Du conseil à l’entrepreneuriat
Geoffroy Bragadir commence sa carrière comme consultant chez Mercer Management Consulting, un cabinet de stratégie anglo-saxon où il acquiert une forte rigueur analytique. Il y travaille sur des problématiques de prix pour de grands groupes, un environnement stimulant qui le forme mais qu’il décide de quitter rapidement pour ne pas se laisser piéger par le confort. En 1998, profitant de la libéralisation du marché des télécoms, il lance une première entreprise de comparaison de services pour les PME, tout en restant consultant. L’expérience échoue, notamment parce qu’il est impossible de mener de front un projet entrepreneurial et un emploi aussi exigeant. Il retient la leçon : « J’ai accumulé beaucoup d’erreurs dans ma première boîte et ça n’a pas marché, mais ça m’a permis d’apprendre ».
Fort de cette expérience, il démissionne et cofonde en 2000 sa deuxième société, Panoranet, avec trois associés.
La croissance de Panoranet
L’aventure Panoranet démarre avec un tour d’amorçage de 4,5 millions de francs, suivi rapidement d’une levée de 10 millions de francs. Sur les conseils de Guillaume Panot, l’équipe prend une décision stratégique majeure : au lieu de dépenser son capital en publicité comme toutes les start-ups de l’époque, elle investit dans la technologie. Panoranet développe un service en « marque blanche » qui permet à d’autres sites d’intégrer facilement ses comparateurs de crédit et d’assurance. Cette approche leur permet de capter du trafic sans frais marketing et de construire un modèle économique solide. La société devient rentable en trois ans, une étape cruciale pour Geoffroy Bragadir qui avait besoin de cette sécurité pour développer sereinement l’entreprise.
Cette période est aussi marquée par le départ d’un des cofondateurs, une épreuve qui souligne l’importance de bien cadrer les relations entre associés dans un pacte dès le départ.
L’épreuve du LBO
En 2005, après cinq ans, l’un de leurs fonds d’investissement souhaite sortir. Le processus de vente s’avère long et complexe. Pour accélérer les choses, leur banque d’affaires leur suggère de simuler une opération de LBO (Leveraged Buyout), c’est-à-dire un rachat de l’entreprise par ses dirigeants via une holding endettée. À leur grande surprise, les fonds spécialisés dans le LBO leur proposent le double du prix de l’acheteur initial. Ils se lancent donc dans l’opération, récupérant du capital tout en restant aux commandes. Mais le montage est risqué : l’entreprise se retrouve avec une dette de près de 6 millions d’euros à rembourser chaque année, soit la quasi-totalité de ses flux de trésorerie.
Face à un marché qui ralentit et une structure interne trop légère pour une entreprise de 300 personnes, la situation devient tendue.
La vente et la transition vers l’investissement
Conscient du risque, Geoffroy Bragadir structure l’entreprise en recrutant une équipe de direction. En 2007, apprenant que leur concurrent Meilleur Taux est en vente pour un montant très élevé, ils saisissent l’opportunité. Ils mandatent la même banque et vendent finalement le groupe à Covea en février 2008, quelques mois seulement avant la crise financière de Lehman Brothers. « Je décris souvent mes aventures d’entrepreneur comme des successions de coups de chance », confie-t-il. Après la vente, il assure une transition en douceur pendant deux ans, tout en commençant à investir comme business angel. Il admet avoir fait les erreurs classiques du débutant, comme investir dans les projets de ses amis sans analyse approfondie.
Cette période d’atterrissage lui permet de mûrir sa vision de l’investissement et de trouver sa nouvelle voie.
Ring Capital, une nouvelle thèse
Son apprentissage se poursuit au sein du fonds Aurinvest, où il participe à la création d’un troisième véhicule d’investissement. Cette expérience le conforte dans son désir de passer définitivement du côté des financiers. Avec son partenaire de longue date, Nicolas Cellier, il décide de lancer son propre fonds, Ring Capital. Leur positionnement se veut différent : ils n’investissent pas en « early stage » mais dans des entreprises technologiques plus matures, qui réalisent déjà plusieurs millions de chiffre d’affaires et sont souvent rentables. Ring Capital se voit comme le « maillon manquant entre le venture et le private equity », aidant ces PME solides à accélérer leur croissance.
Leur approche inclut la possibilité de faire du « cash-out », permettant aux fondateurs de sécuriser une partie de leur patrimoine pour aborder la suite plus sereinement.
Pour aller plus loin
- Le profil LinkedIn de Geoffroy Bragadir
- Le compte Twitter de Geoffroy Bragadir
- Le site de Ring Capital
- Empruntis.com, l’entreprise fondée par Geoffroy Bragadir
- Le site du groupe Covea
- Le site du fonds Aurinvest
- Le site de Mercer
- Une définition de la Dry Powder (en anglais)
Les références de l’épisode
- Personnes : Nicolas Cellier, Guillaume Panot, Thibaut Elzière, Xavier Niel, Catherine Pinvin.
