Des nuits du Palace au code
Henri Seydoux commence son récit par ses débuts atypiques. Sans diplôme, il se rêve journaliste à la fin des années 70, mais sa dyslexie le freine. Ses nuits, il les passe dans les hauts lieux de l’époque, comme Le Palace, où il croise Karl Lagerfeld ou Mick Jagger. C’est là qu’il rencontre Jean-François Bizot, qui l’embauche pour le magazine « Actuel ». L’expérience est de courte durée : il se rend vite compte qu’il n’est pas fait pour ce métier. La rencontre qui change sa vie est celle avec Roland Moreno, l’inventeur de la carte à puce. Sur ses conseils, il achète un Apple II et se plonge dans la programmation. « En 6 semaines, je connaissais les bases de la programmation », confie-t-il.
Cette nouvelle passion devient rapidement une compétence recherchée dans l’industrie naissante de la micro-informatique.
Premières armes dans la tech
Après quelques petits boulots, Henri Seydoux rejoint une start-up montée par François Mizzi, qui ambitionne de créer des ordinateurs de poche pour l’éducation. Bien qu’il soit le seul non-ingénieur de l’équipe, ses compétences en programmation, acquises sur le tas, le propulsent au rang de « lead dev ». Il y passe deux années extrêmement formatrices. Lorsque l’entreprise épuise ses fonds, il s’associe avec le directeur technique, Jamal Berber, pour fonder sa première société, BBS. Leur projet : commercialiser un système d’exploitation pour machines portables, une sorte d’ancêtre d’Android. Ils vont jusqu’à le présenter à Apple dans la Silicon Valley.
L’aventure BBS s’arrête en raison d’une mésentente entre les associés, mais elle confirme le talent d’Henri Seydoux pour la technologie.
De l’image 3D aux souliers de luxe
Henri Seydoux ne s’arrête pas là. Il crée « SoftSeydoux » pour gagner sa vie, puis s’associe avec son ami architecte Pierre Buffin pour lancer BSCA, une entreprise de création d’images 3D pour la publicité et la télévision. Il y passe cinq ans et apprend les ficelles du métier d’entrepreneur. Un drame familial, le suicide de sa mère, le frappe durement et le pousse à céder ses parts. Son associé rebaptisera l’entreprise Buf et en fera un leader mondial des effets spéciaux. Après cette épreuve, il change radicalement d’univers en aidant un ami dessinateur à monter sa propre marque. Cet ami n’est autre que Christian Louboutin. Henri Seydoux l’accompagne pendant près de deux ans, structurant le business et participant au lancement de ce qui deviendra un empire de la chaussure de luxe.
Cette expérience dans la mode lui prouve qu’il peut réussir dans des domaines très variés.
La naissance de Parrot
En 1994, l’envie de revenir à la technologie est trop forte. Henri Seydoux fonde Parrot avec une idée en tête : rendre la reconnaissance vocale accessible au grand public. C’est l’origine du nom de l’entreprise, le perroquet étant l’oiseau qui parle. Il développe un premier prototype logiciel dans sa cuisine, monte un dossier et l’envoie par la poste au fonds d’investissement Sofinnova, qui décide d’investir 5 millions de francs. Le premier produit de Parrot est un agenda à reconnaissance vocale destiné aux personnes aveugles. Un semi-échec, mais qui s’avère très constructif pour la suite.
Le véritable tournant s’opère lorsqu’il décide de s’attaquer au marché de la téléphonie mobile, alors en plein essor.
Le succès du Bluetooth et l’innovation permanente
Henri Seydoux identifie un besoin majeur : la sécurité du téléphone en voiture. Il développe une solution de reconnaissance vocale fonctionnant dans un environnement bruyant et signe un premier contrat avec Ericsson. Il fait alors un pari stratégique majeur en adoptant le standard Bluetooth, qui n’en est qu’à ses débuts. La crise technologique de 2001, qui pousse les grands acteurs comme Nokia ou Motorola à réduire leurs investissements en R&D sur les accessoires, devient une chance inouïe. Parrot se retrouve quasiment seul sur le marché des kits mains libres Bluetooth pour voiture. Le succès est fulgurant. « C’est comme ça que Parrot est passé de 10 millions à 200 millions de chiffre d’affaires en 4 ans », raconte-t-il.
