De Marseille à New York
Venu pour la première fois à New York à 11 ans, Ilan Abehassera a tout fait pour revenir s’y installer. Après son école de commerce, il saisit l’opportunité d’un V.I.E. dans une chocolaterie française, même s’il n’aime pas le chocolat. C’est son ticket d’entrée pour les États-Unis. Très vite, il bascule dans la tech au moment de l’émergence du web 2.0. Il travaille pour trois startups successives, dont celles d’Olivier Attia et de Jérémy Béréby, qui connaîtront toutes des échecs pour des raisons différentes. Ces expériences lui apprennent beaucoup, notamment sur la dépendance au trafic de Google.
Porté par la culture entrepreneuriale américaine, il décide de se lancer à 27 ans, alors que sa première fille vient de naître et qu’il n’a aucune économie. « Je ne pense pas que je serais devenu entrepreneur en France à cet âge-là », confie-t-il.
Producteev, de la quasi-faillite au succès
En 2008, Ilan Abehassera lance Producteev avec son beau-frère Arik, développeur. L’idée est de créer un outil de gestion de tâches collaboratif, pensé pour l’ère du mobile qui s’annonce. Grâce à ses contacts, il lève 150 000 dollars en deux semaines sur la base d’un simple document de présentation. Pourtant, les débuts sont difficiles : malgré une bonne couverture presse, les utilisateurs s’inscrivent mais n’utilisent pas le produit. Pendant près de 18 mois, l’équipe itère sans trouver la clé. Au bord de la faillite, sans plus aucune trésorerie, il suit son instinct et refuse d’abandonner.
Contre l’avis de certains de ses investisseurs, il se lance dans une nouvelle levée de fonds d’un million de dollars pour développer la version du produit qu’il a en tête. Un fonds du Connecticut, novice dans le secteur, lui fait confiance. Six mois plus tard, la V2 de Producteev est lancée et le succès est immédiat. Les utilisateurs affluent et les premiers revenus arrivent enfin.
La vente à Jive et l’aventure californienne
Grâce à un excellent référencement naturel et au bouche-à-oreille, Producteev atteint une croissance organique de 10 % par mois. Fin 2012, l’entreprise génère un chiffre d’affaires annualisé de près de 3 millions de dollars et compte plus de 3 000 entreprises clientes. Alors qu’il s’apprête à lever des fonds pour accélérer, Ilan est approché par plusieurs sociétés, dont LinkedIn et Evernote. C’est finalement Jive, une entreprise récemment entrée en bourse, qui fait une offre. Sur les conseils de David Marcus, alors président de PayPal, il négocie durement et obtient une vente à huit chiffres.
Suite au rachat, toute l’équipe, majoritairement composée d’ingénieurs français, déménage en Californie. Ilan Abehassera passe près de deux ans à Palo Alto, au cœur de la Silicon Valley. Cette période lui permet d’étendre son réseau et d’observer de l’intérieur le fonctionnement d’une grande entreprise technologique cotée en bourse.
Ily, l’incursion dans le hardware
Après son départ de Jive, Ilan Abehassera ne souhaite pas retourner dans le logiciel de productivité. Fasciné par l’émergence des objets connectés, il se lance dans le hardware avec Ily, un appareil destiné à reconnecter les jeunes enfants avec leur famille éloignée. Le projet est ambitieux : il faut concevoir un produit physique, son électronique, sa mécanique et tout le logiciel embarqué. Pour cela, il recrute une équipe d’ingénieurs français expérimentés, venus de chez Withings, Aldebaran Robotics ou Parrot. Après 14 mois de développement, un premier prototype fonctionnel est présenté au CES de Las Vegas.
Malgré un produit prometteur et des retours utilisateurs excellents, l’entreprise peine à financer la production de masse. Les investisseurs en capital-risque, frileux face à une nouvelle catégorie de produit, demandent des preuves de traction commerciale qu’Ilan ne peut pas encore fournir. Face à l’impasse, il choisit de vendre l’entreprise à un concurrent, Nucleus, pour sauver avant tout son équipe.
Leçons et nouveau départ
De cette expérience, Ilan Abehassera tire de nombreuses leçons sur les spécificités du hardware, un secteur où « tout coûte très cher ». Loin de le décourager, cette aventure confirme sa passion pour la création de produits physiques qui créent de nouveaux usages. Il décide de mettre à profit son expérience dans un nouveau projet : Prodontis. Cette startup, co-fondée par un dentiste et son fils, a mis au point un appareil qui réinvente le brossage de dents, le rendant plus efficace et quatre fois plus rapide.
Aujourd’hui, il partage son temps entre ce nouveau défi et sa vie de famille, qu’il préserve en se déconnectant totalement le soir et le week-end. « Avoir une vie équilibrée, ça a beaucoup plus d’impact sur notre productivité qu’on peut avoir l’impression de l’extérieur », conclut-il.
Les références de l’épisode
- Personnes : Céline Lazorte, Arik, Simon, Jérémy Bérébi, Fabrice Grinda, Oleg Chelshoff, Xavier Niel, François, Pierre Valade, David Marcus, Thibault Elzer, Jocelyn, Olivier, Jonathan, Dan, Hugo, Jean-Marie, Sébastien Copp, Guillaume Musso, Peter Thiel, Marc-Antoine Lebré.
