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#22 Jean-Charles Kurdali – à 26 ans et à Nancy, il est le CEO d’une pépite de la FoodTech

À 26 ans et depuis Nancy, Jean-Charles Kurdali a cofondé Fetch, une startup de livraison de repas qui concurrence les géants comme Uber Eats et Deliveroo sur leur propre terrain. Mais avec une approche différente : se concentrer sur les villes moyennes, là où personne ne les attend. Dans cet épisode, il retrace son parcours atypique, du tennis au poker en ligne, qui a forgé sa vision de l'entrepreneuriat. Il raconte les débuts de Fetch, un lancement audacieux et "low-tech" avec un simple groupe Facebook, et partage les leçons qui lui ont permis de lever des fonds et de s'étendre dans toute la France.

Jean-Charles Kurdali, le pari de la FoodTech dans les villes moyennes

Du tennis au poker en ligne

Jean-Charles Kurdali se décrit comme quelqu’un d’entier : lorsqu’un sujet le passionne, il s’y investit à 100 % pour devenir l’un des meilleurs. Cette mentalité l’a d’abord mené vers le tennis, où il a atteint un bon niveau départemental, avant de découvrir le poker en ligne à 16 ans. Intrigué par un professeur de mathématiques qui affirmait que le poker n’était pas un jeu de hasard, il se lance un nouveau défi. Parti de zéro, il gagne ses premiers dollars sur des tournois gratuits avant de monter les échelons et de très bien gagner sa vie comme joueur semi-professionnel pendant ses études.

Pour lui, le poker est déjà une forme d’entrepreneuriat, avec sa gestion de capital, sa prise de risque calculée et la nécessité de développer des compétences spécifiques. Une expérience qui s’avérera fondatrice pour la suite de son parcours.

Premiers pas dans l’entrepreneuriat

C’est via un forum de poker que Jean-Charles Kurdali découvre le monde des startups. Une révélation : il réalise qu’il est possible de monter une entreprise avant 50 ans, une idée peu visible en région à l’époque. Il voit dans l’entrepreneuriat la suite logique de son parcours, d’autant que le marché du poker en ligne commence à décliner. Il rejoint alors une première startup dans la communication d’entreprise, une sorte de concurrent de Slack avant l’heure. L’expérience dure huit mois et se solde par un échec.

Avec le recul, il analyse cette première tentative comme une accumulation de toutes les erreurs classiques : partir d’une solution sans avoir identifié un vrai problème, développer un produit dans son coin sans parler aux utilisateurs, et chercher un développeur trop tôt. Ces leçons, bien qu’apprises à la dure, se révéleront cruciales pour le succès de son projet suivant.

La naissance de Fetch

L’idée de Fetch naît en janvier 2015 d’un besoin très personnel. Un soir, Jean-Charles s’étonne de ne pas pouvoir se faire livrer les plats de ses restaurants favoris à Nancy. Contrairement à sa première expérience, il ne part pas d’une opportunité de marché, mais d’un problème concret qu’il vit au quotidien. Persuadé que d’autres partagent ce besoin, il se lance immédiatement. Dès le lendemain, il va à la rencontre des restaurateurs pour valider son intuition. Le retour est unanime : leurs propres clients réclament un service de livraison.

Il embarque dans l’aventure son ami de lycée, Lou Chardin, qu’il avait identifié depuis longtemps comme un partenaire potentiel. Ensemble, ils décident de créer le service qui n’existe pas encore dans leur ville, avec la fierté de développer un projet local.

Un démarrage audacieux et « low-tech »

Pour lancer Fetch sans moyens techniques ni financiers, les deux fondateurs optent pour une approche radicalement simple. Ils créent un groupe Facebook privé et secret, présenté comme un club VIP. L’accès est limité aux 50 premières personnes pour créer un sentiment d’exclusivité et de désirabilité. Les commandes sont prises via ce groupe, avec des menus présentés sur de simples PDF, et les paiements se font en liquide à la livraison. Cette phase, qui dure cinq mois, leur permet de parler directement à chaque client, de comprendre leurs attentes et d’affiner leur service.

Ce contact direct avec les premiers utilisateurs et les premiers coursiers à vélo est la clé de leur réussite. Ils construisent une communauté solide et valident leur modèle avant même d’avoir une ligne de code, prouvant que la valeur d’un service ne réside pas toujours dans sa complexité technologique.

Structurer la croissance

Après cinq mois de test en groupe privé, Fetch lance son premier site web en janvier 2016. Le service devient public et la croissance est immédiate et explosive, atteignant 10 à 30 % par semaine. Cette traction rapide attire l’attention de business angels, qui viennent à eux sans qu’ils aient eu à les démarcher. Un premier tour de table de près de 100 000 euros est bouclé en juillet 2016, suivi plus tard d’une seconde levée de près de 800 000 euros.

Ces fonds permettent de recruter les premiers employés et de commencer à structurer l’entreprise. Jean-Charles Kurdali insiste sur le rôle essentiel de son associé Lou Chardin, directeur financier, dans un modèle économique à faibles marges. C’est cette rigueur financière qui leur permet d’atteindre la rentabilité rapidement sur leurs premières villes.

Le pari des villes moyennes

Très vite, l’équipe de Fetch réalise qu’elle détient un avantage concurrentiel unique : sa connaissance des villes de taille moyenne, entre 100 000 et 200 000 habitants. Alors que les géants de la FoodTech se concentrent sur les grandes métropoles, Fetch développe une expertise pour opérer de manière rentable sur ces marchés. Après Nancy, ils ouvrent Metz avec succès, prouvant que leur modèle est duplicable. Leur stratégie repose sur un ancrage local fort, avec un « city manager » natif de chaque ville pour gérer les opérations et l’écosystème local.

