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#80 Jacky Chang – ParisFashionShops – de la Chine à Paris, du sentier à la startup

Arrivé de Chine à l'âge de 10 ans, Jacky Chang a grandi dans l'atelier de maroquinerie de ses parents, au cœur du Sentier parisien. Baigné dans la culture du travail et de l'entrepreneuriat familial, il lance sa première entreprise de fabrication à 20 ans. Il y apprend les réalités du métier, des clichés sur le « Made in China » alors qu'il produit à Paris, aux difficultés de trésorerie. Après plusieurs expériences dans le prêt-à-porter, il assiste à la crise des détaillants indépendants, fragilisés par l'essor de la fast fashion. Ce constat le pousse à créer ParisFashionShops.com, une marketplace B2B pour armer les petites boutiques face aux géants du secteur.

de la confection à Paris à la marketplace B2B pour la mode

De la Chine au Sentier

Jacky Chang arrive en France en 1984, à l’âge de 10 ans. Originaire de la province du Zhejiang, comme une grande partie de la communauté chinoise du Sentier, il débarque avec sa mère et ses deux frères pour rejoindre son père, ancien négociant en poisson venu chercher un meilleur avenir pour ses enfants. La famille s’installe dans le 3e arrondissement de Paris et lance un petit atelier de fabrication de maroquinerie. Jacky grandit au milieu des machines à coudre qui tournent jour et nuit, dans une culture du travail acharné. Plus jeune et scolarisé, il devient rapidement le traducteur de la famille pour toutes les démarches, tout en participant à la production après l’école.

« Mes parents ont appris trois mots en français : bonjour, merci, au revoir. Et tout le restant, c’était boulot, boulot, boulot. »

Premiers pas d’entrepreneur

À 20 ans, Jacky Chang décide de quitter l’école l’année du bac pour lancer sa première entreprise. Il voit dans cette « version 2 » l’occasion d’ajouter une couche de créativité à la seule valeur travail de ses parents. Avec 100 000 francs, considérés comme sa dot de mariage, il crée sa marque de sacs à main, Coloris, et installe son atelier dans le 11e arrondissement. Il se heurte rapidement aux clichés : malgré une production 100 % parisienne, son nom de famille lui vaut d’être systématiquement associé au « Made in China » et à des prix bas. Après deux ans, un impayé important le contraint à fermer cette première société, une expérience qu’il vit comme un échec mais qui le pousse à se relever aussitôt.

« J’ai payé tout le monde. J’ai payé l’Urssaf, j’ai payé l’État. Ce que je n’ai pas payé, c’était mes salaires. »

Le travail en famille

Loin de renoncer, Jacky Chang s’associe avec son beau-père, un créateur talentueux, et son épouse pour monter une deuxième société de maroquinerie, nommée Bac. Il prend en charge la partie commerciale et le développement à l’international, tandis que son beau-père gère la création et la production. L’entreprise connaît une belle croissance, mêlant fabrication et vente en gros dans le Sentier. Au bout de dix ans, les visions divergent et l’aventure s’arrête. Jacky se lance alors dans le prêt-à-porter avec une nouvelle structure, CO2 Paris, cette fois-ci en s’associant avec son frère et leurs épouses respectives. Cette nouvelle étape marque un tournant majeur : le passage de la fabrication parisienne à la production en Asie.

L’équilibre de sa vie, explique-t-il, repose sur un « tabouret à trois pieds » : la famille, le business et la vie sociale.

L’ère du Made in China

Avec CO2 Paris, l’activité de grossiste se déplace à Aubervilliers, devenu le nouveau cœur battant du textile avec le CIFA (Centre International France-Asie). Jacky Chang commence alors à se rendre en Chine une semaine par mois pour gérer la production et trouver les meilleures usines spécialisées. Il découvre un nouveau statut, celui de la « banane » : jaune à l’extérieur, blanc à l’intérieur. En Chine, il est perçu comme un Français. Cette période coïncide avec la montée en puissance de la fast fashion. Des géants comme Zara ou H&M imposent un nouveau rythme au marché, avec des collections renouvelées toutes les deux semaines. Les petits détaillants et les chaînes de magasins françaises peinent à suivre et leur activité décline fortement.

« Je voyais mes clients rentrer dans le magasin. La question qu’ils me posaient, ce n’était pas “c’est quoi la dernière collection qui cartonne ?”, mais “est-ce qu’il y aurait par hasard quelqu’un qui voudrait reprendre mon magasin ?” »

Le virage digital

Conscient que l’avenir est au digital, Jacky Chang tente de lancer un site de vente en ligne pour son activité de grossiste. L’expérience est un échec cuisant : 60 000 euros investis en un an pour un retour sur investissement nul. Cette déconvenue lui fait comprendre pourquoi aucun des 2000 fournisseurs de la région parisienne n’a de site internet à jour. Créer et maintenir une présence en ligne efficace demande des compétences et des investissements hors de portée pour la plupart. Il réalise qu’il y a un vide sur le marché B2B, alors que le B2C est saturé. L’idée germe alors : créer un outil pour aider tous les professionnels de la mode à réussir leur transformation digitale.

C’est de ce constat qu’est née l’ambition de Paris Fashion Shops : devenir la plateforme qui connecte les fournisseurs parisiens aux détaillants du monde entier.

