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#17 Marc Fournier – lancer un business quand alors que tu es à l’ESCP et SciencesPo à la fois

Cofondateur de Serena Capital, l'un des fonds de capital-risque les plus en vue de Paris, Marc Fournier est un entrepreneur dans l'âme. Il raconte un parcours hors norme, commencé par la création de sa première startup à 22 ans, alors qu'il menait de front des études à l'ESCP et à Sciences Po. Son aventure le mène ensuite au cœur de la bulle internet dans la Silicon Valley, où il apprend la culture du mérite et l'importance de l'échec. Dans cet épisode, Marc Fournier partage sa philosophie pragmatique, ses conseils pour se lancer et sa vision des révolutions technologiques à venir, notamment l'intelligence artificielle.

Marc Fournier, l'art de se lancer sans plan de carrière, de la Silicon Valley au capital-risque

Les mains dans le cambouis

Marc Fournier se définit par un parcours biculturel, entre la France et les États-Unis, et surtout par un esprit d’entreprise qui l’anime depuis l’enfance. Bien avant de créer sa première société, il multipliait déjà les petits business : vente de sirops au bord des terrains de tennis, de châtaignes cueillies en forêt ou encore de voitures importées des États-Unis. Ces premières expériences forgent chez lui une conviction profonde : l’importance du pragmatisme et de l’action. Il a toujours été animé par l’idée de créer son propre chemin, loin des parcours linéaires et prédéterminés.

Pour lui, le plus excitant est de transformer une simple idée sur un morceau de papier en une véritable entreprise, le plus vite possible.

Une startup à 22 ans

Sa première véritable entreprise, Easy English, naît en 1994 d’une pure opportunité. Alors étudiant en parallèle à l’ESCP et à Sciences Po, il donne des cours d’anglais pour arrondir ses fins de mois. Un de ses élèves, patron d’une grande agence de publicité, lui propose un contrat de formation de près de 100 000 euros. Plutôt que d’accepter un poste salarié, Marc Fournier passe deux semaines sans dormir pour monter une méthodologie, recruter des professeurs et structurer une offre. Il revient avec deux contrats sur la table et une négociation audacieuse : « Je vous propose deux fois plus d’heures pour le même prix, mais en échange, vous m’aidez à signer cinq autres agences cette année. »

Le pari est gagné. En un an, sa société signe les plus grandes agences de publicité de Paris et l’aventure est lancée, avec une quinzaine de salariés.

Le client d’abord, l’URSSAF après

Cette première expérience illustre parfaitement sa philosophie : la priorité absolue est de trouver le premier client et de valider son concept. Le reste, qu’il s’agisse des statuts, du logo ou des formalités administratives, est secondaire. Il raconte avec humour n’avoir payé ses cotisations URSSAF qu’au bout de douze mois, non par fraude, mais parce qu’il était entièrement concentré sur le développement commercial. Il explique que le bon problème à avoir, c’est un client qui veut payer ; ne pas avoir de compte en banque pour encaisser le chèque n’est qu’un détail qui se règle ensuite.

« Le plus important, c’est de récupérer le chèque du consommateur, du client final. Est-ce que le client, ça l’intéresse ou pas ? Tout le reste autour n’est que des choses qui viennent après. »

Aventure dans la Silicon Valley

Après avoir vendu Easy English au bout de deux ans, Marc Fournier part pour la Silicon Valley en 1997, en pleine effervescence de la bulle internet. Il y découvre un écosystème unique, une concentration de talents brillants où seul le mérite compte, peu importe l’âge ou l’origine. Il est fasciné par cette culture où tout semble possible, où l’on peut lever des millions de dollars en quelques jours sur une simple idée. C’est un environnement de travail intense, où chacun est poussé à donner le meilleur de lui-même pour obtenir des résultats.

Cette période est pour lui une courbe d’apprentissage extraordinaire, au contact de personnes qui n’ont aucun complexe à vouloir changer le monde.

L’éloge de l’échec

C’est aussi dans la Silicon Valley qu’il connaît son premier grand échec entrepreneurial. Après avoir repris une startup en difficulté, il doit la fermer quelques mois plus tard. Alors qu’il s’attend à une réaction négative, ses investisseurs saluent sa transparence et son travail acharné, et lui proposent immédiatement d’autres opportunités. Cette expérience lui apprend la vision américaine de l’échec : non pas une tare, mais une étape précieuse de l’apprentissage. Il la compare au judo, où l’on apprend avant tout à tomber.

