Apprendre en marchant
Jacob Abbou se définit comme un entrepreneur qui n’a jamais eu le choix. Arrivé en France à 14 ans après avoir quitté le Maroc pour l’Algérie puis Israël, il ne parle pas français et n’a quasiment pas été scolarisé. C’est dans la débrouille et les petits boulots, de barman à plagiste, qu’il fait ses premières armes. Très tôt, il comprend que la formation est la seule dépense incompressible et suit des cours du soir en droit ou en sociologie. Cette soif d’apprendre et d’agir vite devient sa marque de fabrique. Sa première affaire ? Récupérer les rebuts des usines de vêtements pour les revendre en colis, une idée qui lui permet de gagner son premier million d’anciens francs à 18 ans et de financer des voyages pour observer et copier les bonnes idées à l’étranger.
« Je ne me suis pas levé le matin en me disant “je vais être entrepreneur”. J’ai été entrepreneur parce que je n’avais pas le choix. »
La faille et l’audace
Après un passage remarqué chez Publicis, où il entre à la force de sa détermination, Jacob Abbou comprend que sa vocation est dans la presse et la publicité. Il décide de créer sa propre entreprise, Promoscaf, spécialisée dans l’affichage publicitaire dans les cafés. Son coup de génie est de dénicher une faille dans un texte de loi mal rédigé, lui permettant d’afficher de la publicité pour des alcools forts, alors interdite. Sans un sou en poche, il applique une méthode qu’il perfectionnera toute sa vie : vendre avant de produire. Il raconte comment il a vendu 1500 panneaux publicitaires inexistants à un grand groupe d’alcool, avec pour seule preuve un prototype fabriqué dans une cave. Ce bluff audacieux, soutenu par un directeur marketing bienveillant, lui permet de lancer son réseau et de prouver que la créativité prime sur le capital.
« Une bonne vente, ce n’est pas de vendre une perle que tu as à quelqu’un qui veut l’acheter, c’est de vendre une perle que tu n’as pas à quelqu’un qui ne veut pas l’acheter. »
Bâtir un empire de l’affichage
Le succès de l’affichage dans les cafés n’est qu’un début. Jacob Abbou applique le même principe pour conquérir de nouveaux territoires : être au plus près de l’acte d’achat. Il développe l’affichage dans les parkings d’hypermarchés, puis dans les parcs d’exposition comme celui de la Porte de Versailles, qui devient une véritable machine à cash. Ne s’arrêtant jamais, il identifie une autre opportunité inexploitée : les 8000 kilomètres de voies navigables en France. Il installe des panneaux le long des quais et des routes qui les bordent, créant un réseau à très forte audience. Cette société, Billboard, deviendra l’une des plus rentables du secteur par panneau et sera vendue à prix d’or. En parallèle, il mène de front d’autres activités, comme la menuiserie ou le déménagement avec les Déménageurs Bretons, jonglant en permanence avec plusieurs projets.
Pour lui, la diversification est une nécessité, une manière de ne jamais mettre tous ses œufs dans le même panier et de sans cesse se lancer de nouveaux défis.
Leçons d’échecs et reprises d’entreprises
Jacob Abbou insiste sur l’importance de l’échec, qu’il considère comme une étape essentielle de l’apprentissage. Il raconte deux erreurs monumentales qui l’ont marqué. La première, avoir snobé par prétention un jeune ingénieur venu lui présenter un brevet pour des pierres autobloquantes, aujourd’hui utilisées dans le monde entier. La seconde, avoir manqué par méfiance une affaire de « cendres volantes », un matériau de construction révolutionnaire, parce que le modèle économique lui paraissait trop simple pour être vrai. Ces expériences lui ont appris l’humilité et à se méfier de ses propres certitudes. Il développe une expertise dans la reprise d’entreprises en difficulté, privilégiant les activités saines cédées par de grands groupes. Sa règle d’or : ne jamais acheter une société sans savoir à qui il pourra la revendre, préparant ses bilans en fonction du futur acquéreur.