Aujourd’hui active dans plusieurs villes comme Reims, Dijon ou Clermont-Ferrand, Fetch ne se voit pas comme l’entreprise qui va là où les autres ne sont pas, mais comme celle qui maîtrise ces territoires d’une manière que les grands acteurs ne pourront jamais égaler.

Jean-Charles Kurdali nous recommande…

  • « Sapiens : Une brève histoire de l’humanité » — Yuval Noah Harari, un livre qu’il juge exceptionnel et indispensable pour comprendre le monde.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Personnes : Lou Chardin, Nicolas Castelli, Rachel Delacour, Thibaut Le Monnier.
  • Entreprises et marques : Fetch, Uber Eats, Deliveroo, Allo Resto, Restowin, Boursorama, Cdiscount, BIM, WeFlash, Slack, Headspace, Petit Bambou, Brevo, CosaVostra.
  • Œuvres citées : « Sapiens » de Yuval Noah Harari, « Miracle Morning » de Hal Elrod, « La Semaine de 4 heures » et « Tools of Titans » de Tim Ferriss, « Les Essais » de Montaigne.
  • Outils et plateformes : Medium, Pocket, Wonderlist, Koober, LinkedIn.
  • Villes mentionnées : Nancy, Metz, Reims, Dijon, Clermont-Ferrand, Paris, Montpellier, La Rochelle, Bordeaux, Nantes, Marseille, Lyon.

Au fil de l’épisode

  • Le parcours de Jean-Charles Kurdali, du tennis au poker en ligne.
  • Sa première expérience entrepreneuriale à 8 ans : la vente de ses jouets en porte-à-porte.
  • Comment le poker en ligne lui a appris les bases de la gestion et du risque.
  • La découverte du monde des startups et sa première tentative, riche en enseignements.
  • La naissance de Fetch : un besoin personnel de se faire livrer à Nancy.
  • La validation de l’idée en allant démarcher une cinquantaine de restaurateurs.
  • L’association avec son ami de lycée, Lou Chardin.
  • Le lancement « low-tech » avec un groupe Facebook privé pour créer une communauté.
  • Les débuts du service : commandes via Facebook et paiement en liquide.
  • Le choix de la livraison 100 % à vélo.
  • Le lancement public et la croissance explosive de 10 à 30 % par semaine.
  • La définition du « Product Market Fit » et l’importance de la rétention client.
  • La première levée de fonds auprès de business angels.
  • Le rôle clé du directeur financier dans un business à faibles marges.
  • La stratégie de se concentrer sur les villes de 100 000 à 200 000 habitants.
  • L’expansion à Metz, puis dans d’autres villes de France.
  • Le modèle du « city manager », un responsable local pour chaque ville.
  • La croissance de l’équipe, passée de 5 à 24 personnes.
  • Les avantages de monter sa startup en région, notamment pour les aides publiques.
  • Sa stratégie de communication et de partage sur LinkedIn.
  • Ses outils du quotidien : Slack, Pocket, Koober, Wonderlist.
  • Sa routine matinale : lecture et sessions de travail intense (« deep work »).
  • Ses lectures, de l’entrepreneuriat à la philosophie.
  • La vision pour l’avenir de Fetch : couvrir la France et se développer en Europe.

FAQ

Qui est Jean-Charles Kurdali ?

Jean-Charles Kurdali est le cofondateur et CEO de Fetch, une startup spécialisée dans la livraison de repas. Originaire de Nancy, il a lancé son entreprise à 23 ans après une première expérience dans le monde du poker en ligne, qu’il considère comme sa véritable école d’entrepreneuriat. Il est connu pour son approche pragmatique et sa stratégie de développement de Fetch dans les villes françaises de taille moyenne.

Qu’est-ce que Fetch ?

Fetch est un service de livraison de repas à domicile, concurrent d’acteurs comme Uber Eats ou Deliveroo. Sa particularité est de se concentrer sur les villes de 100 000 à 200 000 habitants, un marché souvent délaissé par les géants du secteur. L’entreprise, fondée à Nancy, met en avant un service de proximité, une flotte de coursiers 100 % à vélo et une forte connaissance de l’écosystème local de chaque ville où elle s’implante.

Comment Fetch a-t-il démarré ?

Fetch a commencé de manière très artisanale, ou « low-tech ». Avant de développer un site ou une application, les fondateurs ont lancé le service via un groupe Facebook privé et exclusif à Nancy. Les clients commandaient directement sur le groupe et payaient en espèces à la livraison. Cette approche leur a permis de tester leur concept, de créer une communauté engagée et de comprendre les besoins du marché avec très peu de moyens.

Quelle est la stratégie de Fetch par rapport à ses concurrents ?

La stratégie de Fetch consiste à se positionner sur un créneau spécifique : les villes de taille moyenne. Plutôt que d’affronter frontalement les leaders du marché dans les grandes métropoles, Fetch développe une expertise locale forte. L’entreprise s’appuie sur un « city manager » natif de chaque ville pour optimiser les opérations et les relations avec les restaurateurs et les coursiers, créant ainsi un avantage concurrentiel difficile à répliquer pour des acteurs plus centralisés.

Quel a été le parcours de Jean-Charles Kurdali avant de créer Fetch ?

Avant de se lancer dans l’entrepreneuriat, Jean-Charles Kurdali a été joueur de poker en ligne à un niveau semi-professionnel pendant ses études. Cette activité, qu’il a exercée de 17 à 22 ans, lui a permis de développer des compétences en gestion de capital, en analyse des risques et en prise de décision. Il considère cette période comme une formation essentielle qui a directement influencé sa manière de créer et de diriger Fetch.

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