« À partir du moment où on apprend à tomber, on n’a plus peur. L’entrepreneuriat, c’est un peu la même chose, il faut absolument apprendre à tomber très tôt. »

« Connecting the dots »

Fort de ces expériences, Marc Fournier développe une philosophie de carrière à contre-courant. Il conseille aux jeunes de ne pas avoir de plan de carrière avant 30 ans. Pour lui, l’essentiel est de se lancer dans des projets avec passion et de tout faire « à fond », même si la logique d’ensemble n’est pas immédiatement visible. Il cite le célèbre discours de Steve Jobs à Stanford sur le « connecting the dots » : la cohérence d’un parcours n’apparaît souvent qu’avec le recul, une fois que les points se relient.

Cette approche favorise la flexibilité et la capacité à se réinventer, des compétences qu’il juge cruciales dans le monde du travail actuel.

De l’incubateur à la Société Générale

De retour en France à la fin des années 90, il cofonde avec ses futurs associés, Xavier Lorphelin et Philippe Hayat, l’un des premiers incubateurs français : Kangaro Village. Le projet est racheté par la Société Générale, qui leur confie la gestion de ses fonds d’investissement dans les startups. Marc Fournier se retrouve alors projeté dans l’univers d’une grande banque, une expérience qu’il qualifie d’enrichissante en termes d’apprentissage, mais difficile sur le plan personnel. Il se sent comme « une bête en cage », loin de la liberté de l’entrepreneuriat.

Malgré tout, cette période lui permet de gérer un portefeuille de 60 sociétés et de vivre en accéléré toutes les facettes du métier d’investisseur.

Serena, un fonds par et pour les entrepreneurs

Après cinq ans, le besoin de liberté le pousse, avec ses associés, à quitter la Société Générale pour créer leur propre fonds : Serena Capital. Leur vision est claire : créer un fonds qui leur ressemble, « par des entrepreneurs, pour des entrepreneurs ». Le modèle se veut radicalement différent de l’approche traditionnelle. Serena n’est pas un simple pourvoyeur de capitaux, mais un partenaire actif qui s’assoit aux côtés des fondateurs pour les aider à exécuter leur vision. Une équipe d’« operating partners » apporte un soutien concret sur des sujets clés comme les ressources humaines, la finance ou la communication.

Leur objectif est de vivre pleinement l’aventure entrepreneuriale avec les sociétés qu’ils accompagnent, comme Sarenza, La Fourchette ou encore Prestashop.

La révolution des données

Interrogé sur les secteurs porteurs, Marc Fournier met en avant une tendance de fond qui transcende toutes les industries : la révolution du Big Data et de l’intelligence artificielle. Selon lui, la capacité à collecter, traiter et analyser des données en temps réel est en train de transformer tous les métiers, de la banque à l’industrie lourde. Il prend l’exemple de l’automobile, où la valeur se déplace de la construction du véhicule vers les services rendus possibles par la maîtrise des données.

Pour les entrepreneurs, c’est un terrain de jeu immense, car les entreprises qui maîtriseront ces technologies prendront une avance décisive sur leurs marchés.

Pour aller plus loin

Les références de l’épisode

  • Personnes : Xavier Lorphelin, Peter Thiel, Grégory Molivierville, Steve Jobs, Philippe Hayat, Marc Messier, Patrick Drahi, Bertrand Altmaier, Sébastien Coppe.
  • Entreprises et organisations : Serena Capital, ESCP, Sciences Po, Société Générale, ARAMIS Auto, Prestashop, Aquarelle, Sarenza, La Fourchette, Trip Advisor, Textmaster, Coach Club, Prisunic, Tesseire, Pulco, INPI, Intel, Kangaro Village, BPI, Parrot, SantéVet, Google, Facebook, Amazon, Apple, Tesla, Renault, Yousofleet, Marcel, Véja.
  • Lieux et institutions : Silicon Valley, Palo Alto, Stanford, Berkeley, MIT, Master Innové Entreprendre (ESCP).
  • Médias : France Info.