« Je n’achète jamais une boîte si je ne sais pas à qui je l’ai déjà vendue. Une boîte dans laquelle je rentre, c’est que je connais déjà mon acheteur futur. »
Ne jamais arrêter de pédaler
La philosophie de Jacob Abbou tient en une phrase : « si on arrête de pédaler, on se casse la gueule ». Pour lui, le mouvement est vital. Il se méfie du confort et de la sécurité, qu’il juge sclérosants. Il prône une prise de risque permanente et une vitesse d’exécution maximale. C’est pourquoi il est si critique envers le modèle des levées de fonds, qui selon lui ralentit les entrepreneurs avec des obligations de reporting et dilue leur capital. Pour lui, l’argent le moins cher et le plus sain est celui du client. Il démontre qu’il est souvent possible de faire financer ses investissements par ses partenaires ou ses futurs utilisateurs. Aujourd’hui encore, il continue de lancer et de reprendre des entreprises, comme Autorigines, un service d’historique de véhicules. Sa plus grande fierté reste cependant de voir ses anciens élèves réussir, transmettant l’envie d’entreprendre comme un véritable sacerdoce.
« Je crois que je tombe si je m’arrête. Donc j’ai besoin de courir. »
Pour aller plus loin
Les références de l’épisode
- Entreprises et marques : Shopify, CosaVostra, HEC Paris, Tesla, Amazon, Big Mama, Lort, Publicis, Le Figaro, France Soir, Elle, Métro, TF1, LCI, 20 minutes, Promoscaf, Pernod, Ricard, Dubonnet, We Flash, Nexity, Century 21, e-déménager, Miro, Shootin, My Photo Agency, Uber Eats, Price Minister, Dekra, Billboard, Garde Meubles Nortier, Journal de l’Automobile, Autorigines, Modalist, Renault, Veritas, Total, Bouygues, Apex, Giraudi, Dauphin, Decaux, Simon Lafarge, Bosch, Matra
- Personnes : Matthieu Stefani, Elon Musk, Jeff Bezos, Tigran Petrosian, Toscan du Plantier, Pierre Lazareff, Maurice Lévy, Carlos Ghosn, Maxime Wagner, Mehdi Kamiri, Fabrice Grinda, Bernard Arnault, Valérie Descamps, Jean-François Kahn, Pierre Basomi
- Œuvres et médias : podcast La Leçon, Annuaire Soleil, Paris Scope, Photo Revue, Caravanning, Camping-Car, Nouvelle Économie
- Lieux : Algérie, Israël, Saint-Tropez, Jean-les-Pins, Saint-Cloud, Japon, Silicon Valley, Cannes, Porte de Versailles
Au fil de l’épisode
- Le lancement de quatre nouvelles sociétés en parallèle.
- Sa vision de la famille : trois filles et une femme qui lui ont appris à gagner plus plutôt qu’à économiser.
- Sa stratégie de diversification pour rester frais et accepter tous les défis.
- La création du contrôle technique en France avec Dekra, parti de zéro.
- Son parcours d’immigré : du Maroc à la France en passant par l’Algérie et Israël.
- Son arrivée en France à 14 ans, sans parler la langue et très peu scolarisé.
- L’importance capitale de la formation continue tout au long de sa vie.
- Sa philosophie d’entrepreneur : sauter sur les opportunités sans trop analyser.
- Son idée de créer un « musée de l’échec » pour apprendre des erreurs des grands patrons.
- Son premier grand échec lié à la prétention : le refus du brevet des pierres autobloquantes.
- Son deuxième grand échec lié à la méfiance : l’affaire manquée des « cendres volantes ».
- La différence entre être malin et être intelligent : la ligne droite est le chemin le plus rapide.
- Comment protéger une idée sans la garder secrète (enveloppe Soleau, droits d’auteur).
- L’importance de la vitesse d’exécution face à la concurrence.
