Un outsider dans le jeu de quilles
Kamel Mennour se décrit lui-même comme une « boule dans un jeu de quilles » lorsqu’il a décidé de se lancer dans le monde de l’art. Arrivé d’Algérie à l’âge de deux ans, élevé par sa mère dans des conditions très modestes, rien ne le prédestinait à devenir un acteur majeur de ce milieu. Après une maîtrise d’économie, il sent qu’il n’a plus de temps à perdre. Fasciné par les biographies d’artistes et de grands galeristes, il décide à 32 ans de sauter le pas. Il ouvre sa toute première galerie rue Mazarine, au cœur de Paris, avec 70 000 francs (environ 10 000 euros) empruntés à sa mère et son frère. Au début, il n’ose même pas mettre son nom sur la façade, de peur que sa consonance ne soit un frein.
« Je suis rentré à l’intérieur sans aucun respect, en me disant que j’étais un petit peu le brigand ou le malfrat, mais que j’allais faire mes classes et que je ferais tout pour devenir le meilleur. »
Le pari de la photographie
Pour se faire une place, Kamel Mennour a l’intuition de se concentrer sur un médium alors peu représenté à Paris : la photographie. Fin des années 90, il décide de construire un programme ambitieux en présentant les plus grands noms. Il prend son bâton de pèlerin, voyage en classe économique pour aller convaincre des artistes comme Araki à Tokyo ou Larry Clark. Son argument principal : leur offrir une exposition dans la plus belle ville du monde. Il raconte les débuts, où l’économie était drastique : il fallait faire attention au moindre sou, repeindre soi-même les murs de la galerie et encadrer les œuvres au fur et à mesure des ventes pour ne pas avancer trop de frais.
Ce positionnement audacieux s’avère payant. Le succès est rapide et lui ouvre les portes de la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain) dès 2001, un exploit pour une galerie si jeune. Il y est accepté sur la force de son projet avec le photographe Peter Beard.
Devenir une signature
Après quelques années, sentant qu’il commençait à « réciter une leçon », Kamel Mennour décide de changer radicalement de cap. En 2004, il s’ouvre à l’art contemporain au sens large, en accueillant de très jeunes artistes aux côtés des photographes établis. C’est le début d’une nouvelle ère. Il développe un flair pour dénicher des talents émergents, comme Camille Enrault, qu’il a accompagnée de ses débuts jusqu’à son exposition monumentale au Palais de Tokyo. Il s’impose comme une véritable signature, capable d’attirer des artistes de renom comme Daniel Buren ou Anish Kapoor, tout en continuant son travail de découvreur.
Son ambition le pousse à investir des lieux prestigieux comme le Château de Versailles, avec des projets qui représentent des risques financiers colossaux, se chiffrant parfois en millions d’euros, souvent portés par la galerie et des mécènes privés.
L’art et la manière
Le galeriste explique que son métier est un mélange de direction artistique, de promotion, d’accompagnement et de vente. Si les décisions finales sur les artistes et les expositions lui reviennent toujours, il insiste sur le fait que la réputation d’une galerie se construit sur la pertinence de sa programmation. C’est cette cohérence qui attire les plus grands collectionneurs, comme Bernard Arnault ou François Pinault, bien plus que les mondanités. Le modèle économique repose sur un partage des revenus avec l’artiste, souvent 50/50, la galerie prenant en charge les frais de production. Pour les collectionneurs débutants, il livre un conseil essentiel : prendre le temps. Avant d’acheter, il recommande de passer un an ou deux à visiter galeries et musées, à lire, pour éduquer son œil et comprendre le milieu.
« Une collection, tu peux tout à fait te planter pendant deux-trois ans et ensuite commencer à comprendre. »
Pour aller plus loin
- Le site officiel de la Galerie Kamel Mennour
- Le compte Instagram de Kamel Mennour
- La page Facebook de la galerie
- Le compte Twitter de Kamel Mennour
Les références de l’épisode
- Personnes : Daniel Buren, Alberto Giacometti, Anish Kapoor, Thaddaeus Ropac, Emmanuel Perrotin, Annie Lebovitz, Peter Beard, Roger Balen, Stephen Shore, Martin Ska, Araki, Daido Moriyama, Larry Clark, Pierre Molinier, Yann Saoudek, Katerina Jebb, Camille Enrault, Latifa Echak, Mohamed Bourouissa, Alicia Quad, Lily Renaud-Ewar, Ugo Rondinone, Philippe Parreno, Bernard Arnault, François Epinault.