Au fil de l’épisode

  • Le parcours biculturel de Marc Fournier, entre la France et les États-Unis.
  • Ses premiers pas dans l’entrepreneuriat dès l’enfance : vente de sirops, de châtaignes et de voitures.
  • L’importance d’avoir « les mains dans le cambouis » et d’adopter une approche pragmatique.
  • La création de sa première société, Easy English, à 22 ans, en parallèle de ses études à l’ESCP et Sciences Po.
  • L’histoire de son premier gros contrat, négocié en échange de son réseau dans le milieu de la publicité.
  • Sa philosophie : se concentrer sur l’obtention du premier client avant de s’occuper des tâches administratives.
  • L’anecdote de sa visite à l’URSSAF après un an d’activité sans payer de cotisations.
  • La vente rapide de sa première entreprise pour partir à l’aventure dans la Silicon Valley.
  • Son arrivée dans la Silicon Valley en 1997, en pleine bulle internet.
  • La découverte de la culture du mérite et de l’intensité du travail dans la Valley.
  • Son premier échec entrepreneurial et la réaction positive de ses investisseurs, qui valorisent l’expérience.
  • La métaphore du judo : apprendre à tomber pour ne plus avoir peur de l’échec.
  • Son conseil aux jeunes : ne pas avoir de plan de carrière avant 30 ans et tout faire « à fond ».
  • La référence au discours de Steve Jobs à Stanford sur le « connecting the dots ».
  • Le retour en France et la création de l’incubateur Kangaro Village avec ses futurs associés.
  • Le rachat de l’incubateur par la Société Générale et son expérience contrastée dans un grand groupe.
  • La décision de quitter la banque pour retrouver sa liberté d’entrepreneur.
  • La naissance de Serena Capital, un fonds « par des entrepreneurs, pour des entrepreneurs ».
  • Le modèle d’accompagnement très opérationnel de Serena auprès des startups.
  • Quelques succès du portefeuille de Serena : Sarenza, La Fourchette, Aramis, Prestashop.
  • Sa vision des secteurs d’avenir : l’intelligence artificielle et le big data comme une révolution horizontale.
  • L’exemple de l’industrie automobile, où la maîtrise des données devient plus stratégique que la production.
  • Son implication dans le Master Innové Entreprendre de l’ESCP.
  • Le conseil final : multiplier les expériences, où que ce soit dans le monde, pour apprendre à apprendre.

FAQ

Qui est Marc Fournier ?

Marc Fournier est un entrepreneur et investisseur franco-américain, cofondateur de Serena Capital, un des principaux fonds de capital-risque en France. Il a lancé sa première entreprise à 22 ans, alors qu’il était étudiant à l’ESCP et à Sciences Po. Son parcours l’a ensuite mené dans la Silicon Valley pendant la bulle internet, avant de revenir en France pour créer un incubateur puis le fonds Serena. Il est connu pour son approche pragmatique de l’entrepreneuriat et son implication auprès des startups.

Quelle est la philosophie d’investissement de Serena Capital ?

Serena Capital se définit comme un fonds « par des entrepreneurs, pour des entrepreneurs ». Sa philosophie repose sur un accompagnement très actif et proche des sociétés de son portefeuille. Plutôt que de simplement fournir du capital, l’équipe de Serena, composée d’anciens entrepreneurs, s’implique concrètement pour aider les startups à accélérer leur croissance sur des sujets comme les ressources humaines, la finance ou le marketing. L’objectif est de vivre l’aventure aux côtés de l’entrepreneur.

Quel conseil Marc Fournier donne-t-il aux jeunes entrepreneurs ?

Marc Fournier conseille aux jeunes de ne pas avoir de plan de carrière avant l’âge de 30 ans. Selon lui, l’important est de multiplier les expériences et de tout faire « à fond », avec passion, sans chercher une logique immédiate. Il s’appuie sur le concept de « connecting the dots » de Steve Jobs, expliquant que la cohérence du parcours apparaît avec le recul. Il encourage à se lancer, à être pragmatique et à ne pas avoir peur de l’échec.

Comment Marc Fournier a-t-il lancé sa première entreprise ?

Il a lancé sa première société, Easy English, de manière opportuniste à 22 ans. Alors qu’il donnait des cours d’anglais pour financer ses études, un de ses clients, patron d’une agence de publicité, lui a proposé un contrat important. En deux semaines, il a créé une méthodologie, recruté des professeurs parmi ses amis et est revenu avec deux propositions de contrat. Il a ainsi signé son premier client avant même d’avoir formellement créé la structure juridique de l’entreprise.

Pourquoi l’échec est-il important selon Marc Fournier ?

Pour Marc Fournier, l’échec fait partie intégrante du processus de réussite. Il compare l’entrepreneuriat au judo, où l’on apprend d’abord à tomber. Une fois qu’on sait chuter, on n’a plus peur. Il considère que l’échec est une étape indispensable de l’apprentissage et qu’on ne peut atteindre le succès sans y avoir été confronté. Son expérience dans la Silicon Valley, où son premier échec a été vu comme un atout, a renforcé cette conviction.

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