Une famille à part
Le sergent Valentin a découvert les Troupes de marine grâce à son père, qui lui avait prévenu : « ce n’est pas des cinglés, mais on s’en rapproche ». Dix ans après son engagement, il confirme faire partie d’une véritable famille, unie par des traditions fortes et un esprit de corps unique. Il raconte ses premiers pas de soldat, marqués par des rituels qui ancrent l’identité du marsouin : la remise du béret sur les plages du Dramon, trempé dans l’eau du débarquement de Provence, ou encore la marche pour obtenir le calot, coiffe emblématique du corps. Ces épreuves partagées créent un lien indéfectible entre les soldats.
Cette fraternité se traduit par un style de commandement très particulier, loin de la verticalité d’autres corps. « C’est vraiment un aspect comme un père qui parlerait à son fils », explique-t-il. Le chef prend ses subordonnés sous son aile pour les amener à l’excellence, en partageant les mêmes épreuves sur le terrain. Cette proximité est essentielle pour affronter ensemble les missions les plus difficiles.
L’héritage de Bazeilles
Au cœur de l’identité des Troupes de marine se trouve la bataille de Bazeilles, livrée en 1870 contre les forces prussiennes. Le sergent Valentin y voit « la fin que tout soldat voudrait avoir » : celle d’hommes qui se sont battus jusqu’au bout, jusqu’à la dernière cartouche, pour l’honneur et pour leurs frères d’armes. Cette défaite glorieuse, commémorée chaque année à Fréjus, est un puissant symbole d’abnégation et de sacrifice. Elle rappelle aux jeunes recrues le sens de leur engagement et l’importance du devoir de mémoire.
« On apprend mieux par la défaite que par la victoire », analyse-t-il. Pour lui, célébrer Bazeilles, c’est tirer les leçons des échecs passés et honorer ceux qui sont tombés. Chaque 31 août, tous les régiments des Troupes de marine, marsouins comme bigors (les artilleurs), se rassemblent pour une cérémonie solennelle, rappelant que l’on se bat d’abord pour son pays, mais qu’au final, « on finit par se battre pour le mec qui est à côté de nous ».
Du Sahel à la jungle
L’engagement d’un marsouin se vit surtout sur le terrain. Le sergent Valentin raconte sa première mission au Mali en 2016, dans le cadre de l’opération Barkhane. Une expérience rude, dans un camp isolé au nord de Kidal, sans eau courante ni réseau. C’est là qu’il a sauté sur un engin explosif improvisé (IED) à bord de son véhicule. Blessé à la jambe, il a dû rester en retrait pendant que ses camarades partaient en patrouille. Un moment difficile, où le soutien de sa « famille » militaire et de ses proches a été crucial pour tenir mentalement.
Il évoque aussi des missions très différentes, comme en Martinique ou en Guyane pour l’opération Harpy. Il décrit la lutte contre l’orpaillage illégal au plus profond de la jungle, un milieu « ultra oppressant » qui impose l’humilité. Pour lui, cette mission représente l’aventure pour laquelle il s’est engagé, un combat concret pour protéger l’environnement et stopper les trafics. Malgré les épreuves, il le confirme sans hésiter : si c’était à refaire, il signerait à nouveau, les yeux fermés.
Les références de l’épisode
- Troupes de marine
- Marsouins
- Bigors
- Cardinal de Richelieu
- Bataille de Bazeilles (1870)
- Maison de la dernière cartouche
- Légion étrangère
- Bataille de Camerone
- Opération Barkhane
- Mission Harpy
- Engin Explosif Improvisé (IED)
- Véhicule Blindé Léger (VBL)
- Fréjus
- 21e Régiment d’Infanterie de Marine (21e RIMA)
- 6e Régiment du Génie (6e RG)
- Régiment de marche du Tchad
Au fil de l’épisode
- Introduction aux Troupes de marine, un corps de l’armée de Terre à la réputation de « fortes têtes ».
- Le sergent Valentin, marsouin depuis dix ans, explique l’esprit de corps et de fraternité qui le caractérise.
- Les traditions d’incorporation : la remise du béret trempé dans l’eau sur la plage du débarquement de Provence.