Conscient que dans la tech, un succès ne dure jamais, il réinvestit massivement dans l’innovation pour ne pas disparaître.
Des casques aux drones, la refondation
Fort de son succès dans l’automobile, Henri Seydoux diversifie les activités de Parrot en se positionnant comme un leader des produits électroniques connectés au smartphone. Il lance des casques audio à la pointe de la technologie, comme le Zik, et des enceintes Wi-Fi. Il s’intéresse aussi au jeu vidéo, ce qui le mène à une idée qui va redéfinir l’entreprise : le drone. D’abord pensé comme un jeu vidéo dans le monde réel, le drone se révèle être un outil bien plus puissant, une caméra volante sophistiquée. Après une période de forte croissance suivie d’une concurrence intense, il prend une décision radicale. Il y a deux ans, il a vendu la division automobile, arrêté la production des produits audio et de tous les autres projets pour recentrer entièrement l’entreprise sur un seul objectif : un drone de nouvelle génération, plus petit, plus intelligent, incarné par le modèle Anafi.
Aujourd’hui, Henri Seydoux vit cette nouvelle phase comme un retour aux sources, reconstruisant Parrot comme une start-up, avec la même énergie et la même passion qu’à ses débuts.
Pour aller plus loin
- Le site officiel de Parrot
- La page du drone Anafi
- Buf, l’entreprise d’effets spéciaux fondée par son ancien associé Pierre Buffin
- Sofinnova, le fonds d’investissement historique de Parrot
- Le profil LinkedIn d’Henri Seydoux
Les références de l’épisode
- Personnes : Léa Seydoux, Jean-François Bizot, Karl Lagerfeld, Mick Jagger, Roland Moreno, François Mizzi, Jamal Berber, John Sculley, Pierre Buffin, Christian Louboutin, Jean-Pierre Talvar, Steve Jobs, Jean Renoir.
- Entreprises et organisations : Parrot, Actuel, Apple, ELF, INRIA, BBS, SoftSeydoux, BSCA, Buf, Christian Louboutin, Sofinnova, Alcatel, Ericsson, Nokia, Motorola, Polycom, Télécom Paris, Forestia, Google, Volkswagen, GoPro, Jawbone, IBM, Facebook, YouTube.
- Lieux : Le Palace, Les Bains-Douches, Silicon Valley, Shenzhen.
- Produits et technologies : Apple II, Macintosh, carte à puce, Windows, DOS, Android, Bluetooth, drone Anafi, casque Zik, Flower Power, iPod, iPhone, Airbus A320, Waze, Spotify.
Au fil de l’épisode
- Les débuts d’Henri Seydoux : pas d’études, la vie nocturne au Palace et un rêve de journalisme.
- Sa courte carrière de journaliste à « Actuel » et la prise de conscience de sa dyslexie.
- La rencontre décisive avec Roland Moreno, inventeur de la carte à puce.
- Comment il a appris à programmer seul sur un Apple II en six semaines.
- Ses premiers pas dans une proto-start-up où, seul autodidacte, il devient le meilleur développeur.
- La création de sa première entreprise, BBS, avec Jamal Berber, et leur tentative de vendre un OS portable à Apple.
- La fondation de BSCA avec Pierre Buffin pour créer des images 3D.
- Le drame personnel qui le pousse à quitter BSCA, qui deviendra le leader des effets spéciaux Buf.
- L’interlude dans la mode : comment il a aidé son ami Christian Louboutin à lancer sa marque.
- La création de Parrot en 1994 sur l’idée de la reconnaissance vocale.
- Le développement du premier prototype dans sa cuisine et le financement par Sofinnova.
- Le premier produit Parrot : un agenda pour personnes aveugles.
- Le pivot stratégique vers l’automobile et le premier contrat avec Ericsson.
