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Commander l’école qui forme les spécialistes de demain

À la tête de l’École Militaire Préparatoire Technique de Bourges, le colonel Gwenaëlle Gauthier dirige un établissement unique en son genre. Elle y accueille des adolescents de 16 ans qui, tout en préparant un baccalauréat professionnel ou technologique, endossent l'uniforme et le statut de soldat. Dans cet entretien avec le capitaine Brault, elle dévoile les coulisses de cette école où la rigueur militaire se conjugue avec un accompagnement éducatif exigeant et bienveillant. Elle raconte comment ses équipes forgent des techniciens aguerris et des citoyens responsables, en transmettant des valeurs de courage, de dépassement de soi et d'esprit d'équipe.

Gwenaëlle Gauthier, à la tête de l'école qui forme les sous-officiers de demain

Une école hors du commun

L’École Militaire Préparatoire Technique (EMPT) de Bourges n’est pas un lycée comme les autres. Le colonel Gwenaëlle Gauthier, qui la dirige, insiste sur sa principale spécificité : les élèves, dès leur arrivée à 16 ans, sont des soldats. Ils signent un engagement et entament une formation militaire progressive, en parallèle de leur scolarité. L’objectif est double : obtenir un baccalauréat professionnel (maintenance d’hélicoptères, de véhicules ou cybersécurité) ou technologique (STI 2D), et se préparer à une carrière de sous-officier dans l’armée de Terre. La promesse est celle d’un parcours accéléré, avec un contrat de sous-officier signé juste après le bac, avant de rejoindre l’école de Saint-Maixent.

La vie à l’école est rythmée par les exigences militaires et scolaires. Le réveil sonne à 6 heures, les journées sont denses, mêlant cours, sport, étude et formation militaire. « Ils ont la patate », assure pourtant le colonel Gauthier, expliquant que les jeunes trouvent dans ce cadre ce qu’ils sont venus chercher : des valeurs, un esprit de corps et le début de la vie de soldat.

Former et faire grandir la jeunesse

Le recrutement se fait via les centres de recrutement de l’armée de Terre (CIRFA) sur tout le territoire, y compris en outre-mer. Les candidats, souvent âgés de 15 ans et demi, sont sélectionnés sur dossier. Leurs motivations sont claires : l’envie de devenir militaire et de servir leur pays. Pour le colonel Gauthier, ces jeunes sont avant tout « courageux » de franchir le portail de l’école. Elle combat les clichés sur la jeunesse, affirmant qu’il faut lui faire confiance. L’école offre un cadre qui permet de canaliser leur énergie et de prévenir les dérives comme le harcèlement, un fléau dont certains élèves ont été victimes dans le civil. Un élève, Lucas, a ainsi confié au proviseur qu’il « recommençait à vivre » depuis son arrivée.

La transformation des adolescents en jeunes adultes est rapide et visible. En quelques semaines, ils apprennent à commander un groupe, à chanter au pas et à maîtriser l’ordre serré. « Les parents, je les préviens qu’ils ne vont pas reconnaître leur fils et leur fille », s’amuse le colonel. Cette métamorphose est une immense fierté pour les familles et pour l’encadrement, qui se voit confier la mission de poursuivre le travail des parents.

Du combat à l’éducation

Fille de professeurs, Gwenaëlle Gauthier n’imaginait pas un jour diriger une école. Sa carrière d’officier maintenancier l’a pourtant préparée à cette mission. Pour elle, former les futurs sous-officiers est une manière de « rendre un peu ce que les sous-officiers [lui] ont apporté ». Elle voit son rôle comme celui d’un « passeur », transmettant un héritage et des valeurs. L’école, qui compte des professeurs de l’Éducation nationale et des cadres militaires, réussit à faire corps autour des élèves. Les enseignants y trouvent un environnement de travail apaisé, où ils peuvent exercer leur métier sans passer leur temps à faire de la discipline, face à des élèves « polis et désireux d’apprendre ».