- Le rituel du « petit déj’ colonial » : sardine crue, oignon et vin rouge, et son origine historique pour lutter contre le scorbut.
- Le style de commandement « familial », où le chef est un guide bienveillant pour ses subordonnés.
- L’origine du surnom « marsouin », une moquerie à l’époque de la marine, aujourd’hui portée avec fierté.
- L’histoire du corps : créé par Richelieu pour la marine, devenu troupes coloniales, puis rattaché à l’armée de Terre.
- La double spécialité : le combat amphibie et les missions en outre-mer, appelées « séjours ».
- L’impact des séjours de deux ans sur la vie personnelle et le soutien essentiel du conjoint.
- Les symboles forts : le calot, coiffe de tradition, et l’ancre d’or.
- La bataille de Bazeilles (1870) comme événement fondateur et symbole du sacrifice.
- La commémoration annuelle de Bazeilles à Fréjus, qui rassemble toutes les unités des Troupes de marine.
- La distinction entre les Marsouins (infanterie) et les Bigors (artillerie).
- Première mission du sergent Valentin : l’opération Barkhane au Mali en 2016, à seulement 21 ans.
- La vie dans un camp isolé, où la cohésion se forge dans l’épreuve et le manque de confort.
- Son véhicule saute sur un engin explosif improvisé (IED) ; il est blessé à la jambe.
- Le sentiment d’inutilité et la difficulté de voir ses camarades partir en mission sans lui.
- L’importance du soutien des frères d’armes et des colis envoyés par la famille pour garder le moral.
- Le choix de ne pas informer ses parents de sa blessure avant son retour de mission.
- La mission Harpy en Guyane, sa meilleure expérience, dédiée à la lutte contre l’orpaillage illégal.
- La découverte de la jungle, un milieu oppressant qui impose l’humilité et le respect.
- Le bilan de son engagement : une aventure qu’il revivrait sans hésiter.
FAQ
Qui est le sergent Valentin ?
Le sergent Valentin est un sous-officier de l’armée de Terre française. Engagé depuis une dizaine d’années dans les Troupes de marine, il est ce qu’on appelle un « marsouin ». Dans cet épisode, il partage son expérience sur les traditions, le style de commandement et les missions qui forgent l’identité unique de ce corps, de l’opération Barkhane au Mali à la lutte contre l’orpaillage en Guyane.
Qu’est-ce que les Troupes de marine ?
Les Troupes de marine sont une composante de l’armée de Terre française, spécialisée dans le combat amphibie et les opérations en outre-mer. Héritières des troupes créées par Richelieu, elles ont une forte culture expéditionnaire. Leurs soldats, les « marsouins » et les « bigors » (artilleurs), sont réputés pour leur esprit de corps très soudé, leurs traditions uniques et leur capacité d’adaptation à tous les milieux.
Pourquoi les soldats des Troupes de marine sont-ils appelés « marsouins » ?
Ce surnom date de l’époque où les Troupes de marine étaient embarquées sur les navires de la Marine nationale. Les marins les auraient comparés avec une pointe de moquerie aux marsouins (des cétacés proches des dauphins) qui accompagnaient les coques des bateaux. Les soldats se sont approprié ce surnom, qui est aujourd’hui un symbole de fierté et un élément central de leur identité.
Qu’est-ce que la bataille de Bazeilles ?
La bataille de Bazeilles est un combat emblématique qui a eu lieu les 31 août et 1er septembre 1870, durant la guerre franco-prussienne. Les soldats des Troupes de marine, encerclés dans le village de Bazeilles et en infériorité numérique, ont résisté héroïquement jusqu’à la dernière cartouche. Bien que ce soit une défaite, cet acte de bravoure est devenu le symbole du sacrifice et de l’abnégation pour toutes les Troupes de marine, qui le commémorent chaque année.
Quelles sont les traditions spécifiques des Troupes de marine ?
Les Troupes de marine cultivent des rituels forts pour souder leurs rangs. Parmi les plus connus, on trouve la remise du béret sur une plage du débarquement de Provence, le port du calot, ou encore le « petit déjeuner colonial » composé d’une sardine crue, d’un oignon et d’un verre de vin rouge. Ces traditions, héritées de leur longue histoire, renforcent le sentiment d’appartenance à une même famille.