- Le pari gagnant sur la technologie Bluetooth.
- Comment la crise de 2001 a permis à Parrot de devenir leader sur le marché des kits mains libres.
- La croissance spectaculaire de l’entreprise, passant de 10 à 200 millions de chiffre d’affaires en quatre ans.
- Sa philosophie de l’innovation constante pour assurer la survie de l’entreprise.
- La diversification dans les produits audio grand public, comme le casque Zik.
- L’invention du drone, d’abord imaginé comme un jeu vidéo.
- La prise de conscience que le drone est avant tout une caméra volante et un outil de collecte de données.
- La décision radicale de vendre la division automobile et d’arrêter les autres produits.
- Le recentrage complet de Parrot sur le drone Anafi.
- Sa vision actuelle : reconstruire Parrot comme une start-up.
- Ses regrets personnels sur le temps qu’il n’a pas consacré à ses enfants.
- Son conseil : suivre son imaginaire et toujours chercher à faire les choses bien, à fond.
FAQ
Qui est Henri Seydoux ?
Henri Seydoux est un entrepreneur français, principalement connu comme le fondateur et président de Parrot, une entreprise pionnière dans les objets connectés, les casques sans fil et surtout les drones. C’est un autodidacte qui a débuté sa carrière dans la tech sans avoir fait d’études. Avant Parrot, il a co-fondé plusieurs entreprises, notamment dans l’imagerie 3D, et a joué un rôle clé dans le lancement de la célèbre marque de chaussures de luxe Christian Louboutin.
Comment Henri Seydoux a-t-il débuté dans la technologie ?
Après une brève tentative dans le journalisme, Henri Seydoux a été initié à l’informatique par Roland Moreno, l’inventeur de la carte à puce. Sur ses conseils, il a acheté un ordinateur Apple II au début des années 80 et a appris à programmer seul en quelques semaines. Il a rapidement trouvé du travail dans ce secteur naissant, où ses compétences pratiques lui ont permis de s’imposer, même face à des ingénieurs diplômés.
Quelle est l’origine du nom de l’entreprise Parrot ?
Le nom « Parrot » (perroquet en anglais) a été choisi en 1994 car le projet initial de l’entreprise était centré sur la reconnaissance vocale. L’idée était de créer des machines capables de comprendre et de réagir à la voix humaine, à l’image d’un perroquet qui répète et interagit. Bien que l’entreprise soit aujourd’hui surtout connue pour ses drones, le nom est un rappel de ses origines dans la technologie vocale.
Quel a été le premier grand succès commercial de Parrot ?
Le premier succès majeur de Parrot a été le développement de systèmes mains libres Bluetooth pour les voitures au début des années 2000. Alors que les grands fabricants de téléphones ralentissaient leurs investissements à cause de la crise de 2001, Parrot s’est imposé comme le leader sur ce marché. Ce succès a permis à l’entreprise de connaître une croissance fulgurante, passant de 10 à 200 millions d’euros de chiffre d’affaires en seulement quatre ans.
Pourquoi Henri Seydoux a-t-il participé au lancement de la marque Christian Louboutin ?
Après avoir quitté sa société d’imagerie 3D suite à un drame personnel, Henri Seydoux a aidé son ami Christian Louboutin, qui était alors dessinateur freelance. Mettant à profit son expérience d’entrepreneur, il a participé à la structuration de l’entreprise, à la recherche de fournisseurs et au développement commercial initial. Il a ainsi joué un rôle de co-fondateur et de business developper aux débuts de la célèbre marque de chaussures.
Quelle est la stratégie actuelle de Parrot ?
Face à une concurrence accrue, Henri Seydoux a récemment opéré un recentrage stratégique radical pour Parrot. Il a vendu la division automobile, qui était pourtant à l’origine du succès de l’entreprise, et a arrêté la production des autres gammes de produits comme les casques audio. Aujourd’hui, Parrot concentre toutes ses ressources sur le développement et la commercialisation d’une seule ligne de produits : des drones compacts et performants, incarnés par le modèle Anafi.
