De la Roumanie de Ceaușescu au déclic photographique
Géraldine Aresteanu est née en 1976 en Roumanie, d’une mère française et d’un père roumain. Elle grandit sous la dictature, dans un pays où, dit-elle, « il n’y avait pas d’expos, d’images… il n’y avait pas de publicité ». La révolution de 1989 ouvre soudain les portes. C’est à Bucarest qu’elle découvre par hasard une exposition — organisée selon elle par Reporters sans frontières — montrant des photographies de son propre pays. Le choc est fondateur : « je me suis rendu compte que vous pouvez raconter des histoires grâce à une image. Donc je suis rentrée à la maison et j’ai dit à mes parents : je veux être photographe. »
Elle suit des cours du soir à Bucarest, deux fois par semaine, avant de faire ses toutes premières photos « avec une lampe de chantier ». En France, le prix de la Fondation de France, reçu pour son projet sur les enfants sourds-muets, lui offre ses premières lumières de studio.
Le projet 24h : vivre une journée entière avec l’autre
Depuis 2014, Géraldine Aresteanu mène le projet qui la définit : « 24h ». Le principe est radical — partager sans interruption vingt-quatre heures de la vie d’une personne. « Pour passer du temps avec les gens, il faut vivre avec eux », explique-t-elle : être là au réveil, au coucher, dans les gestes les plus ordinaires. Sa démarche est aussi une éthique de la présence : « dès le moment où la personne est partie dans son sommeil, je fais plus de photos… je me cache jamais. » Le premier « 24h », en 2014, suit un pêcheur du delta du Danube ; d’autres suivront, de l’écrivain Jean-Christophe Rufin à Alexandros, sans domicile fixe rencontré dans le métro parisien.
Certaines rencontres bouleversent la photographe autant que le sujet. Devant une enfant polyhandicapée endormie, l’émotion la submerge ; elle reprend son appareil, qui devient, dit-elle, « comme un bouclier ».
« 24h en réa », « Étranger » : la photographie comme engagement
Né du premier confinement, « 24h en réa » (Éditions Alopex) prolonge la démarche dans un service de réanimation à Orléans, après un refus de l’AP-HP. L’exposition, soutenue par la région Centre-Val de Loire, tourne ensuite dans les lycées auprès de futurs soignants. Avec « Étranger » (Éditions Alopex), Géraldine Aresteanu réunit une trentaine de portraits de travailleurs étrangers et interroge un mot qui l’accompagne depuis toujours : « quand je suis arrivée en France, je me suis sentie roumaine, et quand je suis en Roumanie, je me sens française… je suis étrangère partout. »
Reste une peur intime, qu’elle confie sans détour : « la peur la plus grande, c’est perdre la vue. » Car pour elle, l’appareil n’est pas un métier mais une identité : « je suis photographe avant d’être enfant, avant d’avoir été amoureuse, avant d’avoir été mère. »
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- « Portraits pour un mot » — le premier livre de Géraldine Aresteanu, auto-édité, consacré à la langue des signes des enfants sourds-muets.
- « 24h en réa » — livre publié aux Éditions Alopex, né du premier confinement, dans un service de réanimation.
- « Étranger » — livre publié aux Éditions Alopex, portraits de travailleurs étrangers en France.
- Jean-Christophe Rufin — écrivain et médecin, sujet de l’un de ses « 24h ».
- Alexandra Badea — autrice et metteuse en scène, dont le texte « Mode d’emploi » figure dans le livre « Étranger ».
- Reporters sans frontières — l’exposition découverte à Bucarest, à l’origine de sa vocation.
- Fondation de France — prix reçu pour « Portraits pour un mot ».
- Éditions Alopex — la maison d’édition de ses livres.
Au fil de l’épisode
- L’enfance en Roumanie sous la dictature et la révolution de 1989
- L’exposition découverte à Bucarest et le déclic : « je veux être photographe »
- Les cours du soir, le premier appareil et les premières photos à la lampe de chantier
- Le prix de la Fondation de France et « Portraits pour un mot »
- Le besoin de passer d’un univers à l’autre, du dirigeant au sans-abri
- La peur intime de perdre la vue
- La naissance du projet « 24h » et sa démarche
- Le premier « 24h » : un pêcheur du delta du Danube
- Le « 24h » avec l’écrivain Jean-Christophe Rufin
- Le « 24h » avec Alexandros, sans domicile fixe à Paris
- « 24h en réa », né du premier confinement
- Le livre « Étranger » et le sens du mot
- La double appartenance : « étranger partout »
FAQ
Qui est Géraldine Aresteanu ?
Géraldine Aresteanu est une photographe née en Roumanie en 1976, d’une mère française et d’un père roumain, installée à Orléans. Elle se consacre à une photographie tournée vers l’humain, à travers le portrait, le reportage documentaire et son projet d’immersion « 24h ». Elle est l’autrice des livres « Portraits pour un mot », « 24h en réa » et « Étranger ».
En quoi consiste le projet « 24h » de Géraldine Aresteanu ?
Le projet « 24h » consiste à partager sans interruption vingt-quatre heures de la vie d’une personne pour la photographier au plus près. La photographe est présente au réveil, au coucher et dans les gestes les plus quotidiens. Elle a ainsi suivi un pêcheur du delta du Danube, l’écrivain Jean-Christophe Rufin, un sans-abri ou encore un service de réanimation.
Comment Géraldine Aresteanu est-elle devenue photographe ?
Après la révolution roumaine de 1989, Géraldine Aresteanu découvre à Bucarest une exposition de photographies qui lui révèle qu’une seule image peut raconter une histoire. Elle décide alors de devenir photographe, suit des cours du soir à Bucarest et réalise ses premières images « avec une lampe de chantier », avant de poursuivre sa carrière en France.
Quels livres a publiés Géraldine Aresteanu ?
Géraldine Aresteanu a publié « Portraits pour un mot », son premier livre auto-édité consacré à la langue des signes, puis « 24h en réa », né du premier confinement dans un service de réanimation, et « Étranger », une série de portraits de travailleurs étrangers. Ses deux derniers ouvrages ont paru aux Éditions Alopex.
Que raconte le livre « Étranger » de Géraldine Aresteanu ?
« Étranger » réunit des portraits de travailleurs étrangers en France et interroge le sens du mot « étranger ». Pour Géraldine Aresteanu, née en Roumanie et installée en France, ce mot est intime : elle se dit « étrangère partout ». Le livre, publié aux Éditions Alopex, mêle images et textes, dont un extrait signé de l’autrice Alexandra Badea.