- Le danger des levées de fonds : « en levant de l’argent, ils ont pensé qu’ils avaient gagné ».
- Pourquoi il faut aller chercher l’argent chez le client plutôt que chez les investisseurs.
- Ses débuts comme barman et plagiste à Saint-Tropez et Jean-les-Pins.
- Sa première entreprise : la revente des rebuts d’usines de vêtements.
- Comment il a gagné son premier million (d’anciens francs) à 18 ans.
- Son bref passage comme salarié chez Publicis, où il est entré de force après plusieurs refus.
- La création de Promoscaf, sa société d’affichage, en exploitant une faille juridique.
- L’anecdote de la vente de 1500 panneaux publicitaires qu’il ne possédait pas.
- L’expansion de son réseau d’affichage aux hypermarchés, parcs d’exposition et voies navigables.
- La création de Billboard et sa revente très profitable.
- Sa stratégie de reprise d’entreprises, en ciblant les activités cédées par de grands groupes.
- Son principe : ne jamais acheter une entreprise sans savoir à qui la revendre.
- La différence entre un entrepreneur qui fait décoller une boîte et un gestionnaire.
- Pourquoi il continue de courir et d’entreprendre : « si on arrête de pédaler, on se casse la gueule ».
- Son conseil le plus important : ne jamais donner sa caution personnelle.
- Ses projets actuels, dont Autorigines, qui retrace l’historique des véhicules d’occasion.
- Sa plus grande fierté : voir ses anciens élèves d’HEC réussir.
FAQ
Qui est Jacob Abbou ?
Jacob Abbou est un entrepreneur en série français, connu pour son parcours autodidacte et ses nombreux succès. Arrivé en France à 14 ans sans parler la langue, il a fondé et développé des dizaines d’entreprises dans des secteurs variés comme l’affichage publicitaire (Billboard), la presse (Journal de l’Automobile) et les services. Il est notamment le créateur du réseau de contrôle technique Dekra en France. Il est également professeur à HEC Paris.
Quel est le parcours de Jacob Abbou ?
Né en Algérie, Jacob Abbou arrive en France à 14 ans. Il commence par des petits boulots avant de se lancer dans sa première affaire, la revente de rebuts textiles. Autodidacte, il se forme en continu grâce à des cours du soir. Après un passage chez Publicis, il crée sa première grande entreprise d’affichage en exploitant une faille juridique. Il bâtira ensuite un groupe diversifié en créant, rachetant et revendant de nombreuses sociétés.
Comment Jacob Abbou a-t-il financé ses premières entreprises ?
Jacob Abbou a une philosophie claire : l’argent le plus sain vient du client, pas des investisseurs. Pour financer ses projets sans capital de départ, il a systématisé la pré-vente. Il obtenait des contrats fermes de ses clients avant même d’avoir produit le service ou installé le matériel, utilisant ces contrats comme levier auprès des banques ou pour financer directement ses investissements. Il déconseille fortement de lever des fonds et de donner sa caution personnelle.
Quelles sont les entreprises les plus connues créées ou développées par Jacob Abbou ?
Parmi les nombreuses entreprises de son parcours, les plus emblématiques sont Dekra, le réseau de contrôle technique automobile qu’il a créé en France en partant de zéro, le Journal de l’Automobile, un titre de presse de référence, et Billboard, une société d’affichage publicitaire très rentable qu’il a développée dans les cafés, les hypermarchés et les parcs d’exposition avant de la vendre.
Quelle est la philosophie d’entrepreneur de Jacob Abbou ?
La philosophie de Jacob Abbou repose sur la vitesse, l’audace et le mouvement permanent. Il croit qu’un entrepreneur doit savoir sauter sur les opportunités, prendre des risques et apprendre de ses échecs. Pour lui, le confort est un danger et il faut sans cesse se mettre en situation de fragilité pour innover. Sa devise, « si on arrête de pédaler, on se casse la gueule », résume son besoin constant de créer et de se lancer de nouveaux défis.