- Entreprises et fonds : Ring Capital, Panoranet, Empruntis.com, Mercer Management Consulting (Oliver Wyman), Covea, Aurinvest, Alven Capital, FCBnet brand, Kima Ventures, Captain Contrat, Le Galion, Immostreet, Meilleur Taux, CBP.
- Marques et médias : Google, Facebook, LinkedIn, M6, TF1, Shopify.
- Concepts : LBO (Leveraged Buyout), OBO (Owner Buyout), cash-out, dry powder, capital-risque (VC), capital-développement (growth), early stage, marque blanche, pacte d’associés, ETI (Entreprise de Taille Intermédiaire).
Au fil de l’épisode
- Le parcours de Geoffroy Bragadir : consultant, entrepreneur, puis investisseur.
- Les leçons tirées de ses années en cabinet de conseil en stratégie.
- Sa première tentative entrepreneuriale en 1998, un échec formateur.
- La création de Panoranet en 2000 et les premières levées de fonds en francs.
- Le conseil décisif de Guillaume Panot : investir dans la technologie plutôt que la publicité.
- La stratégie de la « marque blanche » pour acquérir des clients à moindre coût.
- Comment l’entreprise est devenue rentable en trois ans.
- Le départ d’un des cofondateurs et l’importance d’un pacte d’associés bien préparé.
- La sortie du premier fonds d’investissement au bout de cinq ans.
- Le lancement d’une opération de LBO (Leveraged Buyout) pour racheter sa propre société.
- Les difficultés du LBO : une dette très élevée et un marché immobilier qui ralentit.
- La nécessité de structurer l’entreprise en recrutant une équipe de direction.
- La vente d’Empruntis au groupe Covea en février 2008, juste avant la crise financière.
- Sa transition de deux ans et ses débuts comme business angel.
- Les erreurs à éviter quand on commence à investir : les « projets des copains » et la dispersion des tickets.
- Son apprentissage du métier d’investisseur au sein du fonds Aurinvest.
- La création de Ring Capital avec Nicolas Cellier.
- La thèse d’investissement de Ring : accompagner des entreprises technologiques matures dans leur accélération.
- Le concept de « cash-out » pour permettre aux fondateurs de sécuriser leur situation personnelle.
- Le risque principal de ce positionnement : investir dans une technologie vieillissante.
- Sa vision sur l’écosystème, l’abondance de capital et la « chasse à la licorne ».
- Sa philosophie sur la gestion du temps et l’importance de la délégation pour un manager.
FAQ
Qui est Geoffroy Bragadir ?
Geoffroy Bragadir est un entrepreneur et investisseur français. Après un début de carrière en conseil en stratégie, il a cofondé en 2000 l’entreprise Panoranet, un comparateur de services financiers qui deviendra Empruntis.com. Après avoir mené un LBO et vendu sa société au groupe Covea en 2008, il s’est tourné vers l’investissement. Il est aujourd’hui le cofondateur et dirigeant du fonds de capital-développement Ring Capital, spécialisé dans les entreprises technologiques.
Qu’est-ce que Panoranet, devenu Empruntis.com ?
Panoranet était une société de comparaison de services financiers (crédit, assurance) créée en 2000. Son succès initial repose sur une stratégie de « marque blanche », fournissant sa technologie à de grands portails web. Devenue rentable en trois ans, l’entreprise a ensuite développé sa propre marque grand public, Empruntis.com. Après un LBO mené par ses fondateurs, le groupe a été racheté par l’assureur Covea en 2008 et existe toujours aujourd’hui.
Qu’est-ce qu’un LBO (Leveraged Buyout) ?
Un LBO, ou rachat avec effet de levier, est une opération financière où les acheteurs (souvent les dirigeants) créent une société holding pour racheter une entreprise en s’endettant massivement. La dette est ensuite remboursée par les bénéfices futurs de l’entreprise rachetée. Geoffroy Bragadir a utilisé ce mécanisme pour racheter Panoranet avec un nouveau fonds, une expérience qu’il décrit comme intense et risquée en raison du poids de la dette.
Quelle est la stratégie d’investissement de Ring Capital ?
Ring Capital est un fonds d’investissement qui se positionne sur le segment du capital-développement (growth). Contrairement aux fonds de capital-risque qui financent des start-ups en amorçage, Ring Capital investit dans des entreprises technologiques déjà établies, réalisant un chiffre d’affaires significatif (minimum 5 millions d’euros) et souvent rentables. L’objectif est de leur fournir les capitaux nécessaires pour accélérer leur croissance et les transformer en PME solides.
Quels conseils Geoffroy Bragadir donne-t-il aux entrepreneurs ?
Geoffroy Bragadir insiste sur l’importance de préparer un pacte d’associés solide dès le départ pour anticiper les désaccords. Il rappelle que l’entrepreneuriat est une aventure exigeante, marquée par la fatigue et la solitude, et qu’il faut savoir préserver son équilibre personnel. Il souligne aussi le rôle de la chance dans un parcours, tout en insistant sur la nécessité d’être résilient et capable de surmonter les difficultés inévitables.