- Événements et institutions : FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain), Art Basel, Monumenta, Galerie Kamel Mennour, Palais de Tokyo, Château de Versailles, Grand Palais.
- Lieux : Paris (rue Mazarin), Londres, Bâle, Miami, Hong-Kong.
Au fil de l’épisode
- Son arrivée en France à l’âge de deux ans et son enfance dans un milieu modeste.
- Sa fascination pour le monde de l’art et sa décision de s’y lancer après une maîtrise d’économie.
- L’ouverture de sa première galerie rue Mazarine en 1999 avec 10 000 euros empruntés à sa famille.
- Le choix de ne pas afficher son nom sur la galerie à ses débuts.
- Sa stratégie de se spécialiser dans la photographie pour se démarquer.
- Comment il a convaincu de grands photographes internationaux d’exposer à Paris.
- Les débuts précaires et l’économie de moyens pour monter les premières expositions.
- L’entrée rapide à la FIAC en 2001, une reconnaissance majeure.
- Le tournant de 2004 : l’ouverture à l’art contemporain et aux jeunes artistes.
- Le sentiment d’urgence et l’envie de rattraper le temps perdu.
- Son rôle multiple de galeriste : dénicheur de talents, accompagnateur, vendeur.
- Le processus de décision pour intégrer un nouvel artiste à la galerie.
- Le modèle économique d’une galerie d’art et le partage des revenus avec les artistes.
- Les risques financiers liés aux expositions monumentales dans des lieux comme le Château de Versailles.
- La manière d’intéresser les plus grands collectionneurs du monde.
- La gamme de prix des œuvres, de quelques centaines à plusieurs millions d’euros.
- Son conseil aux collectionneurs débutants : se former le regard avant d’acheter.
- Le conseil qu’il donnerait au jeune Kamel de 24 ans : commencer plus tôt, même en bas de l’échelle.
- Sa contribution à rendre le milieu de l’art plus ouvert et accessible.
FAQ
Qui est Kamel Mennour ?
Kamel Mennour est un galeriste français d’origine algérienne, figure majeure du marché de l’art contemporain. Parti de rien, il a fondé en 1999 la galerie qui porte son nom. Aujourd’hui, il possède plusieurs espaces à Paris et un à Londres, où il représente des artistes parmi les plus importants de la scène internationale, ainsi que de jeunes talents qu’il contribue à faire connaître.
Comment Kamel Mennour a-t-il débuté dans le monde de l’art ?
Sans relations ni formation artistique, Kamel Mennour a ouvert sa première galerie à 32 ans avec de l’argent prêté par sa famille. Il s’est d’abord fait remarquer en se spécialisant dans la photographie, un créneau alors peu exploité à Paris. En exposant de grands noms, il a rapidement gagné en crédibilité, ce qui lui a permis d’intégrer la FIAC et d’élargir ensuite son activité à tout l’art contemporain.
Quelle est la particularité de la démarche de Kamel Mennour ?
Sa démarche se caractérise par un mélange d’audace, d’instinct et de loyauté envers ses artistes. Il est connu pour sa capacité à associer des figures historiques de l’art contemporain, comme Daniel Buren ou Anish Kapoor, à des artistes émergents qu’il découvre et accompagne sur le long terme. Son succès repose sur la pertinence de sa programmation artistique, qu’il dirige personnellement.
Quel conseil Kamel Mennour donne-t-il aux collectionneurs débutants ?
Il conseille de ne surtout pas se précipiter. Pour lui, la première étape n’est pas l’achat mais l’apprentissage. Il recommande de consacrer un an ou deux à visiter assidûment les galeries, les musées et les foires, ainsi qu’à lire la presse spécialisée. Cet effort de connaissance permet d’éduquer son regard, de comprendre le milieu et de faire des choix plus éclairés et personnels par la suite.
Quel est le modèle économique d’une galerie comme celle de Kamel Mennour ?
Le modèle repose sur la vente d’œuvres, dont les revenus sont partagés avec l’artiste, souvent à parts égales (50/50). La galerie assume l’ensemble des frais de production des œuvres et des expositions, ce qui peut représenter un investissement et un risque financier très importants, notamment pour des projets monumentaux. La galerie se rémunère via la commission prise sur les ventes.