Son expérience de femme dans un milieu exigeant a également forgé son commandement. Confrontée très tôt aux préjugés, elle a appris à s’imposer par ses compétences et son caractère, sans jamais demander de traitement de faveur. C’est cette philosophie qu’elle applique aujourd’hui : « On est d’abord soldats ». Il n’y a ni garçons, ni filles, mais des jeunes en devenir qui doivent apprendre à former un groupe soudé, sans laisser personne derrière.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • École Militaire Préparatoire Technique (EMPT) de Bourges
  • École Nationale des Sous-Officiers d’Actifs (ENSOA) de Saint-Maixent
  • Baccalauréat professionnel Maintenance des hélicoptères
  • Baccalauréat professionnel Maintenance en véhicule transport routier
  • Baccalauréat professionnel Ciel (cybersécurité, informatique, réseau électronique)
  • Baccalauréat technologique STI 2D
  • Pronote
  • Maréchal Lyautey
  • Légion étrangère
  • Opérations extérieures (RCA, Gabon, Liban)

Au fil de l’épisode

  • Présentation de l’École Militaire Préparatoire Technique de Bourges, un établissement unique.
  • La principale différence : les élèves de 16 ans ont le statut de soldat dès leur arrivée.
  • Le double cursus : un baccalauréat professionnel ou technologique et une formation militaire.
  • La promesse d’une carrière de sous-officier dans l’armée de Terre après le bac.
  • La marche au béret, un rite initiatique fort pour les nouvelles recrues.
  • Le profil des jeunes : volontaires, en quête de valeurs et d’un cadre.
  • La lutte contre les clichés sur la jeunesse : des jeunes « courageux » et « pleins de ressources ».
  • La gestion de la vie en internat et la prévention du harcèlement.
  • L’histoire de Lucas, un élève qui a fui le harcèlement scolaire du civil.
  • La transformation rapide des élèves en jeunes chefs autonomes.
  • Le processus de sélection pour intégrer l’école, via les CIRFA.
  • La gestion des élèves venant d’outre-mer.
  • L’emploi du temps dense, entre cours, sport militaire et vie en communauté.
  • Le taux de réussite au bac : 100 % pour les filières professionnelles.
  • Le parcours du colonel Gauthier, de la maintenance en unité de combat à la direction d’école.
  • La collaboration entre les professeurs civils et les cadres militaires.
  • Le soulagement des professeurs de pouvoir exercer leur métier dans un cadre serein.
  • La gestion des téléphones portables et des réseaux sociaux.
  • L’expérience du colonel Gauthier en tant que femme officier dans l’armée.
  • Sa philosophie de commandement : pas de distinction entre garçons et filles, tous sont des soldats.

FAQ

Qui est le colonel Gwenaëlle Gauthier ?

Le colonel Gwenaëlle Gauthier est la directrice de l’École Militaire Préparatoire Technique de Bourges. Officier de l’arme du matériel (maintenancier), elle a une longue carrière opérationnelle, avec des missions au Gabon, en RCA ou au Liban. Fille de professeurs, elle met aujourd’hui son expérience du commandement au service de la formation de la jeunesse, qu’elle considère comme l’avenir du pays et de l’armée.

Qu’est-ce que l’École Militaire Préparatoire Technique de Bourges ?

C’est une école de l’armée de Terre qui accueille des jeunes dès 16 ans pour un double cursus. Les élèves y préparent un baccalauréat professionnel ou technologique tout en recevant une formation militaire initiale. Ils ont le statut de soldat et vivent en internat. L’objectif est de les former pour qu’ils deviennent, après leur bac, des sous-officiers techniciens dans l’armée de Terre.

Quel est le profil des élèves de cette école ?

Les élèves intègrent l’école à 16 ans, après la classe de seconde. Ils viennent de toute la France, y compris d’outre-mer. Ce sont des jeunes volontaires, qui ont exprimé le souhait de s’engager dans l’armée. Ils recherchent un cadre, des valeurs comme le courage et l’esprit d’équipe, et un projet professionnel clair. La plupart ont déjà une idée de la spécialité technique qu’ils souhaitent exercer.

Comment se déroule la vie quotidienne des élèves ?

La vie des élèves est très rythmée et exigeante. Les journées commencent à 6 heures et enchaînent les cours pour le bac, les activités militaires (ordre serré, chant, terrain), beaucoup de sport (jusqu’à 6 heures par semaine) et des temps d’étude. Malgré la fatigue, l’ambiance de camaraderie et la cohésion du groupe sont très fortes. Les week-ends sont parfois consacrés à des activités sur le terrain.

Quel est le taux de réussite au bac dans cette école ?

L’école affiche un taux de réussite de 100 % au baccalauréat professionnel. Le colonel Gauthier précise que l’objectif est désormais d’augmenter le taux de mentions, qui se situe déjà entre 50 et 70 % selon les filières. Ce succès scolaire est le fruit d’un encadrement rigoureux et d’un environnement propice à l’apprentissage, où les élèves sont motivés et disciplinés.

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