- Entreprises et produits : Producteev, Ily, Prodontis, Cosa Vostra, Shopify, Zencaster, CitizenSide, Michel Cluzel, French Network, ScanBuy, Zlio, Kim Ventures, Google, Jive, LinkedIn, Evernote, Dropbox, Sunrise, Microsoft, PayPal, Facebook Messenger, Nucleus, Lowe’s, Withings, Aldebaran Robotics, Parrot, Best Buy, Fnac, Boulanger, Trello, Wonderlist, Slack, AlterNote, NILAS, Pipedrive, Zendesk, Salesforce, Kickstarter, BFM Business.
- Lieux et institutions : New York, Californie, Miami, Paris, Connecticut, Palo Alto, Silicon Valley, Limoges, San Francisco, Kedge Business School, Epitech.
- Médias : TechCrunch, Wired, Le Figaro, iTunes, SoundCloud, Pocketcast.
Au fil de l’épisode
- Son arrivée à New York grâce à un V.I.E. dans une chocolaterie.
- Ses premières expériences dans des startups du web 2.0 et les leçons tirées de leurs échecs.
- La décision de se lancer dans l’entrepreneuriat à 27 ans, juste après la naissance de sa première fille.
- La création de Producteev en 2008 et la première levée de fonds de 150 000 dollars en deux semaines.
- La traversée du désert : 18 mois sans trouver le bon positionnement produit.
- La quasi-faillite et la levée de fonds d’un million de dollars qui a sauvé l’entreprise.
- Le succès de la V2 de Producteev et le décollage des revenus.
- La stratégie de croissance basée sur le référencement naturel (SEO).
- Les approches de rachat par LinkedIn et Evernote.
- La vente à Jive et les conseils de négociation de David Marcus.
- Son expérience de deux ans en Californie au sein de Jive.
- Sa politique de stock-options généreuse pour impliquer ses équipes.
- Le lancement de sa deuxième société, Ily, dans le secteur du hardware.
- Les défis de la conception d’un objet connecté, de l’électronique à la production en Chine.
- La difficulté à lever des fonds pour financer la production de masse.
- La vente d’Ily à un concurrent pour préserver l’équipe.
- Son nouveau projet, Prodontis, qui ambitionne de réinventer la brosse à dents.
- Son équilibre entre vie professionnelle et vie de famille, notamment en se déconnectant totalement pendant le Shabbat.
- Ses outils de productivité favoris : Trello, Evernote, Pipedrive et Slack.
- Sa méthode de management basée sur la transparence et les « weekly demos ».
- Sa relation avec les journalistes et sa stratégie pour obtenir de la couverture presse.
FAQ
Qui est Ilan Abehassera ?
Ilan Abehassera est un entrepreneur français installé à New York. Il est connu pour avoir fondé Producteev, une société de logiciel de gestion de tâches vendue en 2012. Il a ensuite créé Ily, une entreprise de hardware, avant de rejoindre la startup Prodontis. Il est également investisseur dans plusieurs startups et une figure active de la communauté tech française aux États-Unis.
Qu’est-ce que Producteev ?
Producteev était un logiciel de gestion de tâches et de projets en mode collaboratif (SaaS). Lancé en 2008, il s’adressait principalement aux équipes et aux entreprises. L’outil permettait de suivre des tâches sur différentes plateformes (web, mobile, ordinateur). Après avoir connu une forte croissance, l’entreprise a été rachetée par la société américaine Jive Software fin 2012.
Pourquoi Ilan Abehassera a-t-il créé une entreprise de hardware après un succès dans le logiciel ?
Après la vente de Producteev, Ilan Abehassera était passionné par l’émergence des objets connectés. Il a été séduit par l’idée de créer un produit physique pour résoudre un problème personnel : le manque de communication simple entre ses jeunes enfants et le reste de la famille. Il a donc lancé Ily, un appareil pour la maison, relevant le défi de passer du monde du logiciel à celui, plus complexe, du hardware.
Quels conseils de négociation partage-t-il pour la vente d’une entreprise ?
Ilan Abehassera rapporte un conseil clé reçu de David Marcus : refuser les trois premières offres d’achat sans faire de contre-proposition. Cette stratégie vise à montrer que l’on n’est pas pressé de vendre et à faire monter le prix. Il suggère aussi d’utiliser un de ses investisseurs comme « bad cop » pour mener la négociation dure, tandis que le fondateur reste le « good cop » qui préserve la relation avec le futur acquéreur.
Quelle est la nouvelle aventure d’Ilan Abehassera ?
Ilan Abehassera a rejoint la startup Prodontis. Cette entreprise a développé un appareil qui ambitionne de réinventer le brossage de dents. Le produit, qui ressemble à une gouttière, promet un nettoyage deux fois plus efficace que les meilleures brosses à dents électriques, et ce en seulement 30 secondes. Il apporte son expertise en développement de produit hardware et en structuration d’entreprise.
