominé par des acteurs centralisés comme Google ou Facebook, le web3 s’appuie sur la blockchain pour redonner aux utilisateurs la propriété de leurs données, de leur identité et de leurs actifs numériques. Sa finalité n’est pas la spéculation mais la souveraineté.

Qu’est-ce que la souveraineté numérique ?

La souveraineté numérique désigne, selon l’invité, la capacité à posséder et contrôler soi-même son identité, ses données et ses biens en ligne, sans dépendre d’une plateforme centrale. Il l’envisage à trois échelles : les individus d’abord, mais aussi les entreprises et les États. C’est le fil conducteur de sa vision du web3.

Qu’est-ce qu’une DAO ?

Une DAO (organisation autonome décentralisée) est une structure gérée par des smart contracts plutôt que par une hiérarchie classique. Frédéric Montagnon la présente comme un moyen d’aligner les intérêts des fondateurs, des contributeurs et des utilisateurs, la redistribution de la valeur étant inscrite dans le code. La possibilité de « forker » le projet sert de garde-fou contre les abus.

Comment débuter concrètement dans le web3 ?

Le conseil de Frédéric Montagnon est de tester par soi-même plutôt que de juger de loin. Concrètement, cela passe par la création d’un wallet, comme Metamask, qui sert à la fois de portefeuille et de porte d’entrée vers les applications décentralisées. Il compare ce geste à celui de « prendre une connexion Internet » en 1995 : le vrai basculement se fait en pratiquant.

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