Paris Fashion Shops, la riposte des indépendants

En 2016, Jacky Chang et ses associés familiaux lancent ParisFashionShops.com. Le projet est ambitieux : créer une marketplace B2B qui offre aux petites boutiques la puissance d’achat de Zara et la facilité d’utilisation d’Amazon. Ils lèvent un million d’euros auprès du fonds Eurazeo pour se donner les moyens de leurs ambitions. La première année est difficile, il faut convaincre les fournisseurs, réticents à exposer leurs nouveautés en ligne. La persévérance paie : la plateforme offre des services clés en main, comme les shootings photo, et fonctionne sur un modèle à la performance. Aujourd’hui, Paris Fashion Shops fédère plus de 650 fournisseurs et génère 20 millions d’euros de volume d’affaires. Sa mission : redonner un avenir au commerce de détail indépendant.

« On nous appelle aujourd’hui l’Amazon du B2B. »

Jacky Chang nous recommande…

  • « De la performance à l’excellence » — Jim Collins
  • « Bâties pour durer » — Jim Collins

Les références de l’épisode

  • Personnes : Jim Collins.
  • Entreprises et marques : ParisFashionShops.com, Eurazeo, Zara, H&M, NAFNAF, KUKAI, Sandro, Maj, Claudie Pierlot, Morgan, La City, Veja, Alibaba, Shopify, Cosa Vostra, The Family.
  • Lieux : Le Sentier (Paris), Aubervilliers, CIFA (Centre International France-Asie), Zhejiang, Wenzhou.
  • Médias et événements : le film « La Vérité si je mens ! », la série « Entourage », les salons Who’s Next et Première Classe, le concours BFM Academy.

Au fil de l’épisode

  • Son arrivée en France à 10 ans, depuis la province du Zhejiang.
  • L’atelier de maroquinerie familial dans le Sentier et la culture du travail.
  • Son rôle de traducteur pour sa famille.
  • Le lancement de sa première entreprise, Coloris, à 20 ans, avec la « dot » de ses parents.
  • Les clichés sur le « Made in China » alors qu’il fabriquait à Paris.
  • La fermeture de sa première boîte suite à un impayé.
  • La création de sa deuxième société, Bac, avec sa femme et son beau-père.
  • Le passage au prêt-à-porter avec CO2 Paris, en s’associant avec son frère.
  • Le déménagement de l’activité à Aubervilliers, au CIFA.
  • Ses voyages mensuels en Chine pour le sourcing et sa perception de « banane » (jaune dehors, blanc dedans).
  • L’impact de la fast fashion (Zara, H&M) sur les détaillants indépendants.
  • L’échec de son premier site e-commerce B2B.
  • La naissance de l’idée de Paris Fashion Shops pour mutualiser les forces.
  • Le développement de la plateforme et la levée de fonds d’un million d’euros auprès d’Eurazeo.
  • Les difficultés initiales pour convaincre les fournisseurs de rejoindre la marketplace.
  • Le modèle économique : des services offerts (shooting) et une commission sur les ventes.
  • L’objectif : devenir le « Spotify de la mode » pour les détaillants.
  • Sa participation à la finale du concours BFM Academy.
  • Sa philosophie de vie basée sur l’équilibre entre famille, travail et amis.

FAQ

Qui est Jacky Chang ?

Jacky Chang est un entrepreneur français d’origine chinoise, fondateur de la marketplace B2B ParisFashionShops.com. Arrivé en France à 10 ans, il a grandi dans le milieu de la confection du Sentier à Paris, au sein de l’atelier de maroquinerie de ses parents. Après avoir créé plusieurs entreprises dans la fabrication et la vente en gros de mode depuis ses 20 ans, il s’est tourné vers le digital pour aider les commerçants indépendants à survivre face à la fast fashion.

Qu’est-ce que Paris Fashion Shops ?

Paris Fashion Shops est une plateforme en ligne (marketplace) B2B qui connecte des centaines de grossistes et fabricants de mode basés à Paris avec des milliers de boutiques de détail en France et à l’international. Elle permet aux détaillants de s’approvisionner facilement et rapidement, avec des nouveautés constantes et sans minimum de commande élevé, leur offrant ainsi l’agilité des grandes enseignes de fast fashion. La plateforme centralise les commandes et la logistique pour une livraison en 24/48h.

Pourquoi Jacky Chang a-t-il créé Paris Fashion Shops ?

Jacky Chang a créé Paris Fashion Shops après avoir constaté le déclin des boutiques indépendantes, étranglées par la concurrence des géants de la fast fashion comme Zara ou H&M. Ayant lui-même échoué à digitaliser sa propre activité de grossiste, il a compris que les petits acteurs n’avaient ni les moyens ni les outils pour rivaliser. Il a donc imaginé une solution collective pour leur redonner de la compétitivité, en mutualisant l’offre des fournisseurs et en simplifiant l’approvisionnement.

Comment fonctionne le modèle économique de Paris Fashion Shops ?

Le modèle de Paris Fashion Shops repose sur une commission prélevée sur les ventes réalisées via la plateforme. Pour attirer les fournisseurs, l’inscription et des services clés comme la réalisation des photos professionnelles des produits sont offerts. Pour les acheteurs (les détaillants), la plateforme garantit des prix identiques à ceux pratiqués en magasin physique et centralise les commandes passées auprès de multiples fournisseurs en une seule expédition, optimisant ainsi les coûts et les délais.

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